



" … Un carrosse-citrouille ? "
" Exact. Cette lettre est le carrosse-citrouille qui va t'emmener dans mon monde.
… Enfin, si je reprends les termes d'Haruka. "

" Je me sens un peu gêné de sortir subitement des propos aussi romantiques. "
" … Puis-je l'ouvrir ? "
Je glisse les yeux sur l'enveloppe posée sur le bureau.

" Tu es intriguée par son contenu ? "
" O, oui, je suis désolée. "
" Ne t'excuses pas, voyons. "
Le jeune homme se lève doucement de son siège et s'approche de moi.
Ses pas sont lents et assurés, je ne peux détourner mes yeux de lui.
" Haruka m'a dit que tu venais juste de commencer ta carrière d'actrice ? "
" Oui, c'est cela. Je suis encore novice. "

" Je vois… "
Il regarde ma silhouette de haut en bas comme s'il admirait une pièce de porcelaine dans une vitrine.
Ignorant comment réagir à son regard, je reste figée, silencieuse, le cœur battant.
(Dès que je suis en face de lui, je stresse.
Non, n'importe qui stresserait s'il était observé ainsi de la tête aux pieds…)

" On dirait que tu as commencé à entretenir ton corps. C'est bien. "
" M, merci beaucoup. "
Il est si proche de moi qu'il pourrait entendre mon cœur battre.
Je dois absolument trouver un sujet de conversation avant que mon cerveau ne chauffe trop.
" Euh, M. Sanada, que faites-vous ici… ? "

" Ah, c'est vrai, je devrais t'en parler. "

" En fait, j'ai une faveur à te demander. "
" Une faveur ? "
" Oui, c'est ça. "

" … Je voudrais que tu joues dans mon film.
Je veux créer une histoire avec toi. "
Ses mots mirent un certain temps avant de faire sens en moi.


" … Je veux que tu joues dans mon film. Je veux créer une histoire avec toi. "
" Quoi… ? "
(J, je ne comprends pas…)

" Je ne peux pas te donner le rôle de l'héroïne, hélas, mais…
Si to n'es pas contre un second rôle… "
" Q, quoi ?! Moi ?! "

" J'aime ta réaction.
J'ai hâte de te voir jouer. "
Avec enthousiasme, il prend l'enveloppe posée sur le bureau et me la tend.

" Tiens, c'est ton contrat. Je devrais peut-être le donner à Haruka ? "
" Je m'en chargerai, merci. "

" D'accord. Dans ce cas, je compte sur toi. "
" … Euh, M. Sanada, puis-je vous poser une question ? "

" Oui ? "
" Il paraît qu'une audition est courue d'avance…
… Est-ce que l'audition de Cendrillon était aussi terminée avant même d'avoir commencé ? "
" Qui sait.
Peut-être bien que oui, peut-être bien que non. "
(Sa réponse vague me laisse penser que c'est sûrement le cas…)
Dans l'attente d'une explication, je le considère avec attention.


" Au fait, que voulais-tu dire à Haruka ?
Tu semblais en colère au sujet de ton petit boulot ? "
" Euh… "
(Mon petit boulot… dans un Sexy Bar…
… Est-ce que je peux vraiment lui en parler ?)
Lui en parler sincèrement.
" Il m'a envoyée travailler dans un sexy bar sans me prévenir de quoi que ce soit…
J'ai cru mourir de honte. Je voulais l'enguirlander pour me venger. "
Être évasive.
" Euh, je… C'est l'établissement qu'il m'a recommandé qui est… "
" Haruka t'a recommandé un établissement en particulier ? "
" Oui. Et c'est un endroit plutôt singulier dans lequel il faut accueillir les clients avec une tenue spéciale. "

" Attends, quoi ? Quel genre d'établissement est-ce là ? "
" … Un sexy bar. "
Se taire.
" … Ce n'est pas facile d'en parler. "
" Quel genre d'établissement est-ce pour qu'on t'oblige à porter une tenue courte ? "
(Uh… Ce n'est pas tombée dans l'oreille d'un sourd…)

" Je suis simplement curieux… Tu ne veux pas m'en dire plus ? "
(Je n'ai pas l'impression d'avoir trop le choix.)
" … Il s'agit d'un sexy bar.
J'aurais préféré qu'il me prévienne avant. "
Suite

" Que… "

" …Vous voulez dire qu'il ne t'as absolument pas prévenue que tu allais devoir…
… porter une tenue sexy pour servir des clients ?
… Tu as tout à fait le droit d'être offusquée. "
(Il est vraiment sérieux… Il a l'air pourtant si gentil.)
" … Je peux savoir ce que vous faites si proches l'un de l'autre ? "

" ?! "
Je fais volte-face en entendant une voix gronder et…


" J'ignore ce qu'il se passe, mais ne touchez pas à ma Cendrillon, je vous prie. "

" … La toucher ? Mais voyons, ne sois pas stupide. "
" Vous êtes réputé pour chercher à séduire vos collègues, M. Sanada.
Vous devriez modérer quelque peu vos ardeurs. "

" Je n'ai jamais séduit une seule de mes collègues, je te ferai dire. "

" Peut-être bien, mais vous attirez les femmes comme des abeilles. "

" Décidément, cette façon de parler… Tu n'as pas changé. "

" Pourquoi tu me vouvoies au juste ?
Tu peux t'adresser à moi normalement comme au bon vieux temps. "

" Eh bien… C'est que… "
Haruka pose les yeux sur moi avec insistance.

" Aaah, je comprends mieux. D'accord. "
Sanada glisse le regard sur moi et acquiesce sans tergiverser.
(Je suis complètement larguée…)

" Aiyume, M. Sanada et moi-même allons boire un verre ensemble. "
" D'accord, faites attention à vous. "
" Puis-je te laisser fermer ? "
" Bien sûr, compte sur moi. "

" Je te remercie. "
Haruka me confie les clés du bureau d'un air désolé.

" Vous avez l'air de bien vous entendre. Je pensais que vous vous étiez rencontrés il y a peu ? "

" Quelle question ! Ne dit-on pas qu'un manager et son actrice sont comme les deux doigts de la main ? "
" Quand tu dis ça, je ne l'entends pas au premier degré. "
" Ha ha ha, n'ayez pas l'esprit si mal tourné.
Vous parlez de ma très précieuse Cendrillon. "

" Aiyume, nous y allons. À demain. "

" Merci pour ce soir. Fais attention à toi sur le chemin du retour. "
" Je vous remercie. Bonne soirée à vous ! "

J'agite la main dans les airs en les regardant s'éloigner.
(Quand je les observe comme ça, j'ai vraiment l'impression qu'Haruka a l'ascendant sur Sanada.
Je me demande pourquoi. Peut-être parce qu'il est plus âgé que lui… ?
Ah, mais oui ! Si je jetais un œil à mon contrat ?)
Je m'empare de l'enveloppe que Sanada m'a confiée tantôt et l'ouvre.
" Mais c'est… ! "


Je reste pétrifiée de surprise quand je découvre le contenu de l'enveloppe.
Salaire pour performance : 100 000 yens.
Durée de tournage : 2 mois maximum.
(Un tournage de 2 mois et 100 000 yens… ?
Je devrais réussir à rembourser l'argent que m'a prêté Haruka en 3 mois… Est-ce que je vais m'en sortir ?)
Le pas lourd, je me traîne à l'extérieur du bureau.

" Je suis rentrée. "
" Bienvenue à la maison. Tu rentres tard. "
" Je suis désolée. Vous auriez pu vous coucher. "
" Bienvenue à la maison ! Grande sœur, tu es sûre de ne pas vouloir manger ? "
" Non, j'ai grignoté au travail. "
" Tiens ? Tu fais un boulot dans la restauration ? "
" Ah, euh… Oui, un truc du genre. "
(Zut, que faire ? Je devrais leur en parler maintenant que j'ai dégoté un rôle, non ?)
" Dites, vous connaissez Kyôsuke Sanada tous les deux… ? "
" Qui ne le connait pas ? "
" Bien sûr qu'on le connaît ! Tu l'as bien vu passer à la télé la dernière fois, hein ? Tu te souviens de cette pub ?
Et donc, pourquoi tu nous parles de lui ? "
" Et bien, je vais tourner dans le film qu'il réalise. "
" Quoi ?! C'est génial, grande sœur !! Tu vas jouer dans 'L'assassin amoureux' ?! "
" C'est ça. Tu es drôlement bien renseignée. "
" … P, pourquoi ? "
" Je ne sais pas, c'est autant surprenant pour vous que pour moi. "
" Oooh, donc ça arrive même à des gens comme nous ? Trop cool ! "
" Dis, grande sœur, tu pourras m'avoir un autographe de Sanada si tu le vois ? "
Je soupire discrètement malgré l'enthousiasme de ma famille.
(J'ai bien fait de ne rien dire pour le petit boulot. Je vais avoir besoin de gagner de l'argent.)

-- Le lendemain.

BABABABAM
" WAH ?! "
À peine dans le bureau de l'agence que je suis attaquée par une énorme pluie de confettis.


" Félicitations ! "
" Ha, Kenji… "
" Je sais tout. Il paraît qu'il est venu te voir en personne…
… pour te proposer un rôle dans son film malgré tout ? Il t'a suppliée, avoue ? "
" Tu embellis beaucoup trop la réalité à mon goût… "
" Tu pourrais te réjouir un peu plus que ça quand même. Tant que tu le peux encore. "
" Comment ça ? "

" Je vais te donner un conseil en tant qu' aîné.
… Ne fais pas confiance à Kyôsuke Sanada. "
" … Que veux-tu dire ? "
" Rien de plus que ce que je te dis.
Ce mec est un acteur qui change de peau aussi facilement qu'un caméléon.
Tu vois… ce que je veux dire ? "
(Je crois bien… Il veut donc que je fasse attention quand il joue un rôle ?)

" Ah, nettoie un peu tous ces papiers, tu veux. "
" Moi ? "
" Évidemment, qui d'autre ? Tu veux quand même pas que la grande star que je suis s'y colle ? "
" … Non. Je vais le faire. "

Il aurait quand même pu se bouger un minimum…
Je m'empare alors du balais, l'esprit un peu chamboulé.

" … Bonjour. "
" Haruka, bonjour. "
" Aiyume, bonjour. "
" Tu n'as pas l'air en forme… Tout va bien ? Tu as la gueule de bois ? "
" Oui. Ce bougre m'a fait boire plus que nécessaire. "
(Ils ont donc bu jusqu'au matin…)
" Je vais m'arranger pour te trouver un autre job, Aiyume. "
" Pourquoi ? "

" Parce que Sanada m'a remonté les bretelles, tiens.
'Tu te fiches de moi ? Comment oses-tu faire travailler ta Cendrillon dans un sexy bar ?' qu'il a dit. "
" Sanada… "

" Quant à toi, Aiyume, tu es une méchante fille avec du talent. Une véritable actrice.
Tu as déjà séduit Sanada. "
" Je pense que tu exagères un peu, là…
Et je ne veux pas me retrouver sans emploi… "
" Ne t'en fais pas, je vais t'en trouver un autre. "


" Ton prochain job te permettra de bosser pour le film de Sanada en plus de ton petit rôle. "
" Le film de Sanada… ? 'L'assassin amoureux' ? "
" Selon les dires de Sanada, ils ont besoin de personnel.
Tu ne gagneras pas des milles et des cents, mais 800 yens, c'est toujours mieux payé que sur un autre plateau de tournage. "
" 800 yens ? On dirait un job étudiant… "

" C'est malheureusement la dure réalité du secteur.
Te voilà face au mur de souffrance derrière lequel se dissimule le monde étincelant du show-business. "
(Le monde du show-business… est donc bel et bien difficile.)

" Ah, et je ne t'autorise pas à refuser cette nouvelle proposition de travail. Tu en tireras quelques leçons. "
" Je ne comptais pas refuser, mais… Pourquoi Sanada fait-il tout ça pour moi ? "

" Je refuse que ma Cendrillon soit vendue pour des clopinettes.
Non, mais sérieusement, être actrice et membre du staff en même temps, où a-t-il vu ça… ? On n'est plus à l'université.
Makkî manigance quelque chose… "
" Makkî ? "

" Ah, désolé. Sanada "
(Sanada… Makkî… D'où sort ce surnom à coucher dehors… ?)

" N'oublie pas que tu commences ton nouveau travail après-demain, d'accord ? "
" Très bien ! "

" Quelle motivation. J'espère que tu garderas cet état d'esprit pour ce nouveau job. "
" Bien sûr, je ferai de mon mieux. "
(Je suis toute excitée à l'idée de découvrir mes nouvelles responsabilités.)

-- Deux jours plus tard…

Je me rends sur mon nouveau lieu de travail avec Haruka.


" Bonjour ! "
Je salue tout le monde avec enthousiasme…

" Je compte sur vous aujourd'hui. "
" Ah, bonjour, M. Sanada ! Je ferai de mon mieux ! "

" M. Sanada… "

" Oui ? "
" Je compte sur vous pour prendre soin de ma Cendrillon. Vraiment. "

" Je ne sais pas de quoi tu t'inquiètes, Haruka…
Je prends toujours soin de mes collègues actrices, donc rassure-toi."
" Ce n'est pas cela qui m'inquiète…
Savez-vous ce qui me tracasse ? "

" Non, pas du touuut ~ "
" … Vous êtes effrayant. "

" Aiyume, si jamais il se passe quelque chose qui te contrarie, dis-le-moi sur-le-champ. "
" D, d'accord. "
(Pourquoi faut-il qu'il me stresse comme ça… ?)

" Laissons donc ce trouble-fête s'en aller et commençons.
Hanami, aujourd'hui, tu n'es pas actrice, mais membre du personnel de tournage.
Veux-tu bien assister le directeur adjoint dans ses tâches ?
C'est l'homme avec le chapeau assis sur la chaise là-bas. "
" Très bien ! "

" Je m'appelle Aiyume Hanami. Enchantée. "
" Ah, salut. "
(Je… J'ai un mauvais pressentiment.)
Je souris à mon interlocuteur malgré sa réponse quelque peu désintéressée et plate.


Depuis ce jour, je mène un quotidien parsemé de difficultés.
" Ces fleurs ne correspondent pas à l'idée que je me faisais de cette scène. Va m'acheter des roses rouges. "
" Très bien ! "
Je reviens avec ma fleur, quand…
" Que veux-tu que je fasse avec une seule rose ?! C'est trop peu, je ne peux pas m'en servir ! "
" J, je suis désolée, j'y retourne ! "
-- Une autre fois…
" Va me chercher les articles listés ici.
La réserve se trouve à l'extérieur du studio sur la droite. C'est indiqué sur le papier, tu ne peux pas la rater. "
" Très bien ! "
Je m'en vais à la réserve et reviens…
" Tu es en retard ! Les jeunes d'aujourd'hui sont donc si mous ?! "
" J, je suis désolée… ! "

D'un côté, je me plie en quatre pour répondre aux demandes de cet homme…
… Et de l'autre, je suis les leçons de comédie d'Haruka.
Je suis tellement débordée par le travail que je n'ai pas eu l'occasion de retourner à mon petit boulot du soir.
De plus, je n'ai pas le temps de discuter avec Sanada.
Ces jours difficiles et bien remplis se poursuivent un moment.

Aujourd'hui encore, je mène le même quotidien.
" Ce vase violet n'est pas si mal, mais bon.
Je crois que je préférerais un vase bleu finalement. Va m'en chercher un. "
" Très bien ! "

(Je veux bien moi, mais où vais-je trouver un vase bleu… ?)
Je retourne de fond en comble la réserve.
" Ah, le voilà ! "
Je trouve un carton sur lequel est inscrit 'vases', mais il est tout en haut de l'étagère.
(Où est ce marchepied ?)
Je balaye les alentours du regard, mais impossible de le trouver.
(Je ne veux pas qu'il se plaigne encore de ma lenteur…)
Je grimpe sur l'étagère du bas et me hisse vers le carton.
(Allez… Encore un peu… !)
L'objet est à portée de main, mais encore hors d'atteinte.
Je m'apprête à grimper sur l'étagère suivante quand des bruits de pas résonnent dans mon dos…
" C'est ça que tu veux ? "
" ?! "
Mon cœur manque de s'arrêter de battre quand une voix douce et envoûtante me parvient.
C'est alors que deux mains enserrent le carton que je voulais.

" Tiens, je t'en prie. "
" M, M. Sanada ?! "


" Tu risques de te faire mal en grimpant sur cette étagère.
Tu es actrice, n'oublie pas. "
" M, M. Sanada… ! J, je suis désolée ! "
Je descends de mon perchoir et m'incline devant lui pour m'excuser.

" Pourquoi tu t'excuses ? "
" Parce que vous vous êtes donné la peine de m'aider… Mais dites-moi, que faites-vous ici ? "

" Je me faisais du souci. "
" Quoi… ? "
" J'ai toujours un œil rivé sur toi pour m'assurer que tout va bien. "
(Toujours… ? Depuis quand… ?)
Ne trouvant pas les mots pour lui répondre, je garde le silence.
(Il est tellement beau. C'est vraiment naturel chez lui tant de dévotion.
Je comprends pourquoi il est si populaire… Il n'a pas usurpé son titre de séducteur d'actrices.)

" … Je blague.
Je t'ai juste vu entrer dans la réserve et j'ai eu envie de te faire sursauter. "
" J, je vois. "
(Il a l'air d'aimer surprendre son entourage, celui-là.)
" Tu donnes vraiment ton maximum, je te remercie. "
" Ne le soyez pas… Je suis payée pour ça… "

" Oui, tu es payée pour un travail, mais ta détermination n'est pas intrinsèque. Tu vois ce que je veux dire ?
En plus, je crois savoir que tu prends des leçons de comédie avec Haruka pendant ton temps libre ?
Tu es impressionnante. "
" M, merci beaucoup… "
(Nous n'avons pas du tout discuté depuis et pourtant… Il est drôlement attentif.)
" En vérité, j'aimerais beaucoup me joindre à vos leçons de comédie, mais je n'arrive pas à me libérer. "
(Il veut s'exercer avec moi… ?
… Pourquoi ? Je ne comprends pas.)
Lui demander.
" Euh, je ne comprends pas bien où vous voulez en venir. "

" Pourtant, c'est très clair. Je veux participer à ton apprentissage et voir tes progrès en tant qu'actrice. "
" M, merci beaucoup… "
" Haruka vous a proposé ? "
" Haruka vous a-t-il proposé de vous exercer avec nous ? "

" Non, c'est un vœu personnel. Preuve des attentes que je nourris à ton égard.
Je pense même que j'attends plus de toi que lui. "
" M, merci beaucoup… "
" Vous avez des attentes à mon égard ? "
" Est-ce que je peux en conclure que vous nourrissez des attendes à mon égard ? "
" Évidemment, voyons. Je ne sais pas si je devrais te le dire, mais…
… Tu es la seule actrice que je voulais absolument. J'ai insisté pour qu'on te recrute. "

" Même si c'est moi le réalisateur, il m'est difficile de décider seul pour ce premier film. "
Suite

" Dis-moi, que cherchais-tu exactement ? "
" Je voulais un vase bleu. "
" Je vois. Je pense que tu devrais trouver ça là-dedans, en effet. "
Sanada descend le carton à ma hauteur et s'apprête à l'ouvrir.
" Ah, je ne voudrais pas que vous vous coupiez les doigts. Laissez-moi faire. "
" Et je ne veux pas non plus que tu te blesses. "
Le jeune homme sort des gants de travail et ouvre le carton.

" Un vase bleu… Un vase bleu… Ah, voilà ! Il conviendra ? "
" … Vous avez l'air heureux. "

" Comment ? "
" Ah, je suis désolée. C'était déplacé ? "

" Ah, non… "
J'ignore pourquoi, mais ses joues deviennent subitement rouges et il se tait.


" … Suis-je si expressif ?
C'est mon premier film, c'est pour ça que je ressens une telle joie…
C'est un peu bizarre ? "
(Il se sent porté par l'euphorie de la réalisation de son premier film…
… Que vais-je lui répondre ?)
" Je vous trouve mignon, moi. Ce n'est pas bizarre du tout. "
" Je comprends mieux. Ce n'est pas du tout bizarre, vous savez. "
" Je trouve ça un peu bizarre en effet, mais ce n'est pas grave. "
Suite

" Hanami, merci. "
Son sourire fait encore battre mon cœur à 100 à l'heure.
(Sanada est vraiment un homme accessible et amical.
… Ouh là, stop, stop.
Je ne dois pas oublier qu'il est un séducteur d'actrices.)

" Maintenant que tu as ton vase, on peut y aller, non ? Même si j'aurais préféré rester ici avec toi. "
" Très bien. "

" Quand j'aurai du temps, un jour, je viendrai assister à une de tes leçons. "
" M, merci beaucoup ! "
Il est sérieux, gentil et sait se plonger dans la peau de son personnage…
Il poursuit son rêve comme un enfant et sourit avec sincérité.
(C'est peut-être la chance de ma vie d'avoir la possibilité de jouer en sa compagnie pour un premier rôle.)
La joie d'exercer auprès de cet homme plein de talent germant en moi, je regagne le plateau.

" Voilà ! "
" Oh, thank you. Demain, nous allons tourner en extérieur, tu devras juste gérer la foule. "
" Très bien ! "
(Nous tournons donc en extérieur. Je devrais pouvoir m'en sortir.)

-- Le lendemain matin…
Nous avons beau être en matinée et en plein milieu de semaine, la ville est drôlement animée.
J'essaie malgré tout d'effectuer mon travail.
Derrière un ruban en plastique, je m'assure que personne n'entre dans le périmètre…
Mine de rien, il faut de la force et de la concentration pour assurer une barrière humaine.

" Bonjour, je compte sur vous aujourd'hui encore. "
Sanada arrive sur place en faisant résonner sa douce voix cristalline dans l'air.
(De là où je suis, je me rends bien compte que nous n'appartenons pas au même monde.)
" C'est plus encombré que je ne l'aurais imaginé. Vous êtes sûr que ça ira ? "
" Bien sûr. Nous n'en avons pas pour longtemps. "
Une fois prêt, Sanada prend place.
" Monsieur, nous pouvons commencer ? "

" … Oui. "
" Bien, on y va alors… ACTION ! "

' Bien, si nous parlions. '
Dès qu'il ouvre la bouche, l'ambiance change du tout au tout.
(… Encore…)
C'est exactement la même sensation que lors de l'audition.
Cette aura meurtrière…
Ce regard puissant… J'ai l'impression que mon cœur va m'être arraché.
(Je suis fascinée… Aspirée…)
' C'est donc ma prochaine cible. '
Sa voix, sa posture, l'aura qui l'entoure, son expression, tout est différent.
(Ce n'est pas le Sanada que je connais.)

' … Il m'arrive d'avoir de la compassion parfois. '
Parfaitement dans la peau de ce meurtrier son nom, l'assassin D, il tourne le dos à son client.

' J'ai trop parlé. J'y vais. '

Il avance d'un as pas assuré et disparaît dans la foule…

" Ok, coupé ! "
(Quelle classe, cet assassin D… Non, Sanada.)
Complètement captivée par le personnage que Sanada joue, je ne peux détourner les yeux de sa silhouette.


" Merci à tous.
Vérifions les images et s'il n'y a rien à changer…
… Je propose qu'on enchaîne les scènes. "
" Très bien. Je n'ai en effet rien vu de problématique… "
Je garde les yeux rivés sur le jeune homme qui fixe l'écran d'un air sérieux.

(Sanada est vraiment incroyable…
C'est un bon acteur, mais aussi un excellent réalisateur.
Je comprends mieux pourquoi on le considère comme l'élite dans le monde du cinéma.)

" C'est ça être une star. Ne te laisse pas séduire. Ni par mois ni par Sanada. "
" Wah !
T, tu m'as fait peur… Depuis quand es-tu là, Kenji ? "

" Tu ne m'as pas remarqué parce que tu m'avais d'yeux que pour Sanada. "
" C, c'est faux, je… "
" C'est écrit en gros sur ton visage que t'es amoureuse de lui. "
Spectateur : " C, cet homme, c'est… Il passait souvent à la télé…
Eeeeuh… Ah, mais oui ! Il se vantait d'être une star ou quelque chose du genre ! "
En voyant Kenji, les spectateurs le pointent du doigt et haussent la voix sciemment.
(Vous n'avez pas besoin de le hurler sur tous les toits comme ça…)

" … Il y a une limite à la liberté d'expression. Ils me cassent les oreilles. "
" Tu parles aussi fort qu'eux, tu sais… "

" Qu'importe. Je vais leur faire voir de quel bois je me chauffe avec ce film !
La grande star est de retour ! "
" Quoi ? Tu tournes dans ce film ? "

" Tu ne le savais pas ? Tu devrais te renseigner un peu sur tes collègues. "
" J, je suis désolée. "

" Ne tombe pas amoureuse de mon agréable personne même si je t'offre le plus beau des spectacles. "
" O, oui. "
(Une star… C'est vrai qu'il ne dégage pas la même aura qu'une personne lambda.
Je commence à comprendre pourquoi certains sont attirés par les acteurs.)
Je regarde attentivement mon collègue s'avancer avec prestance.

-- Enfin, le tournage prend fin.
Nous regagnons le studio dans lequel nous avons l'habitude de filmer.

Je range les accessoires de tournage et prépare déjà le terrain pour demain.
(Fiiiiu, quelle journée…
Je me sens lourde.
Il faut plus de concentration et de force que je ne le pensais pour faire une barrière humaine.)
" Ah, tu as un moment ? "
Je me tourne quand une voix m'interpelle…

" Je suis désolé de te déranger pendant que tu travailles. "
" M. Sanada, bonsoir. "
" Bonsoir. Quand tu aura fini, peux-tu me rejoindre dans ma loge ? "
" Votre loge… ? Si vous voulez. "
(Que me veut-il ? Il a besoin que je fasse le ménage là-bas ?)


Je termine mes tâches et me hâte de le rejoindre.
(Je ne veux pas le faire trop attendre !)
" Excusez-moi. "

(Tiens ? Il n'est pas là ?)
Je toque à la porte trois fois, mais aucune réponse.
" Ah, tu es déjà là. "
" Comment ? "
Je fais volte-face et me voilà plaquée au mur.

" Bien, commençons. "
" M, M. Sanada ? "
Le sourire qu'il affichait tantôt disparaît comme neige au soleil.

" … "
L'ambiance qui enveloppe les lieux change en même temps que son visage se ferme.
" Euh… Que vous arrive-t-il ? "
' Depuis le premier jour où je t'ai rencontrée, j'ai su…
J'ai su que tu serais mienne. '
" M, M. Sanada ? "

' Ne bouge pas. '
Ces mots glacials me figent dans mon élan…
Il pose une main à côté de mon visage et se penche.
' Tais-toi et accepte mes lèvres contre les tiennes. '

' Tu es prête… ? '
Un langoureux frisson remonte le long de mon dos et ma gorge se noue.
' … '
" … "
(Qu'est-ce que… Qu'est-ce que ça veut dire.. ?)
Son sourire de prince charmant laisse place à un visage sévère.
Ces pupilles semblables à celles d'un assassin ne peuvent pas appartenir à Sanada…
Ou bien ai-je en face de moi l'assassin D ? Je l'ignore !
Hélas, ce regard sérieux et ses lèvres qui se rapprochent dangereusement…
… troublent mon cœur qui palpite dans ma poitrine…