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Ryôma / Chapitre 13

Mars 1867.

C'est en étreignant la crainte de l'assassinat de Ryôma que je suis revenue à Kyô.

Grâce à la réconciliation de Ryôma et de Gotô du clan Tosa, un nouveau chapitre de l'histoire a commencé.

La restauration du pouvoir impérial a eu lieu. Autrement dit, le shogunat a rendu son pouvoir politique à la cour impériale.

Pendant des siècles, seul le shogunat d'Edo était autorisé à gouverner le Japon.

Mais leurs méthodes étaient vieilles, et de plus en plus de voix s'élevaient pour que le shogunat renonce au gouvernement.

Les clans Chôshû et Satsuma militaient également pour cette cause.

D'autre part, les fonctionnaires du shogunat et Shinsengumi gardaient un œil sur la ville de Kyô.

Voilà les circonstances dans lesquelles le shogun a prêté l'oreille au discours du clan Tosa et accepté de céder le droit de gouverner à l'empereur.

Cette idée de restauration du pouvoir impérial, c'est Ryôma qui en a parlé à Gotô.

Ryôma n'aurait jamais pu réaliser ça tout seul. Mais grâce à son nouvel allié, le shogun a finit par accepter.

Ryôma s'en est sincèrement réjoui.

Tout s'est déroulé pacifiquement, sans effusion de sang.

Le Japon a fait un nouveau pas pour permettre à ceux qui veulent en faire un pays meilleur de gouverner.

Mon compagnon et moi logeons dans l'établissement d'un fabriquant de sauce appelé Ômiya.

Nous avons choisi cet endroit plutôt qu'une auberge afin de ne pas attirer l'attention des hommes du shogunat.

Suite à la restauration du pouvoir impérial, Ryôma est devenu la cible à abattre pour eux.

(Le shogun a rendu son pouvoir à l'empereur grâce à l'influence du clan Tosa, mais…

Ses vassaux… Les fonctionnaires du shogunat ne sont pas enchantés par cette nouvelle, si j'en crois Ryôma.

Si ça se trouve… C'est à cause de ça que Ryôma se fera tuer…

Comment pourrais-je empêcher ça ?)

Le shogun a d'innombrables vassaux.

Combien d'entre eux sont opposés à la restauration du pouvoir impérial ? Et combien en veulent à Ryôma ?

Je serre les poings, le teint livide.

(Mince… Et dire que j'étais en train de faire des courses pour Ryôma…

Je dois retourner à Ômiya en vitesse.

J'espère que Ryôma s'est un peu calmé.)

Je m'élance vers Ômiya sans attendre un instant de plus.

Mais en arrivant, une voix retentit derrière moi.

" Salut, Saki ! Ça fait un bail dis donc. "

" … ?! "

Je sursaute de surprise.

En me retournant, j'aperçois un bel homme.

" … ! Keiki ! Ça fait si longtemps ! "

" Hé hé, je constate que tu es en forme. Me voilà rassuré. "

" Oui, et pas qu'un peu ! Mais qu'est-ce que tu fais ici ? "

 

" J'ai ouï dire que tu étais de retour dans les parages, alors je suis venu te voir. "

" Mais qui a bien pu te dire ça ? Je ne suis même pas encore passée à Shimabara… "  

 

" Bah, disons que j'ai de nombreuses oreilles ici. "

" Mais dis-moi, Saki… Cet homme que tu tenais à aider, Sakamoto… Il est dans les parages ? "

" Qu… Ryôma ?! "

" En effet.

J'aimerais bien le rencontrer. "

" … "

La requête de Keiki me laisse muette.

" Quoi ? Il est sorti ? "

" N-Non… Il est dans sa chambre… Mais… "

" Tu ne peux pas me laisser le voir, c'est ça ? "

" Si… Ça devrait aller… Je crois…

Mais Keiki… Ne sois pas surpris lorsque tu le rencontreras, d'accord ? "

" Surpris ? "

" Par ici… "

 

Sous le regard interrogateur de Keiki, j'ouvre la marche vers la chambre de Ryôma.

Une fois à l'intérieur, Keiki est visiblement surpris, malgré mon avertissement.

 

" … Cet homme est… Ryôma Sakamoto ? "

" O… Oui… "

" Bouuh… Snif… Saki, qui est cet homme ? "

 

En voyant cet homme massif pleurer, Keiki semble perplexe.

" Il s'agit de Keiki. C'est lui qui m'a confiée à l'okiya lorsque je suis arrivée à Kyô. "

 

" Ah, je vois… C'est l'homme qui t'a sauvée…

Ravi de te rencontrer, Keiki. Je m'appelle Sakamoto… Bouuuh… "

 

" Quel est ce cirque ? 

Pourquoi un homme comme toi pleure en pleine journée ? "

" Il est comme ça depuis qu'il a appris pour la restauration du pouvoir impérial… "

" La restauration du pouvoir impérial ? "

" Tu savais que le shogun avait restauré le pouvoir impérial ? "

" Évidemment que je le sais !

C'est le shogun qui a gouverné le Japon pendant de longues années, mais voilà qu'il a rendu ce pouvoir à la cour impériale. Pas vrai ? "

" Voilà. Mais Ryôma pense que cette décision a été incroyablement dure pour le shogun.

Le shogunat a travaillé dur et longtemps pour le Japon…

Lorsqu'il lui a été demandé de quitter ses fonctions pour le bien du pays, il a dû être déchiré entre cela et ses vassaux loyaux au shogunat.

Ryôma dit que mettre en œuvre la restauration du pouvoir impérial dans de telles circonstances n'a pas dû être une partie de plaisir… "

" … "

" Quand j'observe Ryôma… Je me dis qu'il a probablement raison à propos du shogun.

Tu as raison, mais… Ryôma, tu devrais arrêter de pleurer ! "

 

" Bouuuh… "

" Quelle ironie ! Sakamoto, tu es vraiment en train de pleurer pour un shogun dont tu ne connais même pas le visage ? "

" Bouuuh… Comme si je pouvais m'en empêcher !

Je suis sûr que cet homme porte le peuple dans son cœur !

Sans quoi… Il n'aurait jamais cédé ce que sa lignée a protégé pendant plus de deux siècles ! "

" … "

" Ryôma est ce genre d'homme, Keiki. "

Je pouffe de rire en parlant à Keiki.

" Il se soucie des sentiments de tout le monde en toutes circonstances.

C'est aussi comme ça qu'il m'est venu en aide… "

Je suis fière de cet homme.

" … "

" Je vois… C'est un homme intéressant. "

Après un instant de silence, Keiki finit par sourire.

" Donc pour toi, tout le monde est égal et mérite la même considération, que ce soit le shogun ou une shinzô, c'est ça ? "

" Voilà donc l'homme que Saki a décidé de suivre. "

 

" Bouuuh… Le shogun est une personne absolument formidable…

Bouuuh… Snif…

Atchoum ! "

" Ouah ! Ryôma !

Tu as un rhume en plus, alors arrête de pleurer !

Tu ne retrouveras jamais la forme, sinon ! "

" Snif… Pardon, Saki… "

" … Désolé de vous avoir dérangés. Je vais vous laisser. "

" Quoi, déjà ?! "

" Oui. À vrai dire, je suis aussi pas mal occupé ces temps-ci.

Je voulais simplement vous voir et rentrer. "

 

" Hum, mes excuses, Keiki. J'aurais aimé t'accueillir de façon plus convenable… "

" C'est rien. Je suis content de t'avoir rencontré. Sur ce… "

Ce disant, Keiki tourne les talons.

Après le départ de Keiki, je prépare le lit de Ryôma afin qu'il puisse se reposer.

Je vais ensuite préparer une bouillie de riz, dont l'odeur ne manque pas de le réveiller lorsque je la ramène dans la chambre.

" Ryôma, tu te sens en état de manger ? "

" Ouais. Si c'est un de tes plats, je peux le manger n'importe quand ! "

Il récupère la bouillie avec le sourire aux lèvres.

Une fois son repas terminé, il se remet tout de suite au travail.

Apparemment, il doit envoyer des lettres à diverses personnes.

(Ryôma ne se repose vraiment jamais…)

Ce manège dure jusqu'au beau milieu de la nuit. À force de rester immobile, son corps est gelé.

" Il fait bigrement froid, dis donc… "

" T… Tout va bien, Ryôma ? "

Il a l'air un peu pâle.

" Va vite te coucher, Ryôma. "

" Merci, Saki. Ça ira mieux quand je serais sous ma couverture. "

 

Mais peu de temps après s'être couché, il commence à avoir de la fièvre.

Je pose une serviette imprégnée d'eau froide sur son front.

" Saki, ne t'en fais pas pour moi. Va te reposer aussi. "

" Je me reposerai après toi. "

Ma réponse lui arrache une expression de résignation.

Cette situation me rappelle l'époque où je vivais à Shimabara.

(Quand j'y pense… J'avais rêvé que Ryôma s'occupait de moi quand j'étais malade.)

C'était à l'époque où je me demandais pourquoi il ne venait plus me voir.

(Cette nostalgie…)

" Dis, Ryôma… "

" Hmm ? "

" Il y a longtemps, j'ai rêvé que tu t'occupais de moi pendant que j'étais malade.

Tu avais posé une serviette froide sur mon front, comme ça… et puis… "

" Et puis ? "

" Tu m'as pris la main. "

Je me sens rougir en m'en souvenant.

Mais de nous deux, c'est Ryôma qui est le plus rouge.

" Ryôma ? "

" Qu… Quel rêve étrange ! "

" Oui. Je l'ai adoré, moi. "

" J-Je vois… "

 

En parlant de ce rêve, nous avons alors commencé à évoquer de vieux souvenirs.

Nous parlons de la fois où je suis allée le retrouver à Shimanoseki, ou les moments passés ensemble à Satsuma…

Et lorsque nous évoquons le soir de notre première rencontre, Ryôma semble particulièrement nostalgique.

" Qui aurait cru qu'un jour cette fille qui pleurait dans un coin de Shimabara serait mon plus grand soutien ? "

" Oh, désolée pour cette fois-là… "

" T'as pas à t'excuser pour ça. "

" Je suis vraiment content de t'avoir rencontrée ce soir-là.

Tu ne t'en rends peut-être pas compte, mais ton existence dans ma vie a nombre de fois été une force pour moi.

Ce sourire aussi beau qu'une fleur, cette franchise… Je leur dois énormément. "

 

Ses paroles m'émeuvent aux larmes.

Un mélange de joie et de tristesse grandit en moi.

(Ryôma…

Je peux en dire tout autant de toi…)

Si mon sourire est une fleur, elle ne s'épanouirait jamais sans lui.

Le sourire de Ryôma est comme un soleil pour moi.

Et ce, depuis le soir de notre première rencontre à Shimabara.

 

" Je ne rencontrerai probablement jamais une femme qui soit aussi précieuse que toi à mes yeux. "

Son sourire déborde d'affection.

En le voyant, un sincère sentiment de joie m'envahit.

Et pourtant…

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" Saki… "

Et pourtant, des larmes se forment aux coins de mes yeux.

" … ! "

En me voyant pleurer ainsi, Ryôma se redresse lentement dans son lit.

" Qu'est-ce qui ne va pas, Saki ? "

" D… Désolée… "

Il va s'inquiéter. Je dois m'arrêter de pleurer.

J'ai beau le vouloir, c'est plus facile à dire qu'à faire.

Plus Ryôma m'adresse des paroles gentilles, plus je réalise à quel point il me porte haut dans son cœur, et plus anxiété grandit.

Il n'est personne qui ne soit plus important à mes yeux.

Mais un jour, quelqu'un viendra pour s'emparer de sa vie.

Serais-je capable de le protéger à ce moment-là ?

Si lui aussi, venait à nous quitter, comme Takasugi…

Rien qu'en y pensant, une terreur indicible monopolise mes pensées.

" … "

Sans mot dire, Ryôma essuie mes larmes.

Mais celles-ci reviennent à chaque fois à la charge, si bien que ses doigts finissent tout trempés.

" Saki… "

Sa voix est celle d'un adulte en train de consoler un enfant.

Lorsqu'il prononce à nouveau mon nom, je relève lentement la tête.

" Ne pleure pas, Saki.

Je préfère te voir sourire.

Alors… Souris pour moi, veux-tu ?

Je veux te voir sourire tout le temps. "

" … ! "

Mais j'ai peur, Ryôma.

Tellement peur que je n'ai jamais pu t'en parler jusqu'à présent.

J'ai peur que t'avouer ton destin ne le précipite.

Tout ce que je ne parviens pas à formuler en mots s'échappe à travers mes larmes.

 

" … "

 

Ryôma caresse affectueusement mes joues trempées.

 

Dans la continuité de son mouvement, il saisit mon menton et relève doucement ma tête.

Ses lèvres viennent alors rencontrer les miennes, dans la plus grande des tendresses.

Malgré ma surprise, je ferme les yeux.

Nos lèvres dégagent une chaleur intense.

Notre tout premier baiser… Un baiser débordant d'affection, de tendresse, mais aussi de tristesse.

C'est en proie à un mélange chaotique de sentiments que je passe les jours qui suivent.

Vient alors un jour où Shôta - désormais un homme accompli - revient auprès de nous.

 

 

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