/image%2F1259544%2F20250718%2Fob_f28adf_fond-noir.png)
" …"
(…)
" … matin… "
(Hmm ?)
Quelque chose me tapote doucement l'épaule.
En sentant la lumière du jour caresser mes paupières encore fermées, je réalise que c'est déjà le matin.
" Saki, allez, on se lève ! "
" Hmm… "
Une main me tapote à nouveau l'épaule, et je me retourne mollement sous ma couverture.
" Maman… Laisse-moi dormir encore un peu… "
" Maman ? "
Aussitôt, la main s'éloigne.
Mais alors que je pensais pouvoir dormir encore un peu, un doux parfum vient me titiller les narines.
Ce n'est pas l'odeur de ma mère.
(Tiens ? Maman a mis du parfum aujourd'hui ?)
Soudain, un souffle vient me caresser l'oreille.
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" Hiii ! "
J'ouvre grands les yeux sous le coup de la surprise.
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" Salut ! "
Je me retrouve nez à nez avec un homme et un cri strident m'échappe aussitôt.
" Kyaaah !? Sale pervers !!! "
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" Qu…
C… Calme-toi, Saki. C'est moi. C'est Keiki ! "
" Hein ? "
Je me tais aussitôt. Ce nom m'est familier.
Je cligne plusieurs fois des yeux avant de dévisager ce bel homme en kimono et d'examiner la chambre à l'ancienne dans laquelle je me trouve. "
" Ah… "
Ce spectacle me ramène à la dure réalité.
'J'avais oublié…
J'ai voyagé dans le temps, hier !)
Me voilà désormais dans cette ère du passé, où l'on n'aperçoit ni supermarchés, ni poteaux électriques.
En me rappelant la situation dans laquelle je me trouve, un bruyant soupir m'échappe.
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" Hé, oh ! C'est pas sympa de soupirer comme ça en voyant mon visage ! "
" Ah… pardon. "
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" Qu'est-ce qu'il se passe ?! "
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" J'ai entendu un cri, vous allez me dire ce qui… "
La porte coulissante de la chambre s'ouvre et un autre bel homme apparaît.
Il s'agit du propriétaire de cet endroit appelé 'Okiya' ['maison de geisha']. Akinari.
Ce dernier nous regarde tour à tour Keiki et moi, avant de lancer un regard embarrassé vers Keiki.
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" Keiki, je n'apprécie pas que tu importunes cette fille pendant son sommeil. "
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" Je ne suis pas là pour l'importuner. Je voulais juste la réveiller. "
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" Elle m'a confondu avec sa mère, cela dit… Je m'en serais bien passé. "
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" … "
Keiki se fend d'un sourire teinté de déception, arrachant un petit soupir à Akinari.
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Par la suite, je m'habille avant de manger mon petit déjeuner.
On m'explique alors le travail qui m'attend aujourd'hui.
Il s'agit de faire le ménage dans l'okiya et d'aider ma mentore dans ses tâches quotidiennes.
Je dois également apprendre la danse et shamisen [luth japonais].
Et lorsque le soir viendra, j'accompagnerai ma mentore à l'ageya [maison de thé] pour l'aider à divertir les clients.
Le métier de shinzô [apprentie] s'annonce plus difficile que je ne l'imaginais.
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" S'il y a quoi que ce soit que tu ne sais pas, n'hésite pas à demander. "
C'est une belle femme du nom d'Ayame qui me parle.
C'est elle qui sera ma mentore. C'est une courtisane expérimentée.
" Merci. Je ferai de mon mieux. "
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" Je compte sur toi. "
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" Bien, Saki. Le ménage du jour est terminé. Allons à notre cours de shamisen. "
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La fille qui m'a aidée à mettre mon kimono la veille se fend d'un sourire éblouissant.
Elle s'appelle Hanazato. C'est également une apprentie au service d'Ayame.
(Je peux donc dire que c'est ma 'collègue', non ?
Mais je n'ai jamais travaillé de ma vie, moi… J'espère que ça ira.)
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" Ce ne sera pas de tout repos au début, mais tu t'accoutumeras petit à petit !
Akinari et moi, on s'occupera de trouver ton ami d'enfance, alors ne t'en fais pas à ce sujet ! "
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Ce disant, Keiki me met une petite tape sur l'épaule.
(Quand j'y pense, il est venu tôt ce matin pour voir comment j'allais…
Il a sûrement fait ça car il était inquiet…)
Je ne sais pas trop ce qui le motive à m'aider, mais je lui suis reconnaissante.
" Merci pour tout, Keiki. "
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" De rien. Tu es du genre polie, hein ?
Allez, fais de ton mieux pendant ton cours ! "
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" Oui. "
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Je pars alors pour ma toute première leçon sous son regard et celui d'Akinari.
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Toutefois, c'est une toute autre réalité qui m'attendait à ma première leçon.
Je n'ai jamais touché le moindre shamisen de ma vie et le professeur ne cesse de me réprimander.
La seule chose que j'ai apprise en dehors de l'école, c'est l'aïkido.
Autant dire que c'est inutile pour jouer de la musique.
Toutes les filles de mon âge jouent déjà comme des pros, si bien que j'en viens à m'interroger sur mon avenir parmi elles.
Akinari m'a dit que je n'avais pas besoin de travailler pour rester à l'okiya, mais ça m'étonnerait qu'il accepte de veiller sur moi bien longtemps si je ne fais rien.
Ni lui, ni Keiki n'ont l'air de mauvais bougres, mais rien ne les empêcherait de me renvoyer car je ne suis bonne à rien dans ce monde.
(Et si ça arrive, qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire ?
Je dois me donner à fond pour progresser en danse et en musique.)
Mais cerise sur le gâteau, un autre événement vient rajouter une couche à mon malaise.
Je dois suivre Ayame dans une maison de thé où nous attendent les hommes de Mibu Rôshigumi [ancien nom des shinsen gumi, rônins chargés de la sécurité de Kyoto].
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" Bonsoir, chers hôtes. Soyez les bienvenus aujourd'hui. "
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" Merci. Bien, commencez sans attendre. "
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" Bien entendu… "
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Le banquet commence alors.
Quant à moi, le souvenir de ce qui s'est passé hier avec eux me glace les sangs.
Je me fais toute petite dans un coin de la salle, afin que Hijikata et Okita ne s'aperçoivent pas de ma présence.
Loin de moi l'envie de me retrouver dans la même galère que la veille.
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" … désespérant. "
Hanazato murmure discrètement en ma direction.
" Pardon ? "
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" Le banquet de ce soir. Ça me donne la frousse de devoir tenir compagnie à ces assassins. "
" Hein ?! Des… Des assa… "
Je me fige au son de ce mot. Hanazato reprend plus bas.
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" Toi aussi, tu restes dans un coin car ils te font peur, non ?
Ces rônins se permettent de tuer à tout-va sous prétexte de protéger la paix…
Mais Mibu Rôshigumi est une bande de barbares.
En plus, il paraît que l'un d'entre eux s'en prend souvent aux femmes.
L'autre jour, il a coupé les cheveux d'une fille d'un autre okiya car elle était soi-disant rabat-joie. "
" … "
" J'ai hâte de rentrer… "
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(Houh là… Et dire que j'étais entre les mains de types comme eux !
J'ai intérêt à me faire bien discrète aujourd'hui…)
Soudain…
" C'est quoi ce saké !? Vous osez faire payer cette pisse de chat ?! "
Un hurlement enragé retentit, suivi du bruit strident d'un verre qui se brise.
" Toutes nos excuses ! Inutile de nous payer, alors je vous en prie, pardonnez-nous… "
Un homme - de toute évidence un haut placé de Mibu Rôshigumi - lorgne d'un regard menaçant le personnel de la maison de thé prosterné devant lui.
" Pour qui tu me prends ? Tu penses pouvoir me caresser dans le sens du poil avec trois sous ?! "
L'homme ivre gifle violemment le serviteur avec l'éventail qu'il tenait dans la main.
Ce dernier s'effondre sur la table, renversant au passage du saké sur les pieds de son agresseur.
L'homme ivre se renfrogne de plus belle et frappe à nouveau le pauvre homme avec son éventail.
(P… Pour qui est-ce qu'il se prend ce type ?! L'employé s'est pourtant excusé !)
C'est la première fois que j'assiste à un spectacle si violent. J'en ai les mains qui tremblent.
L'employé se fait passer à tabac. Sa tête et sa bouche sont recouvertes de sang.
En proie à la panique, je me penche vers Hanazato.
" Hanazato, on doit appeler la police ! "
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" La police ? "
" Il n'y a personne pour nous aider dans des situations comme ça ? "
" Non, personne. "
" Qu… "
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(Elle veut dire que… il n'y a pas de police ici ? Ou bien est-ce que la police n'existe tout simplement pas ?)
" Gyaaah !!! "
" … ! "
Après un ultime coup, l'employé s'effondre sous mon nez en émettant un cri inhumain.
Sans détacher son regard de lui, l'homme à l'éventail siffle du nez.
" Il a perdu connaissance ? Quel minable !
Hmm ? "
(… !)
" T'es qui, toi ? J'ai jamais vu ta face. "
Cette fois, c'est à moi qu'il s'adresse.
En sentant tous les regards de la salle se poser sur moi, mon cœur bondit dans ma poitrine.
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" Hijikata, cette fille… "
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" … "
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" Voyez-vous ça… Je t'avais pas remarqué. T'es pas mal du tout, ma jolie…
Tu me plais bien ! Sers-moi du saké, femme ! "
(Du… Du saké ?!)
En proie à la surprise, je reste paralysée.
Je n'ai jamais fait ça et je ne sais même pas comment m'y prendre.
" Un problème ? Allez, du nerf ! "
" Euh… "
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" Maître Serizawa, mes exsuses. Cette fille vient tout juste d'arriver, c'est une shinzô. "
Ayame s'approche de nous en me voyant livide.
Apparemment, cet homme violent s'appelle Serizawa.
" Elle risque de vous en renverser dessus. Laissez-moi plutôt faire. "
" Une nouvelle ? Bah, tant pis dans ce cas. "
" Je vous remercie. "
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(Ouf… Merci, Ayame !)
Mais soudain…
Serizawa se fend d'un sourire carnassier avant de m'attirer contre lui par l'épaule.
" Si tu peux pas me servir de saké, tu dois bien avoir d'autres moyens de me distraire ! "
" … ! "
Mon cœur bondit à nouveau dans ma poitrine.
Sa main glisse sur mes hanches, jusqu'à aller caresser mes cuisses.
(Qu… Qu'est-ce qu'il…)
Il me dégoûte. Le seul contact de sa main me donne la chair de poule.
(Espère de sale pervers !)
J'ai beau vouloir lui crier ça à la figure, la vue de son éventail me dissuade de faire quoi que ce soit.
Celui-ci est encore maculé du sang de l'employé qu'il a passé à tabac.
(Argh… Je dois prendre sur moi pour le moment.)
Je n'ai pas envie de subir le même sort.
Ni envie de me faire couper les cheveux comme la fille de l'autre jour.
Les poings serrés, je tente tant bien que mal de surmonter mon dégoût.
Son contact incessant fait monter des larmes au coin de mes yeux.
À une extrémité de mon champ de vision, j'aperçois Hanazato qui, tout comme moi, a l'air au bord des larmes.
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" Hijikata… "
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" Je sais. Mais pas maintenant. "
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" … "
L'espace d'un instant, j'ai l'impression que le regard d'Ayame croise le mien.
Mais celle-ci se détourne aussitôt et s'adresse à Serizawa d'une voix aguicheuse.
Elle se colle à son torse de manière exagérée.
(A… Ayame ?)
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" Maître Serizawa, la courtisane que je suis serait bien embêtée si vous accordiez toute votre attention à cette simple shinzô.
Et si vous vous occupiez plutôt de moi ? "
La comédie d'Ayame est si convaincante que j'en viens à me demander si elle n'est pas sérieuse.
En la voyant faire, Serizawa l'attire contre lui, visiblement enchanté par cette idée.
" Il reste encore du saké. "
Mon aînée se fend d'un sourire captivant avant de servir à boire à notre hôte.
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Au même instant, Hanazato me tire par la manche et m'entraîne jusque dans le couloir.
Complètement envoûté par Ayame, Serizawa ne remarque même pas mon absence.
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" Ma pauvre Saki… "
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" Tout va bien, maintenant. Profite-en pour rentrer à l'okiya.
Tu te souviens de la route, hein ? "
" Euh… "
Hanazato me pousse doucement, mais je secoue la tête en signe de refus.
" N… Non, je ne peux pas faire ça. Ayame va se retrouver seule avec ce monstre… "
" Ne t'en fais pas. Notre aînée sait s'y prendre avec lui.
Profite de cette occasion pour t'en aller, vite ! "
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Pressée par ma compagne, je sors de l'ageya non sans manquer de trébucher.
Hanazato retourne aussitôt dans la salle de banquet.
Quant à moi, je reste un moment immobile, en proie à la stupeur,, mais finis par prendre le chemin du retour.
Mes jambes semblent lourdes comme du plomb.
La lueur tamisée des lanternes luit ici et là au-dessus de ma tête.
Tantôt la mélodie d'un shamisen, tantôt le rire de quelque homme ivre parvient à mes oreilles.
Cet endroit complètement inconnu est un enfer pour moi.
(Je suis perdue…
Je suis complètement perdue dans ce monde inconnu…
Ce monde n'est pas le mien.)
Une grimace se forme sur mon visage.
Je me glisse dans une ruelle peu fréquentée pour me dissimuler.
" … ! Booouh… J'en peux plus…
Maman… Papa… "
L'endroit où m'a touché ce gros porc me démange encore.
Je sens des larmes se former dans mes yeux et m'accroupis sur place.
" Snif… Bouuh… Pourquoi faut-il qu'un truc pareil m'arrive ?
Shôta… T'es où ? J'en ai marre… Je veux rentrer à la maison… "
J'avais tellement hâte de faire ce voyage scolaire.
J'avais promis à mes parents de leur ramener pleins de souvenirs au retour, mais…
(Je n'ai absolument aucune idée de comment rentrer chez moi.
Si ça trouve, je vais passer toute ma vie à bosser dans cet endroit, Shimabara…)
Désespérée, j'enfouis mon visage entre mes genoux.
Je sais que je dois avoir l'air d'une gamine comme ça, mais je n'arrive pas à retenir mes larmes.
Le dos voûté, je pleure encore et encore.
J'ai tellement peur…
Rien que de penser à l'avenir qui m'attend, je ressens une anxiété oppressante.
L'idée de me retrouver seule dans ce monde inconnu m'effraie au plus haut point.
" Hé, toi… Tout va bien ? "
" … ! "
Une voix vient de retentir derrière moi.
Je relève la tête dans un sursaut.
Il s'agit sans le moindre doute de la voix d'un homme.
(… Oh non…)
Bien que j'ai relevé la tête, je ne me retourne pas directement.
Mon cœur bat de plus en plus vite.
Je me mets à trembler en imaginant qu'il pourrait s'agir d'un homme comme ceux de Mibu Rôshigumi.
" Tu te sens mal ? "
" … "
Cependant, cette voix-là semble teintée d'une inquiétude sincère.
" … "
Timidement, je tourne la tête.
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" … ! "
Je croise le regard du nouveau venu et il écarquille les yeux en réalisant que je suis en train de pleurer.
Malgré son corps massif, la surprise sur son visage a quelque chose de juvénile.
" Qu… Qu'est-ce qui t'arrive ?! Pourquoi tu pleures ? "
Il se précipite vers moi et s'accroupit avant de me dévisager d'un air inquiet.
" … "
Ce dénouement inattendu me laisse sans voix.
Mais cette fois-ci, ce n'est pas la peur qui me paralyse.
Je ne m'attendais tout simplement pas à ce que cet homme agisse ainsi.
" Tu te sens mal au point de pleurer ?! Tu… Tu veux aller voir un docteur ? Tu peux marcher ? "
" Ah… "
La voix qui sort de ma bouche n'a aucune consistance.
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En l'entendant, l'homme me lance un regard compatissant.
" Tu as l'air de souffrir, ma petite. "
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" Allez, grimpe sur mon dos. Je vais t'emmener voir un médecin ! "
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Ce disant, il se retourne et m'invite à monter sur son dos.
" … "
Ce spectacle me laisse une nouvelle fois muette.
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" … ? Ben alors ? "
" Euh… pardon… "
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" Tu n'as aucune gêne à avoir. "
" Non, c'est pas ça…
Je… Ce n'est pas que je me sens mal… "
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" Oh ? "
L'homme penche la tête, l'air intrigué.
" Mais tu es pourtant en train de pleurer… "
" C'est juste que… Je viens de passer un sale quart d'heure… "
Sentant l'embarras me gagner, je lui réponds en gardant la tête baissée.
" … "
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" Je vois… Mais alors, t'es pas malade ! C'est déjà ça ! "
Toujours accroupi, l'homme pousse un soupir de soulagement.
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Mais il se reprend aussitôt et fouille à la hâte dans la poche de son kimono.
" Non, pas bien, c'est pas bien ! T'es en train de pleurer, quand même ! "
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" Tiens, commence par essuyer tes larmes. "
Ce disant, il me tend une petite serviette.
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Mais lorsque je pose mon regard dessus, nous nous figeons tous les deux.
Le morceau de tissu a une grosse tache en plein milieu et lorsqu'il l'a sorti de sa poche, une sorte de boule en papier japonais est tombée en même temps.
Le visage de l'homme se teinte aussitôt de gêne.
En le voyant ainsi immobile, la main tendue vers moi, je ne peux m'empêcher de rire.
" Pouh… Pouh ha ha ha ! Trop marrant ! On dirait une horloge coucou ! "
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" … "
" Ah ! D… Désolée… Je n'aurais pas dû rire comme ça. "
Je me couvre la bouche, réalisant ma gaffe.
Il a beau avoir l'air gentil, agir ainsi pourrait le vexer, voire l'énerver.
Les événements de la soirée, à la maison de thé, me reviennent alors à l'esprit.
Cependant…
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" Hé hé, c'est très bien comme ça ! "
Sans avoir l'air en colère, l'homme me sourit.
On croirait voir un enfant.
" … "
Je cligne plusieurs fois des yeux.
Malgré son embarras évident, le sourire de cet homme déborde de bienveillance.
" J'ai pas l'air très malin comme ça, mais… Si ça t'aide à te sentir mieux, alors tant mieux ! "
Cet homme a beau être plus âgé que moi…
On a beau se trouver dans une ruelle sombre du quartier des courtisanes…
Je ne peux m'empêcher de trouver ce sourire mignon.
J'ai l'impression de voir un rayon de soleil dans la nuit.
" Laisse-moi te donner une astuce, ma petite. "
" Hein ? Une astuce ? "
" Oui…
Dans ces moments-là, il faut laisser ton regard se promener en haut ! "
" En haut ? "
Tout en l'écoutant, je lève les yeux.
J'aperçois alors le toit des bâtisses qui nous entourent.
L'homme se fend d'un petit sourire gêné en suivant mon regard.
" Non, non ! Plus haut !
Il faut lever les yeux vers le ciel ! "
Il a le ton doux d'un adulte qui parle à un enfant.
Je fais comme il le dit et lève les yeux vers le ciel.
Cet homme est enveloppé d'une aura mystérieuse.
" Ah… "
Soudain, je retiens mon souffle.
Sous mon regard s'étend le vaste ciel nocturne, plus resplendissant que jamais.
Contrairement à l'époque d'où je viens, cette ville n'est que peu illuminée.
Du coup, le ciel est parsemé de myriades d'étoiles scintillantes.
" C'est beau… "
Ces mots sortent d'eux-mêmes de ma bouche.
L'homme sourit alors de plus belle, visiblement fier de lui.
" Pas vrai ?!
Petite… Quand tu te sens triste, il suffit de regarder quelque chose de grand.
Le ciel, la mer… Peu importe ! Il faut juste que ce soit immense.
Tu verras, ça apaisera ton cœur.
Et si tu continues pendant un certain temps, tu finis par retrouver la forme !
Essaie, la prochaine fois. "
" … "
Les paroles de l'homme résonnent mystérieusement en moi.
Cet homme, que je viens pourtant de rencontrer…
(Pourquoi est-ce que je ressens ça ?)
En voyant son sourire, je sens une agréable chaleur se répandre dans ma poitrine.
Même mes joues, encore trempées par mes larmes, semblent se réchauffer.
Je lui dis alors ce que je pense.
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" Merci beaucoup.
Je crois que je me sens mieux. "
Je le remercie avec sincérité.
Ce disant, je lui adresse un petit sourire.
Il s'agit probablement de mon premier vrai sourire depuis que je suis arrivée dans ce monde.
C'est à cet homme que je le dois.
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" … "
" … ? "
Mais en voyant mon sourire, celui-ci se fige.
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Je l'interroge du regard, et il se gratte alors la tête, l'air de vouloir dire quelque chose.
Son comportement m'intrigue.
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" Tu m'as surpris. "
" Hein ? "
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" Tu es incroyablement mignonne quand tu souris ! "
" … ! "
Je me sens rougir jusqu'aux oreilles.
Il faut dire que je ne m'attendais pas à ce qu'il me dise ça tout à coup.
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L'homme hoche la tête en me regardant comme s'il était ébloui.
" Rire te va bien mieux que pleurer. "
Ne sachant plus où me mettre, je serre nerveusement les poings dans les manches de mon kimono.
(Oh non, je dois être rouge comme une tomate…)
" Pour ainsi dire, je te trouvais déjà jolie quand tu pleurais, mais… "
" Qu… Quand je pleurais ?! "
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" Euh, oublie ça ! Dit comme ça, ça fait un peu pervers !
Disons que… euh… "
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" Je sais ! Quand tu souris, on croirait voir une fleur épanouie !
Elle reste belle même sous la pluie, mais c'est lorsqu'elle s'épanouit au soleil qu'elle est la plus jolie ! "
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" Voilà ce que je voulais dire ! "
" … "
À force de me faire complimenter, je dois être écarlate jusqu'aux oreilles.
(Ah… C'est peut-être parce qu'Ayame et les autres m'ont faite belle pour aller à l'ageya ?
C'est sûrement ça. Ça m'étonnerait qu'l me complimente comme ça, sinon.)
J'essaie de me convaincre moi-même, sans quoi je risque de me mettre à sourire niaisement.
Je ne sais pas quoi répondre, quand un homme me complimente comme ça.
Peut-être devrais-je simplement ne rien dire ?
En proie à tout un tas de questions, je réalise alors que je ne connais même pas le nom de cet homme.
" Euh, au fait, je peux vous demander quelque chose ? "
" Hmm ? "
" Je ne connais pas encore votre nom et… "
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Soudain, avant que je ne puisse terminer ma phrase…
" Ah ! C'est là que tu te cachais ! "
La voix portante d'un adolescent retentit derrière moi.
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L'homme face à moi y réagit en relevant la tête.
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Quant à moi, je me retourne dans un sursaut en écarquillant les yeux.
Cette voix, je la connais.
" T'as disparu sans crier gare, je t'ai cherché partout ! "
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" Ouais, désolé Shôta. "
" Shô… ta ? "
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" Hmm ? "
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" Ha ! "
Le jeune homme se fige en m'apercevant.
Comme je m'y attendais, le propriétaire de cette voix n'est autre que Shôta, mon ami d'enfance.
" Toi ! Qu'est-ce que tu fais dans un endroit pareil ? "
" C'est moi qui devrais te poser cette question ! "
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En nous voyant hurler ainsi, l'homme prend un air confus.
" Qu… Quoi, vous vous connaissez ? "
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" O… Oui…
C'est l'amie d'enfance dont je t'ai parlé hier. Celle que j'avais perdue de vue. "
Je cligne plusieurs fois des yeux en écoutant Shôta parler.
" Shôta, tu connais cet homme ? "
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" Euh, ouais… En fait, c'est lui qui m'a tiré du pétrin hier.
Il m'a caché dans l'auberge où il loge alors que j'étais poursuivi… "
" Ceci explique cela… "
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" Je vois…
Tu es donc la fille que Shôta cherchait, hein ? "
L'homme me dévisage attentivement.
Je n'arrive pas à tenir en place sous son regard.
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" Quelle rencontre fortuite ! "
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" Au fait, je ne t'ai pas encore dit mon nom.
Mieux vaut tard que jamais… "
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" Je m'appelle Ryôma Sakamoto. Ravi de faire ta connaissance. "
L'homme se présente sans se départir de son sourire éblouissant.
Ce que je viens d'entendre est probablement ce qui m'a le plus surprise aujourd'hui.
Ryôma… Sakamoto.
Il s'agit d'un illustre personnage historique, que tout le monde connaît dans le Japon d'où je viens.
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