



Les yeux fermés, j'attends que Sanada m'embrasse quand…
" ?! "
Une drôle de sensation fige mon corps.
(Ce sont… ses lèvres… ?)
" … Quel dommage. "
" … Comment ? "

" … Il pleut. "
Il est si proche de moi que je peine à trouver les mots pour lui répondre.
(C'est donc la pluie que j'ai sentie sur mes lèvres…)

" Coupé !
Je propose que nous repoussons la scène en attendant que la pluie se calme ! "

" Très bien, merci !
Aaah, si vous pouviez revoir le… "
Tandis que Sanada donne des indications à l'équipe, la pluie s'intensifie.
" M. Sanada, vous allez être trempé ! "

" Ah, c'est vrai. Retournons au bus. "
Nous trottinons donc jusqu'au véhicule pour nous mettre à l'abri.

" … Je suis désolé, tu es toute mouillée. "
" Vous êtes dans un état pire que le mien… "
Afin que je sois un minimum protégée par la pluie, il m'a prêté sa veste…
Résultat, il est trempé de la tête aux pieds.

" Ah, ne t'inquiète pas pour moi. "

" Voyons, il doit y avoir une serviette pas loin… "
Le jeune homme se dresse de tout son long pour atteindre l'étagère de vêtements.
(Que… ?)
" … Je crois qu'on en a ici… "
Il est tellement obnubilé par sa tâche…
… qu'il ne remarque pas qu'il se colle complètement à moi.
" … Euh… Ah, je crois que c'est ça ? "
Gênée par cette proximité, je recule d'un pas en silence.
(Dès que nous ne jouons plus, le moindre de ses gestes affole mon cœur…)


" Ah, voilà, je l'ai.
… Tiens, Hanami. "
Mon interlocuteur me tend une serviette.
" Sèche-toi avant d'attraper froid. "
" Mais… Et vous ? "

" Ne t'en fais pas pour moi. "
" J'espère que c'est une plaisanterie ?
Vous êtes le réalisateur, vous pouvez encore moins tomber malade. Tenez. "
" Mais non, mais non. Je suis plus costaud que j'en ai l'air. "
" Je vous assure que je le suis aussi. "

" Allez, allez, laisse-moi être galant. "
" … Très bien. Je me sèche la première alors. "
Je le remercie et commence à frotter mes cheveux.
" … "
Pendant ce temps, le jeune homme me fixe avec le sourire.
" … "
" Euh… Quelque chose ne va pas ? "

" … Hanami. "
Soudain, mon collègue affiche une expression sévère.
" … Es-tu soulagée ? "
" Soulagée… ? De quoi ? "
" De… "
" … De ? "
Je tente de le forcer à terminer sa phrase, mais il pince ses lèvres.
" … "
Les membres du personnel s'occupent de ranger le matériel, nous sommes donc seuls dans ce but.
On peut entendre le son de la pluie sur la carrosserie du véhicule.
Je n'ai pas besoin de regarder par la fenêtre pour comprendre que cette averse est assez violente.
" … "
" … "

La conversation ne se poursuivant pas, le son de la pluie sur le bus se fait de plus en plus fort…


" … "
" … "
" … "
" … "
Après quelques secondes qui paraissent une éternité, Sanada finit par ouvrir la bouche.

" … Je crois que nous allons devoir reporter la scène du baiser. "
(C'est vrai qu'avec cette pluie, on ne peut ni répéter la scène ni la tourner.)
" … Qu'en penses-tu, Hanami ? "
(Ce que j'en pense… ?!
… Qu'est-ce que je ressens en ce moment ?)
" Je ne sais pas. "
" Je ne sais pas trop ce que j'en pense.
Cette scène de baiser est particulièrement compliquée pour moi.
Je dirais que je suis perdue entre peur et joie de la voir repoussée. "
" Devoir repousser une tâche difficile signifie aussi repousser le stress à plus tard… "
" Ah, non, ce n'est pas ce que je voulais dire… "
(Je ne sais pas trop comment m'y prendre pour qu'il me comprenne…)
" Je suis déçue. "

" … As-tu la moindre idée de ce que tu es en train de dire ? "
" Comment ? "

" Non, rien. "
" Je suis soulagée. "
" Je suis soulagée. "
" Je savais que tu dirais ça, Hanami.
… Ce baiser est purement professionnel, mais…
… je me doute qu'embrasser un homme que tu n'aimes pas ne t'enchante pas. "
" Quoi ? Ah, je… "
" C'est un sentiment tout à fait normal. "
Suite

" Quant à moi, je dois dire que je suis aussi soulagé. Mais pour une autre raison. "
" Une autre raison… ? "
" Oui. Une raison totalement différente de la tienne. "
" Que voulez-vous dire ? "
" Je crois bien que j'envie l'assassin D et Maria. "
Le jeune homme glisse les yeux vers la fenêtre et admire l'extérieur.
" … ? Euh, M. Sanada ? "

Quand je l'interpelle, il se tourne vers moi et se rapproche.

" Je sais que je ne devrais pas.
Cependant, acceptes-tu de répondre à mon caprice ? "


Le son de sa voix caresse mon cœur et happe doucement ma conscience.
" Que voulez-vous… ? "
Je lui réponds d'une voix plus suave que je ne l'aurais voulu.
Je suis tellement embarrassée.

" … Viens un peu par ici. "
" M, mais… "
Malgré quelques minces protestations, je m'avance.
" C'est bien, c'est très bien. "
Sur ces mots, il m'attire à lui pour m'enlacer.
(Q, qu'est-ce qu'il… !)
" E, euh, quelqu'un pourrait nous voir… "

" C'est vrai. "
" Q, quoi …? Vous… "
Il caresse mes cheveux et enveloppe davantage ma taille de son bras.
Je suis si proche de lui que je peux entendre et sentir les battements de son cœur…
(Oh non… Q, que, qu'est-ce que je veux faire ?)
M'éloigner.
" L, lâchez-moi… ! "
" Quelle tête de mule. Tu n'aimes vraiment pas ? "
" Ce, ce n'est pas ça, nous ne pouvons pas… ! "
" Très bien. Dans ce cas… "
Rester ainsi.
Figée dans cette posture, j'accepte son étreinte sans me rebeller.
" Tu es bien sage. Tu aimes ? "
" … J'aime bien, oui. "
" Je vois. Mais tu as raison, Hanami, il ne faut pas qu'on nous voie.
Je vais devoir te libérer, mais avant… "
L'enlacer en retour.
Je passe lentement mes bras dans son dos pour le serrer doucement contre moi. Sanada se raidit alors.

" … Tu me fait plaisir.
J'aimerais rester ainsi pour toujours, mais ça serait gênant qu'on nous surprenne.
Je suis désolé, je vais devoir te libérer.
Mais avant…. "
Suite

" … La dernière fois, Yûma s'est interposé avant que je finisse. "
(La dernière fois… ?)

' Si tu ne me résistes pas, qui sait ce que je vais te faire ? '
Il ne me laisse pas le temps de lui répondre.
Ses mains enveloppent mon visage subitement.

" … Tu te rappelles enfin ? "
Ma température corporelle fait un bon quand je me souviens de ses propos…
" Tiens ? Tu es toute rouge. Tout va bien ? "
" Ah, euh… Je… "
" N'aies pas l'air si troublée. "

" Allez. Ferme les yeux… "


Enveloppée dans une douce sensation, je m'exécute et…

TRIIIIT TRIIIIT
Un son strident résonne subitement et interrompt Sanada dans son élan.
(C'est son portable… ?)

" … J'ai l'impression que le destin veut constamment s'interposer. "

" Je dois décrocher. Excuse-moi. "
" C, ce n'est rien. "

Un étrange sentiment perdu entre soulagement et déception m'envahit.
Nous nous écartons l'un de l'autre quand il prend l'appel.

[Oui, Sanada à l'appareil.
… Ah, c'est toi ? Hein ? Quoi ?
… Je suis dans le bus. Je suis occupé.
Ouais, à plus.]
Je crois bien avoir deviné l'identité de son mystérieux interlocuteur.
Sanada raccroche et pousse un profond soupir.

" … C'était Yûma. "
" Je m'en doutais. "
" Ce mec me tape sur les nerfs. C'est comme s'il faisait exprès de nous gêner. "
" Ha ha ha. "

" Je suis désolé, je vais devoir m'occuper du montage. Tu pourrais en profiter pour t'exercer un peu ?
… L'averse a cessé en plus. "
Sanada incline la tête sur le côté en regardant par la fenêtre.

" Je pense qu'Haruka doit te chercher, Hanami. "
" … C'est vrai, oui. "
" Ensuite, pense à te changer. Il ne faut pas que tu attrapes froid. "
" D'accord. Mais pensez à vous changer également. "

" Très bien. "
Nous échangeons quelques politesses avant de quitter le bus.

" Ah, je t'ai cherchée partout, Aiyume. "
Une fois dehors, je tombe sur Haruka après seulement quelques pas.
Je me jette un œil aux membres de l'équipe de tournage qui s'agitent dans tous les sens pendant que je discute avec mon manager.
J'étais encore une employée il y a peu. C'est peut-être pour cela que je me sens aussi agitée qu'eux.
" Tu as entendu ? Il paraît que le planning de tournage a été modifié. "
" Je sais, M. Sanada m'a averti. "
" … Hé. "
" Oui ? "

Je fais volte-face quand j'entend cette voix familière, mais à laquelle je ne m'habituerais jamais, m'interpelle…

" … J'aimerais que tu éclaires ma lanterne. "
" Qu'y a-t-il ? "


" Que voulez-vous savoir ? "
" … Où est Sô ? "
" M. Sanada est en train de voir le planning de tournage. "
" … Ah, il bosse.
Dans ce cas, Hanami, tiens-moi compagnie. "
" Vous tenir compagnie ? "
" … Ouais, viens t'amuser avec moi. "
" Comment ? Mais je ne peux pas.
M. Sanada m'a demandé de m'exercer. "
" … Dans ce cas, je m'exercerai avec toi.
J'me fiche de ce qu'on fait, tant que ça fait passer le temps. "
" Très bien. J'en parle tout de suite à mon manager. "

" Tu peux y aller, je ne vois aucune objection.
Je pense que t'entraîner avec un partenaire différent pourra stimuler ton jeu.
Yûma est mannequin, mais il est aussi excellent comédien.
Tu apprendras beaucoup auprès de lui. "

" … On y va ? "
" Oui, je vous suis ! "

C'est ainsi que je me retrouve à m'entraîner avec Yûma…
Cependant, c'était là un stratagème de sa part. Un piège dans lequel je me suis jeté à pieds joints.


" … T'es qui pour Sô ? "
" V, vous êtes trop près de moi ! Je vous en prie ! "
Derrière moi, un arbre. Devant moi, Yûma.
Mon poignet prisonnier de son étreinte, plaquée contre le tronc d'un arbre, je ne peux m'échapper.
" … Je t'ai posé une question, réponds. "
" Vous vous faites des idées… ! "
J'essaie de repousser le jeune homme, mais malgré sa frêle silhouette, il reste plus fort que moi.
Il refuse catégoriquement de s'écarter.
" Q, qu'est-ce qu'il vous prend ?! Lâchez-moi ! "
" … Je te lâcherai quand tu m'auras répondu. "
" Je vous assure qu'il n'y a rien de spécial entre nous… ! "
" Ah, la bonne blague. Tu sais, j'aime pas trop qu'on me mente. "
" Je ne mens pas !
Si ça vous intéresse autant, pourquoi ne pas demander à M. Sanada directement ?
Vous êtes amis d'enfance, non ?! "

" … C'est pas faux.
Mais je sais pas trop à quoi il pense. "
" Et bien, moi non plus ! "

" … Comment ? "
" Je veux savoir autant que vous ce qu'il lui passe par la tête ! "
Je fixe mon interlocuteur d'un air furieux alors qu'il est bien plus grand que moi.

" … Explique-toi. "
" Kyôsuke Sanada est une illusion… C'est ce qu'il dit.
Il parle comme si l'homme qu'il était réellement était différent.
Il est très doué pour dissimuler ses émotions, ne jamais montrer ce qu'il pense vraiment. Il esquive toutes les questions importantes…
Je désire tout savoir de lui, je…
Parce que je suis…
Je suis… ! "


" Hé, Yûma ?!
Qu'est-ce que tu fous ?! "

" … Ah, Sô. "
" Tu te rends pas compte quand tu franchis les limites là ?! "

" … T'énerves pas. J'lui ai rien fait. "

" Je suis désolé, Hanami. Tout va bien ? "
" O, oui. "
Enfin libérée, je regarde mon poignet.
À cause de mes tentatives d'évasion, il est un peu rouge.

" … J'lui ai rien fait.
J'voulais juste parler. "

" Tu es face à une femme, Yûma.
Beaucoup seraient effrayées comme elle si on voulait leur 'parler' comme tu le fais. "

" … Parce que tu crois qu'il existe des nanas qui n'aimeraient pas que je les approche ainsi ? "
" Yûma. "

" … Je plaisante. "
Je garde un œil discret sur les deux jeunes gens qui conversent…
… quand je me remémore la déclaration que je m'apprêtais à faire.

' Parce que je suis…
Je suis… !'

(Je suis…
… Je suis quoi ? Qu'est-ce que j'allais dire… ?)
Si Sanada n'était pas arrivé à temps, qu'est-ce que j'aurais…

" T'es vraiment un… "
" Tout va bien, M. Sanada.
Je ne suis pas fâchée. "

" … Comment ? "
" Ce n'est pas si grave. Il ne me voulait pas de mal. "

" Si tu m'assure que ça va, je n'insisterai pas, mais… "
" Je suis navrée. Il voulait juste s'exercer avec moi pour le film.
… Enfin, au début. "

" Je vois. Vous vous exerciez… "
" Mais dites-moi, que vouliez-vous ? "


" Eh bien, le planning de tournage a été modifié, je voulais vous le transmettre. "
Sur ces mots, le jeune homme nous donne un papier.
" Tiens, Yûma. "

" … Merci. "
" Je compte sur toi. "

" Je te remercie d'avoir assisté Hanami dans ses répétition, mais…
… il y a une scène où tu apparaît que j'aimerais tourner plus tôt que prévu. "
" Je comprends. "
" Le planning va être plus serré, mais j'espère que ça ira pour toi ? "
" Je n'ai rien de prévu. Ne vous en faites pas. "

" Concernant tes répétitions… "

" J'aimerais vraiment pouvoir répéter avec toi, mais… "
" Mais… ? Quelque chose ne va pas ? "
" M. Sanada ! "
Le directeur adjoint accourt vers nous d'un pas saccadé.
Cet homme est normalement constitué, ni trop gros, ni trop maigre, ni trop grand, ni trop petit,
mais il trouve quand même le moyen de courir bizarrement.

" … Tu vois ? Il ne me laisse pas de répit. "

" Nous n'avons plus de scènes à tourner pour aujourd'hui, Hanami. Rentre chez toi et repose-toi. "
" Ah, d'accord… "
" Je sais que tu t'inquiètes, mais tu dois aussi prendre soin de toi, d'accord ? "
" D'accord, merci beaucoup. "

" Bien, on y va, Yûma. "
" … Ok. "
Sanada entraîne Yûma lui pour rejoindre sa loge…

Les yeux rivés sur les deux hommes, je…
(Je… Je suis…)
" … amoureuse de Sanada… ? "
… Je murmure cette déclaration aussitôt emportée par le vent.


-- Le lendemain, il fait un temps magnifique.
N'ayant presque pas de scènes à tourner pour aujourd'hui…
… je garde mes distances avec le plateau de tournage et lis le script.

" … Qu'est-ce que tu fais ? "
" WAH ?! "
" … Si t'es une femme, hurle de manière plus sexy. "
" … Laissez-moi en paix. "
" … Si tu veux t'exercer, j'peux être ton partenaire. "
" Hein ? Vraiment ? "
" Plus un geste. "

" Je vous interdis de vous approcher de la sorte de ma Cendrillon. "
" … C'est qui ce mec à lunettes ? "
" Je suis Haruka Uemura, le manager d'Aiyume. "
" Haruka Uemura ?
Oui. Et alors ?
… On s'est pas déjà rencontré quelque part ? "

" Ha ha ha, je suis nouveau dans le métier.
Je doute que nous nous soyons déjà rencontrés. Je n'en ai en tout cas pas le souvenir. "
" … J'me fais peut-être des films. "

" Bien, concernant les répétitions d'Aiyume…
… elle pourra s'exercer seulement si je suis là pour la surveiller. "
" … T'es son manager, mais tu veux la regarder répéter ? "
" Oui. C'est un ordre de M. Sanada. "

" … Ha. "

" … Je comprends mieux. T'aurais pu me prévenir avant.
… T'es pas un manager ordinaire, hein ? "
" Je ne vois pas de quoi vous voulez parler. "

" … Je m'en vais. "
(Il abandonne bien vite aujourd'hui…)
" Ah, au fait. "
Le jeune homme fait un pas avant de se tourner vers moi.
(Il est drôlement beau si on oublie son caractère.
Oui, il a un beau physique, c'est tout.)
" … J'ai hâte de tourner la scène de baiser de demain. "


" La scène de baiser ? "
" … Vérifie donc le planning de tournage un peu. "
" De quelle scène de baiser s'agit-il ? "
" … De la nôtre. "
" Quoi… ? "
" … Allez à demain. "

Yûma s'en va en me saluant de la main tandis que je me fige de tout mon long.
(Une scène de baiser avec Yûma… ? Je ne me souviens pas de ça…
Il y avait déjà une scène de baiser avec Sanada, alors pourquoi une autre avec Yûma ?
Je veux bien embrasser Sanada, mais… Je…
Je me sens un peu coupable d'embrasser Yûma.
Mais c'est pour le travail… Je n'y peux rien…
Je… Je suis une actrice à présent…)
Je me donne du courage intérieurement et retient les sentiments qui affluent en moi.

" Bien, si nous commencions la leçon. "
Je pose le regard sur Haruka qui s'étire dans son costume cravate…
… et décide de l'interroger sincèrement sur une question qui me turlupine depuis tout à l'heure.
" … Dis-moi, qu'est-ce qu'il a voulu dire ? "
" Pardon ? "
" Yûma a dit que tu n'étais pas un manager ordinaire… Qu'est-ce que ça voulait dire ? "

" Il faisait référence à mes pouvoirs de magicien ! Je suis un super-manager !
Comment un être ordinaire aurait pu faire de toi, une amatrice, une ravissante Cendrillon et une héroïne de film en si peu de temps ? "

" Oui, je suis très fier de moi. "
" … Tu es sérieux ? Tu ne me mentirais pas, n'est-ce pas ? "
" Bien sûr que non, voyons. Je t'assure que Sanada m'a réellement envoyé ici pour veiller sur toi. "
" Vraiment ? "

" … Je pense que tu en as déjà un peu fait les frais, mais…
Yûma est également considéré comme un véritable enjôleur dans le monde du show-business. "
" Un enjôleur… "
" Mon vocabulaire est peut-être un peu vieillot, mais…
Je trouve que ce terme lui va bien.
Je ne sais pas s'il lui arrive d'être sérieux, mais ses proies tombent souvent sous son charme et goûtent vite à la désillusion… "

" … Enfin, en bref, il n'est pas fréquentable. "
" Et tu me dis ça en souriant ? "

" Allons, détends-toi. Toute sollicitude est bonne à prendre. "
" De la sollicitude… ? De qui pour qui ? "
" Sanada se fait du souci pour toi, Aiyume, quelle question. "


" … Comment ? Mais… "
" Je pense qu'il n'a pas envie que tu tombes amoureuse de Yûma. "
" Cela n'arrivera pas. "
" Il reste tout de même inquiet. "

" Malgré ses défauts, Yûma est bel homme. "
" Physiquement seulement, oui. "
" Ouh, pourquoi tant amertume ~ ? "
(Quelle question, c'est parce qu'il m'a plaquée contre un arbre pour m'interroger !)

" Si tu ne ressens rien quand un bel homme t'approche…
… c'est que tu as déjà quelqu'un qui occupe tes pensées… ? "
" Comment ?
Ah, non… Ce n'est pas… "
Je voulais lui rétorquer qu'il avait tort.
Cependant, je ne peux nier le fait que Sanada occupe une grande partie de mon esprit en ce moment même.

" Voyons, je plaisantais. "
Quand il m'assure me taquiner simplement, mon cœur s'allège quelque peu.

" Bien, quelle scène veux-tu travailler ? "
" Ah, euh, celle-ci… "
Je glisse les yeux sur le script, explique à Haruka ce que j'aimerais revoir et nous nous plongeons dans les répétitions.

" Bien, arrêtons-nous là pour aujourd'hui. Merci à toi. "
" Merci beaucoup. "
Je remercie mon manager qui m'a bien aidée pour ces répétitions.
" Maintenant que j'y pense, j'ai un message pour toi. "
" Un message ? "
" Cette personne m'a demandé de te le transmettre une fois que tu aurais fini de t'exercer. "
" De qui s'agit-il ? "

" De Sanada, voyons. "


" Que me veut-il ? "

" Eh bien, il veut que tu viennes le retrouver. "
" … Comment ? "
(Le retrouver… ? Mais pourquoi… ?)
" Il aimerait te parler de la scène de demain, je crois. "
" … C'est tout ? Je me suis mise à stresser pour rien.
Tu pourrais être moi évasif. "

" Certes, mais cela serait moins amusant. "
" Je n'apprécie pas que tu me fasses tourner en bourrique. "

" Quelle sévérité.
Bref, si nous y allions ? Je t'accompagne. "
C'est ainsi que nous nous rendons tous les deux auprès de Sanada.

Nous attendons un moment que le jeune homme termine son travail…
Ce n'est que plus tard, quand un manteau de nuit recouvre le ciel, qu'enfin, il se libère.

" Je suis désolé pour le retard ! "
Mon cœur s'affole aussitôt que sa silhouette entre dans mon champ de vision.
On dirait bien que mon cœur est particulièrement honnête avec ses sentiments, lui.
J'ai beau tenter de garder mon calme, je crains de ne plus pouvoir me contrôler bien longtemps.
" … Hanami, je t'ai fait attendre ? "
" Ah, non… Pas tant que ça. "

" Je vois, tant mieux. "

" M. Sanada, je vous ai amené ma Cendrillon, comme promis. "
" Merci beaucoup. "
" Mais non, ce n'était rien.
Bien, sur ce, je vous laisse. "

" Quoi ? Tu t'en vas déjà ? "
(S'il ne reste pas…
… Alors, ça veut dire que je vais être seule en tête-à-tête avec Sanada ?)


" Dis-moi, je pensais que tu n'avais rien de prévu ce soir ? "
" J'ai une affaire urgente de dernière minute. "
" Une affaire urgente ? "
" Je n'ai malheureusement pas que ma précieuse Cendrillon à chaperonner. N'oubliez pas que je compte également un Roi dans mon agence.
Ce Roi autrefois populaire est particulièrement égoïste, voyez-vous… Je vous laisse deviner. "
(Il parle de Kenji… C'est vrai qu'il est assez envahissant.)
" Cependant, j'ai une faveur à vous demander, M. Sanada. "
" Une faveur ? Quelle est-elle ? "

" Je vous prierai de bien vouloir raccompagner Cendrillon une fois votre entrevue terminée. "

" Voyons… Je dirais que minuit est un horaire convenable. Nous parlons de Cendrillon après tout. "

" Entendu.
Je suis navré de te causer tant de souci à chaque fois.
… J'espère que tu me laisseras te remercier pour tous ces moments où tu m'as été d'une grande aide. "

" Ne vous en faites pas, je récupérerai un jour l'énergie que j'ai dépensé pour vous.
Sur ce, je vous laisse. "
" Haruka… ? "
" Aiyume, fais bien attention au loup. "

Sur ces mots, Haruka me laisse seule avec Sanada.
D'ordinaire, il est plutôt réticent à me laisser en tête-à-tête…
… Son comportement inhabituel me laisse une drôle d'impression.
J'accompagne du regard mon manager qui s'en va…
… ignorant qu'en cet instant, il joue son rôle de bonne fée.

" Bien, allons-y. "
" Oui. Vous vouliez que nous parlions du tournage de demain ? "
" C'est ça. Nous discuterons sur le chemin du retour, viens. "


" Prenons ma voiture.
Si nous restons ici pour parler, tu vas être dévorée par les moustiques. "
" Hu hu, vous avez raison. "
À la suite de cette proposition, je me laisse naturellement raccompagner par Sanada.

Après quelques minutes à parler de tout et de rien…
Quand les lumières colorées de la ville filtrent au travers des vitres de la voiture, nous entrons dans le vif du sujet.

" … Au sujet du tournage de demain. "
" Oui, qu'y a-t-il ? "
" Tu t'en sens capable ? "
" … De quoi ? "
" Tu vois bien de quoi je parle. "
" Non, de quoi parlez-vous ? "
" … De ta scène de baiser avec Yûma. "
" Je m'en sens capable. "
" … Vraiment ? "
" … Oui, c'est pour le travail. "
Je réponds froidement, essayant de me persuader en même temps que je tente de convaincre Sanada.

" C'est ton travail… Oui, c'est vrai. "
" … Oui, c'est pour le travail. "
Je répète ces mots comme une incantation…
… les yeux rivés sur le paysage qui défile derrière la vitre.

" Je suis donc le seul à ne pas m'y faire… "

" … "
Après un moment à conduire dans le silence…
" Excuse-moi un moment. "
" Pardon ? "
… Il formule ces excuses brèves avant de se garer sur le bord de la route.
" … M. Sanada ? "


" … Il n'y a rien de pire que ça. "
Une fois garé, le jeune homme lâche le volant et se tourne vers moi.
" M. Sanada, il est arrivé quelque chose… ? "

" … "
(Il ne me répond pas… Que dois-je faire ?)
Insister.
" Euh… M. Sanada.
Dites-moi, qu'est-ce qui ne va pas ? "
Être à l'écoute.
" Si vous me jugez digne de confiance, je suis là pour vous écouter.
… J'aimerais pouvoir vous soulager de votre fardeau. "
Le regarder en silence.
" … "
Je garde également le silence et plonge mon regard dans le sien.
Suite

Sanada, toujours muet comme une carpe, détache sa ceinture.
(Il veut sortir ?)
Pensant avoir vu juste, je me détache également quand…
… sa main enveloppe la mienne.

" Dis, appelle-moi par mon prénom. "
" Votre prénom… ? Kyôsuke ? "
" Non. "
" Comment ? "
" … Sôichiro Maki.
En réalité, je m'appelle Sôichiro Maki. "
" Ah… "
(C'est donc pour ça qu'il l'appelait Sô… Je comprends mieux…)
Quand je réalise qu'il désire que je l'appelle par son véritable prénom, mon visage se teinte de rouge.
" Nous sommes seuls, tu peux le faire. "
Ma gorge s'assèche rien qu'à l'idée de prononcer ces quatre syllabes.
Je suis enveloppée par une drôle de sensation. Les battements de mon cœur me paraissent lointains et proches en même temps.
" Sôichiro… ? "

" C'est ça. Merci. "

" … En fait, je ne veux pas.
Je ne veux pas assister à ta scène de baiser, Aiyume. "
(Il… Il vient de… m'appeler par mon prénom…)


" Je ne veux pas te voir embrasser Yûma. "
(Je n'avais pas non plus envie de vous voir embrasser une autre femme…)
" Mais… C'est pour le travail… "
Je tente de retirer ma main de son étreinte, mais…
… il la serre davantage entre ses doigts.
(Sa main est tellement grande… et tiède…)

" Je voulais être le premier.
… Si la pluie ne nous avait pas gênés, j'aurais été le premier. "
(C'est vrai que nous avons changé le planning de tournage à cause de cette averse…)
Il désirait donc être le premier à prendre mes lèvres…
Les sentiments de Sanada… Non, de Sôichiro, réchauffent indéniablement mon cœur.
(Je pense pareil…)
" … Ne pouvons-nous pas changer à nouveau le planning ? "

" Nous avons déjà dû recommencer à cause de l'accident avec Minowa, un autre changement serait fatal. "
(Alors… Ne pouvons plus rien y faire…)
Je jette un œil à l'horloge de la voiture et constate il est minuit passé.

" Je sais que j'ai l'air d'un gosse à faire un tel caprice…
Dans le fond, l'ordre de ces scènes de baisers n'a pas vraiment d'importance. "
Les voitures qui arrivent en face éclaire le visage sombre de Sanada.

" Mais je voulais être le premier.
Je ne veux pas te voir embrasser un autre homme, Aiyume. "

" Et pourtant, je vais devoir assister à cette torture et valider la scène.
… Je me rends compte en cet instant à quel point mon travail de réalisateur est déchirant. "
" Sôichiro… "
" Ce que je vais te dire risque de te paraître déplacé, mais…
… Je crains de ne pas pouvoir m'arrêter. "
La main du jeune homme serre davantage la mienne.
" S, Sôichiro… ? "

" Aiyume, ici et maintenant…
… acceptes-tu que l'on répète notre scène de baiser ? "
Sa voix douce et mielleuse tintinnabule à mes oreilles…
Je suis tellement envoûtée que je ne trouve pas les mots pour lui répondre et plonge simplement mon regard dans le sien.
