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Dix jours après le début de la bataille de Toba-Fushimi.
Aussitôt arrivés à Edo, nous nous sommes rendus au jardin Hama-Rikyû, qui se transmet au shogun de génération en génération.
Nous avons emprunté l'un des salons qui s'y trouve.
Je suis en train de veiller sur Keiki, qui dort juste sous mes yeux.
Quelques jours après notre départ de la baie d'Osaka, sur le navire Kaiyômaru…
Nous sommes arrivés sains et saufs à Edo, malgré le manque de provisions et les tempêtes.
Déjà malade lors de notre départ, Keiki a vu son état s'aggraver sur le navire.
Nous rendre directement au château d'Edo était trop risqué, c'est pourquoi nous avons décidé de nous arrêter ici.
Keiki s'est effondré sous le coup de la fièvre dès notre arrivée, mais son état semble s'être stabilisé.
Je fixe du regard son visage endormi.
Nous avons fui.
Nous avons abandonné des centaines de soldats à Osaka pour revenir à Edo.
Cette nouvelle circule déjà ici, et la panique règne.
" Keiki… "
Je prononce son nom tout bas.
L'avenir nous réserve probablement son lot d'obstacles et de difficultés.
Je veux qu'il profite de cet instant pour récupérer des forces.
(Lorsqu'il se réveillera…
Je me battrai à ses côtés.)
Une heure plus tard…
À son réveil, Keiki a convoqué une certaine personne…
Il s'agit de Katsu Kaishû, l'ancien mentor de Ryôma.
En entrant dans la salle où l'attendent Keiki et d'autres hommes du bakufu, cet homme nous toise froidement avant de s'asseoir sur le tatami.
" Hum, je vois que vous avez pu revenir sains et saufs. "
Je ressens une certaine antipathie dans sa voix.
Keiki l'écoute silencieusement.
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" … "
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Katsu me lance alors un regard.
" Tu as laissé tes hommes au profit d'une femme ? "
Je savais qu'il dirait une telle chose. Je soutiens son regard sans fléchir.
Je n'ai aucune honte à avoir à me trouver ici.
" … "
L'homme finit par céder en poussant un soupir.
" J'étais contre cette guerre.
Mais une fois qu'elle a commencé, je pensais que Sa Seigneurie était déterminée.
Déterminée à la mener jusqu'au bout.
Mais au lieu de ça, vous, le commandant, avez abandonné vos troupes pour revenir. "
Son nouveau soupir résonne dans la pièce.
" Que comptez-vous faire désormais ?
Je suppose que vous êtes conscient de votre part de responsabilité dans votre défaite ? "
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" Oui. "
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Katsu semble un peu surpris de voir Keiki acquiescer.
" Voilà qui est admirable. Bah, vous avez fait appel à moi, après tout.
D'habitude, c'est ce conseiller qui s'en charge, n'est-ce pas ?
Vous savez, celui qui parle avec l'accent de Kyôto… "
Il parle d'Akinari.
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" … ! "
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Le visage de Keiki se transforme en une grimace.
Katsu abandonne aussitôt son ton ironique.
" Quelque chose lui est-il arrivé ? "
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" … "
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Aucune réponse.
Toutes les personnes revenues d'Osaka restent muettes, visiblement mal à l'aise.
C'est compréhensible. Ils ne savent rien.
Ils n'ont pas vu ce qu'il s'est passé cette nuit-là.
Les seuls à connaître la vérité, sont Keiki, moi, et ce grand homme qui nous a quittés.
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" Je ne voulais pas te le dire avant la fin, mais…
On dirait que je ne pourrais pas te protéger jusqu'au bout, alors… "
Cette nuit-là…
La voix d'Akinari est rauque.
Ses doigts désormais livides étreignent la main de Keiki.
" En réalité…
Je me fichais du shogun… "
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" Que dis-tu ?! "
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Keiki écarquille les yeux.
Quelques minutes plus tôt, il a froidement dit à Keiki qu'il n'était qu'un outil pour rendre sa superbe au clan Tokugawa.
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Mais désormais, son regard déborde d'une profonde bienveillance.
" Mon réel objectif n'était ni le clan Tokugawa, ni l'argent, ni la gloire ou le pouvoir…
Tout ce que j'ai fait, c'était pour ce loup solitaire à qui on demandait la lune…
C'était pour toi. Pour te rendre heureux…
Te voir sourire était la seule chose que je souhaitais.
Mais pour ce, la seule idée qui m'est venue à l'esprit était de faire de toi le shogun. "
Car il n'était pas 'aussi talentueux que lui', termine Akinari.
En le voyant afficher un si joli sourire, c'est à croire qu'il n'a pas réalisé qu'il est en train de se vider de son sang.
" Je pensais qu'à la tête du bakufu, sans personne pour t'utiliser…
Tout le monde reconnaîtrait ta valeur.
On était si bien partis… Je te demande pardon… "
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" … ! "
Keiki ouvre la bouche, semblant vouloir dire quelque chose.
Mais sous le coup de l'émotion, rien ne sort. Ses yeux sont embués de larmes.
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" Keiki. "
La voix d'Akinari est à peine audible, mais son ton est ferme.
" Reste… en vie. Je t'en supplie…
Même si l'on doit te détester d'avoir abandonné tes hommes… je veux que tu vives.
À la base, je comptais t'épargner cette réputation… "
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" J'étais bien sûr prêt à sacrifier ma vie pour la tienne…
Mais je ne pensais pas que ce moment arriverait si vite.
Pardonne mon… irresponsabilité. "
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" Akinari… "
Keiki secoue plusieurs fois la tête.
Il serre la main maculée de sang d'Akinari, comme pour empêcher le froid de voler la chaleur de son corps.
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En le voyant faire, Akinari se fend d'un nouveau sourire.
L'instant suivant…
Il se tourne vers moi et me demande de prendre soin de Keiki pour la suite…
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… avant de rendre son dernier souffle.
On le croirait en train de dormir.
Akinari, toujours en tenant nos mains…
Sa bouche est figée en un doux sourire, comme s'il faisait un rêve agréable.
Keiki finit par craquer en laissant couler une larme et prononce le nom de son compagnon.
Cependant, aucune réponse ne vient.
L'homme ne rouvrira jamais les yeux.
Pendant un long moment, nous restons là, sous le choc, les mains toujours posées sur son corps désormais inerte.
Je ne saurais dire combien de temps s'écoule ainsi.
Alors que le froid sur mes joues trempées commence à se faire insupportable…
" Keiki… "
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Je tente de le distinguer à travers mes larmes en l'appelant.
" … "
Ma voix est faible, et ma bouche engourdie, mais à voir ses épaules tressauter, je sais qu'il m'a entendue.
" … Je retourne au château. "
J'ouvre de grands yeux ronds en l'entendant dire ça.
" Hein ? "
" Je suis vraiment stupide.
J'ignorais tout de ce qu'il éprouvait. "
" Keiki ! "
Je pose ma main sur la sienne, qui est toujours fermée sur celle d'Akinari.
Elle est gelée. Mais ce n'est pas à cause du froid qu'elle tremble.
" C'est parce que j'ai insisté pour aller au combat qu'il a fait ça.
Voilà tout ce que j'ai eu ! Ça ! "
" Mais il a dit qu'on te tuerait si tu retournais au château. "
Je tente de le convaincre, au bord des larmes.
Cependant, Keiki secoue la tête sans m'accorder un regard.
" Ça ne me dérange pas.
Même si je dois y laisser la vie, je dois mettre un terme à cette guerre.
Je ne peux pas m'imaginer vivre après avoir laissé mourir Akinari et abandonné mes soldats… "
(!!!)
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" Keiki ! "
J'agrippe son kimono en hurlant.
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Pour la première fois, il daigne alors m'accorder un regard.
Ses yeux grands ouverts tremblent.
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De nouveau au bord des larmes, je le serre dans mes bras.
" Ne fait pas ça !
Akinari t'a demandé de vivre !
Qu'adviendra-t-il de sa dernière volonté si tu meurs ? "
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" … "
" Je refuse de t'entendre dire que tu te fiches de mourir !
Je refuse !
Je ne veux pas que tu meurs, moi… "
" Saki… "
Je cligne une fois des yeux. Les larmes que je retenais jusqu'à présent commencent à déborder.
" Il n'y a pas que moi… Plein d'autres gens pleureraient ta mort ! "
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" Ne raconte pas n'importe quoi. "
" Je t'assure que si. "
Mon ton est ferme.
" Lorsque j'ai soigné les blessés avec Kashiwara…
Nombre d'entre eux disaient que tout se passerait bien parce que tu étais là.
Nombre d'entre eux étaient en colère pour toi et disaient qu'ils ne pardonneraient pas le nouveau régime.
Tu penses que ta mort calmera leur ardeur ? "
Keiki fronce les sourcils d'un air chagriné.
" Si j'étais à ta place… "
Que ferais-je si Keiki mourrait ?
Le seul fait d'y penser me crève le cœur.
" Je serais dévorée par la haine. Je serais folle de chagrin et de remords.
Et incapable de contrôler ces émotions, j'irais me battre contre le nouveau régime.
S'il y a bien une personne qui serait attristée de voir la guerre s'envenimer ainsi, c'est toi, Keiki.
Je pense que c'est pour ça qu'Akinari a tenté de mettre un terme à la guerre de cette manière. Tu ne crois pas ?
Il souhaitait vraiment te voir heureux. "
" … "
En parlant, j'en suis venue à ne plus ressentir le froid mordant du vent.
" Tu dois vivre. "
C'est la seule chose qui occupe mes pensées pour le moment.
Je ne veux pas que Keiki meure.
" Tu as dit que tu me 'rendrais ma liberté'.
Tu insinuais par là que tu me prendrais pour épouse, n'est-ce pas ?
As-tu oublié cette promesse ? "
" Saki… "
" Rentrons à Edo…
Même si les autres ne comprendront pas, Akinari et moi, nous comprenons.
Ça ne te suffit pas ? "
Les épaules de Keiki tressautent.
Une autre larme coule le long de sa joue. J'ai réussi à le convaincre.
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Par la suite, nous allons enterrer le corps d'Akinari sur une montagne non loin.
Nous y transportons des bouts de bois et creusons un trou en recouvrant nos mains de boue.
Ensuite, nous nettoyons nos mains dans l'eau d'une rivière glaciale.
Voir le sang et la boue disparaître si rapidement sous le torrent d'eau me chagrine étrangement.
Plus tard, nous achetons de nouveaux kimonos pour remplacer nos vêtements sales.
Nous embarquons alors sur un bateau pour descendre la rivière jusqu'à trouver un certain navire de guerre américain correspondant à la description d'Akinari.
Lorsque nous nous en approchons, son équipage nous accueille chaleureusement.
À l'intérieur, Katamori et les autres nous attendent. Ils ont déjà leur propre cabine.
En constatant notre teint livide, à Keiki et à moi, leur expression laisse place à la stupéfaction.
L'homme à qui Akinari a remis la lettre en disant qu'il s'agissait d'un ordre de Keiki est également là.
Il nous explique qu'il a rencontré Katamori et ses hommes sur les quais, comme on le lui avait dit, puis il les a amenés ici.
Cependant, il semble troublé de devoir expliquer ça face à Keiki.
Nous restons muets quelques instants.
Nous ne parlons ni d'Akinari, ni de la raison pour laquelle nous sommes arrivés si tard.
Après environ une heure, nous nous mettons en mouvement en apprenant que le Kaiyômaru est arrivé à bon port.
En nous voyant embarquer sur le navire, l'équipage nous demande ce qu'il se passe, complètement sidéré.
Sans expliquer quoi que ce soit, Keiki ordonne le départ sans laisser de choix.
C'est pendant le trajet qu'il finit par expliquer aux hommes du bakufu où nous allons et pourquoi il a pris cette décision.
Tous affichent une mine incrédule, et certains le somment même de retourner se battre, mais Keiki reste campé sur sa position.
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Et alors…
Nous sommes arrivés à Edo.
Personne ne sait rien de la vérité. Keiki clame qu'il s'agit de sa propre décision.
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" … "
Face à la question de Katsu, Keiki baisse les yeux.
" Rien du tout. Il ne s'est rien passé.
J'avais seulement peur de devenir un ennemi de l'empereur.
J'ai tout abandonné pour fuir. Rien de plus. "
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" … "
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" Je n'ai pas l'intention d'aller davantage à l'encontre de la cour impériale.
Je souhaite cesser toute résistance et me rendre. J'attendrai ma sentence.
J'ordonnerai également à mes vassaux de cesser le combat.
Il me faut ton aide pour cela. Je t'en prie.
Je suis prêt à me placer en confinement afin de prouver ma volonté de ne plus résister.
Tu auras carte blanche sur toutes les décisions qui s'ensuivront.
Je t'en prie… "
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Keiki s'incline révérencieusement. Tous les hommes du bakufu affichent une mine troublée.
Katsu, lui, regarde fixement Keiki.
" Êtes-vous sûr de vous ?
Si j'accepte, toute remarque quant à mes méthodes sera futile. "
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" Qu'il en soit ainsi. "
" … Entendu. "
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Ce disant, Katsu se lève et prend la direction de la sortie.
Après un soupir de soulagement, je m'incline à mon tour.
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Après la réunion, Keiki se rendit au château d'Edo.
Il a finit par expliquer aux hommes du bakufu tout ce qu'il s'était passé…
Hormis ce qui concerne Akinari, bien sûr.
Nombreux étaient ceux qui souhaitaient continuer la guerre, mais grâce aux raisonnements de Keiki, de Katsu et d'autres personnes plus pacifistes, la voie de la reddition fut votée par l'ensemble du château.
Les critiques à l'encontre de Keiki allaient bon train, mais il garda profil bas, sans tenter de trouver des excuses.
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Vers mi-février, les troupes du nouveau régime se mirent en marche pour Edo et Keiki fut assigné à résidence dans un endroit appelé Daijiin, au temple de Kaneiji.
Il s'agit d'une petite maison de deux pièces située dans un quartier calme.
Même moi, j'ai été autorisée à rester avec lui en tant que médiatrice.
Pendant la dizaine de jours qui a suivi, les hommes de Shinsengumi, de retour à Edo, ont monté la garde aux alentours.
Je n'ai pas eu l'occasion de parler à Hijikata ou Kondô, mais je les ai vus sourire lorsqu'ils m'ont aperçue de loin.
J'aurais aimé m'excuser auprès d'Okita pour ne pas avoir tenu ma promesse, mais il ne se trouve nulle part.
Début mars, Shinsengumi changea son nom en Koyô Chinbutai et partit d'Edo.
Étant encore déterminés à en découdre, Katsu leur aurait demandé de s'éloigner de la ville avant d'attirer l'attention du nouveau régime.
Comme Shinsengumi, plusieurs anciens vassaux seraient toujours hostiles au nouveau régime et Keiki semble chagriné à chaque fois qu'il entend qu'untel a quitté Edo pour aller se battre.
En plus de cela, les troupes ennemies se fichent de la reddition de Keiki et souhaitent quand même lui infliger la peine de mort.
Si une bataille éclatait à Edo, de nombreux innocents en paieraient le prix.
Sachant que c'est sans doute ce que Keiki redoute le plus, je fais de mon mieux pour cacher mes craintes et me montrer aussi gaie que possible.
Cette période semblait calme et paisible…
Mais sous ce semblant d'harmonie se cache une certaine souffrance, prête à surgir à tout moment.
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Un beau jour…
" Voilà tout concernant les circonstances. "
En marchant dans un couloir, je ralentis pour prêter l'oreille à une discussion entre Keiki et Katsu.
" Bah, Saigo est un dur à cuire. Tu peux te sentir rassuré à ce sujet. "
Une fois n'est pas coutume, Katsu s'exprime d'une voix gaie.
Je comprends alors qu'un événement favorable a eu lieu et que c'est ce qui l'a mis de bonne humeur.
Mais Keiki, lui, semble réfléchir un instant avant de reprendre :
" Si ça ne tenait qu'à moi, je chercherais une autre solution.
Je suis très reconnaissant envers Yamaoka et toi, mais y aller sans escorte est risqué… "
" … Laissez-moi vous rappeler que vous avez promis de ne pas discuter mes méthodes. "
" Hein ? Ah oui. Mes excuses. "
En l'entendant s'excuser d'un air gêné, un large sourire se forme sur mon visage.
(Ils ont l'air de bien s'en sortir…
Je vois Keiki sourire de plus en plus souvent, ces temps-ci.)
Je doute que tout puisse se passer parfaitement.
Keiki n'est probablement pas au bout de ses peines.
(Mais c'est mon rôle de le soutenir lors des temps de trouble.
Quoi qu'il arrive, je suis heureuse de pouvoir être à ses côtés.)
Fière de moi, je m'éloigne de la chambre en souriant.
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" Et donc, quant aux événements à venir… "
" Votre Seigneurie… "
" Oui ? "
" Vous avez perdu du poids. "
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" En effet.
J'ai encore bien d'autres préoccupations, plus importantes que ma propre vie. "
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Une fois Katsu reparti, Keiki m'appelle.
Je laisse la préparation du dîner de côté et vais le retrouver dans la chambre.
En entrant, je croise son regard bienveillant.
" Saki… "
Keiki prononce mon prénom dans un murmure.
Il m'attire contre lui. D'abord doucement, puis plus fermement.
(… !)
" Keiki ? "
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Je lève les yeux vers son visage, le cœur battant la chamade. Il me fait un sourire que je n'ai pas vu depuis longtemps.
" Le château d'Edo va être livré sans effusion de sang.
Le nouveau régime a annulé son attaque contre Edo. "
" … ! V… Vraiment ? "
" Oui. "
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" Grâce à ça, la ville sera sauve. Aucun innocent ne perdra la vie. "
Une vague de soulagement déferle en moi. C'était sûrement de ça qu'il parlait avec Katsu.
" Ouf… Je suis si heureuse… "
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Je rends son étreinte à Keiki, qui sourit à nouveau.
" Merci, Saki…
Si tu n'avais pas été là ce jour-là, je serais probablement mort à l'heure qu'il est.
La guerre se serait prolongée, et de nombreuses personnes auraient souffert.
Merci d'être à mes côtés. "
Chacune de ses paroles me met du baume au cœur.
Incapable de réprimer mon sourire, je secoue la tête pour lui dire qu'il n'y a pas lieu de me remercier.
C'est moi qui ai décidé de rester avec lui.
Le seul fait de pouvoir le tenir dans mes bras me remplit de joie.
La seule vue de son sourire me rassure.
Je lui suis reconnaissante de me laisser le soutenir lorsque les temps sont durs.
Ça me démange de lui dire ça.
Mais avant que je ne puisse lui répondre quoi que ce soit…
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" Alors, c'est bon.
Keiki parle dans un murmure.
Son sourire me paraît soudain cruellement loin, et je lève les yeux vers lui.
" … Hein ? "
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" Grâce à ça, le bakufu a complètement disparu.
Je ne sais pas jusqu'à quand ma sentence va durer.
Je ne suis plus shogun, ni seigneur de quoi que ce soit.
Tu n'as pas besoin de rester auprès d'un homme que tout le monde qualifie de couard.
L'okiya est toujours géré par son personnel ainsi qu'Ayame et les autres filles.
Si tu y retournes, je suis sûr qu'ils te rendront ton titre de tayû.
Alors, Saki… "
Je refuse d'en entendre plus.
Pourquoi ? Pourquoi faut-il qu'il dise de telles choses ?!
Retourner à l'okiya signifierait me séparer de lui.
" Non. Je refuse de m'éloigner de toi ! "
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" Saki… "
J'ai conscience de l'amour qu'il me voue.
Mais c'est précisément pour ça que l'entendre me dire de redevenir tayû m'attriste autant.
" Ne disais-tu pas te sentir seul ?
J'aimerais que tu comptes un peu plus sur moi.
Arrête d'essayer de me maintenir à l'écart. "
J'agrippe fermement son kimono.
Sous le tissu, son bras vient effleurer mon dos, non sans hésitation.
" J'ai tout perdu… "
Je fais non de la tête.
" Tu m'as, moi.
Tant que je serai là, tu n'auras pas tout perdu.
Je veux rester à tes côtés.
Je veux rester avec toi pour toujours… "
Ma respiration est ardente.
Je m'agrippe à Keiki telle une enfant gâtée.
" … "
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" Merci… "
Ses doigts passent à travers mes cheveux.
J'ai l'impression que ça faisait une éternité que je n'avais pas ressenti leur contact.
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" Je t'aime, Saki. "
Je hoche la tête et enfoui mon visage contre son torse.
Le simple fait d'être comme ça me fait fondre. Un pur bonheur.
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" … "
J'aimerais pouvoir rester ainsi dans ses bras éternellement.
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