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Keiki / Chapitre 4

Une dizaine de jours après Tanabata…

Ainsi que Keiki m'avait prévenue, il n'est plus repassé à Shimabara.

D'autre part, certaines rumeurs circulaient dans la ville de Kyôto.

Il y a environ un mois, les hommes de Chôshû auraient rassemblé leur armée autour de la ville dans le but de laver leur nom 'd'ennemis de l'empereur'.

Tout est parti de l'affaire Ikedaya qui a eu lieu en juin.

Ce jour-là, plusieurs hommes de Chôshû ont perdu la vie sous les lames de Shinsengumi.

Voilà désormais que leur colère envers Shinsengumi et leur employeur, le clan Aizu, est sur le point d'exploser.

Le bakufu et la cour impériale ont beau les sommer de retirer leurs troupes, les hommes de Chôshû ne veulent rien entendre.

La menace de la bataille a plongé toute la ville dans une anxiété pesante.

Prêts à les accueillir, les hommes de Shinsengumi se seraient rassemblés à un endroit appelé Kûjôwara.

Takasugi n'est toujours pas revenu à Shimabara, pas plus que son ne figure dans ces rumeurs qui circulent.

Shôta et Ryôma, eux, étaient loin de Kyôto lors de l'affaire Ikedaya.

La dernière lettre de Shôta disait qu'il se trouvait à Kôbe avec Ryôma.

Quant à moi… Je ne sors presque pas de Shimabara, à part lorsque j'ai des courses à faire.

Malgré l'inquiétude provoquée par ces histoires, je reste dévouée à mon travail.

Hier encore, une fois mon boulot terminé, je me suis tout de suite endormie…

(…)

" Hmm… "

" … toi ! "

(Hmm ?)

" Saki ! "

(?!)

Quelque chose remue mon corps dans tous les sens, et j'ouvre les yeux.

Un regard aux alentours me fait constater qu'Ayame et Hanazato se trouvent dans ma chambre.

Je cligne plusieurs fois des yeux pour m'assurer que je ne rêve plus.

" Qu… Hein ? "

(J'ai l'impression d'avoir fait un rêve agréable, mais je ne me souviens de rien…)

" Saki, réveille-toi ! Vite ! "

" A… Ayame ? "

" Qu… Qu'est-ce qui lui arrive ? Il est encore bien trop tôt…)

Ayame semble en panique. Elle tente de me tirer de mon lit.

Ne sachant pas ce qu'il se passe, j'ai du mal à me réveiller.

" Allez, on doit s'enfuir ! "

" S'enfuir ? "

Hanazato reprend la parole en tirant sur mes couvertures.

" Les hommes de Chôshû attaquent le palais impérial !

Ils se sont battus contre ceux du bakufu et ont mis le feu au moment de fuir ! "

" Le… Le feu, tu dis ?! "

Je lance un regard vers la fenêtre.

Là où le ciel s'éclaircit habituellement à l'aube s'élève une épaisse couche de fumée noire.

(Elle dit vrai !)

En m'approchant un peu, je parviens à distinguer les flammes s'élever du palais impérial.

Soudain, la cloison de ma chambre s'ouvre dans un grand fracas.

" Vous êtes encore là ?! Je vous ai pourtant dit de vous dépêcher ! "

" A-Akinari ! "

" Tout le monde est déjà parti. Vous connaissez le temple Yoshino, pas vrai ? Rendez-vous là-bas ! "

Il parle du temple au nom de Yoshino-tayû, une courtisane qui a vécu il y a des années de ça.

Nous acquiesçons toutes en chœur. Ce n'est pas la première fois que nous nous y rendons.

Sans attendre, Akinari sort de la chambre, probablement pour vérifier que les autres filles sont également parties.

Je l'arrête avant qu'il ne disparaisse.

" Akinari !

Et Keiki ? "

" … "

" Ça devrait aller, ne t'en fais pas pour lui. "

" … "

Akinari s'abstient d'en dire plus.

Cependant, le ton de sa voix recèle une certaine certitude.

Je me contente de hocher silencieusement de la tête.

" Mais si tu te blesses, ce sera Keiki qui sera triste. "

" Tâche d'aller te mettre en sécurité sans attendre, compris ? "

" D… D'accord ! "

Après m'avoir vu hocher à nouveau la tête, il s'en va pour de bon.

" Saki, on y va ! "

Ayame et Hanazato m'enfilent un kimono choisi au hasard et me tirent par la manche à travers les couloirs.

Je cours derrière elles, puis m'arrête d'un coup.

(Ah…)

" Partez devant, j'arrive ! "

Je viens de réaliser que j'ai oublié quelque chose.

" Hein ? "

" Ça ira, je vous rejoins tout de suite !

J'ai oublié quelque chose d'important ! "

Malgré leur mine hésitante, elles finissent par céder.

" D'accord, mais tâche de te dépêcher ! "

" Si je vois des brûlures sur toi plus tard, ça va barder ! "

Je les regarde alors partir, puis me précipite vers le paquet emballé dans une étoffe, dans un coin de ma chambre.

Il s'agit de ma tenue de lycéenne, de mon salaire ainsi que d'autres choses importantes à mes yeux.

Je tente de défaire le nœud, mais la panique me rend trop maladroite pour y arriver correctement.

Je finis toutefois par le défaire, et j'étale le contenu du paquet sur le sol.

(Te voilà !)

Je saisi l'objet que je cherchais.

Il s'agit du télescope que m'a laissé Keiki le soir de Tanabata.

(Je ne sais pas si l'incendie se propagera jusqu'ici, mais…

Cet objet est important à mes yeux.

Bien ! Maintenant, je n'ai plus qu'à fuir !)

Je glisse le télescope dans ma poche et m'élance à l'extérieur de ma chambre.

" Ouah… "

Une exclamation m'échappe une fois sortie.

Le feu se trouve encore à plusieurs rues d'ici, mais il se propage à vue d'œil.

L'odeur de fumée et le vacarme provoqué par le bois en train de brûler parviennent jusqu'ici.

Pour couronner le tout, de grands coups de canon retentissent au loin, et mon cœur se crispe à chaque nouveau tir.

(Il faut que je me bouge, là…

Si ma mémoire est bonne, le temple de Yoshino se trouve là-bas.)

Je m'assure de prendre la bonne direction avant de me mettre à courir comme les autres passants.

Soudain, j'aperçois une silhouette familière.---

(Qu… Sh… Shôta ?!)

 

Tout s'est passé en un éclair. J'ai cru voir mon ami d'enfance dans la foule de gens en panique.

Inconsciemment, je me fige.

La silhouette se dirige vers le palais impérial, qui se trouve dans la direction opposée.

(Shôta m'a dit se trouver à Kôbe, pourtant…

Je dois faire erreur…)

Je tente de me souvenir de la scène, juste au cas où.

Cette silhouette… J'ai vraiment le sentiment qu'il s'agit de Shôta.

(Quand j'y pense…

Il m'a parlé de l'affaire Ikedaya dans sa dernière lettre.)

Il se trouvait à Edo à ce moment-là et n'a donc pas été impliqué, mais…

Des hommes de Tosa avec qui il est devenu ami grâce à Ryôma s'y sont fait tuer par Shinsengumi.

À en juger par la forme de son écriture dans la lettre, Shôta devait avoir le cœur lourd à ce sujet.

(Si ça se trouve, il a l'intention de s'opposer à Shinsengumi et au bakufu ?)

Inquiète, je reporte mon regard vers la silhouette qui court au loin.

Cependant, la foule et la fumée m'empêchent de la distinguer.

(Je dois me tromper… Je crois…

Mais…)

Après quelques instants d'hésitation…

Je m'excuse intérieurement auprès d'Akinari, d'Ayame et des autres, puis m'élance à toute vitesse vers le palais impérial.

Je cours, encore et encore.

L'odeur de la fumée se fait de plus en plus présente tandis que je m'approche du palais, si bien que je commence à tousser.

Autour de moi, gisent des hommes de Chôshû blessés, ainsi que des hommes du bakufu qui chassent les fuyards.

De l'autre côté des flammes en furie, j'aperçois une silhouette familière, de dos.

" Shôta ! "

" Qu… "

" … Saki ?! "

L'homme se retourne vers moi. Il s'agit effectivement de mon ami d'enfance.

Je ne sais pas vraiment si je dois me sentir contente de le voir ici, mais je me précipite vers lui.

" Je le savais ! C'était vraiment toi ! "

Nous nous éloignons des flammes avant de nous demander en même temps ce que nous faisons là.

" Des amis de Ryôma participent à la bataille…

Il m'a demandé de les en empêcher et de les ramener auprès de lui.

Mais la sécurité est renforcée dans toute la ville ces derniers temps, et je suis arrivé trop tard… "

Shôta se mord la lèvre en regardant le feu au loin.

" Même si je sais que c'est trop tard, je voulais aller voir comment ça se passait. "

" Ah, je vois…

Tu ne vas donc pas te battre ? "

" Non. "

" Tu t'es lancée à ma poursuite car tu t'inquiétais pour moi ? "

" Oui… Désolée, c'était plus fort que moi. "

" T'en fais pas… "

Malgré ses mots, je vois bien que ma présence le gêne.

(C'est normal. Il s'apprêtait à se rendre au palais impérial…

Je ferai que le gêner… Pire, ça pourrait le mettre en danger.)

Gentil comme il est, je suis sûre que shôta ne voudrait pas me laisser livrer à moi-même.

(Je ne comprends pas tout ce qu'il se passe, mais ses amis se battent, c'est bien ça ?)

" Tu crois que je devrais m'enfuir ? "

Je pointe du doigt la direction opposée au palais.

" On m'a dit d'aller au temple Yoshino… Je… "

 

" A… Attends ! "

" Vu la situation, c'est trop dangereux d'y aller toute seule. "

Ce disant, Shôta balaye les alentours du regard.

Le feu est violent dans les environs, c'est vrai. Et les fuyards de Chôshû se font de plus en plus nombreux.

" Mais si je reste… "

 

Shôta réfléchit un moment.

" … "

" Bon, c'est décidé.

Saki… On y va ensemble ! Je te protégerai. "

" T… T'es sûr de toi ? "

" Hors de question que je te laisse seule ici.

Et c'est pour moi que tu as fait tout ce chemin, en plus…

On va jeter un coup d'œil, puis on retourne tout de suite en sécurité. D'accord ? "

" Ok, ça me va ! " "

Mon ami et moi nous glissons alors dans l'ombre d'une bâtisse.

" Pardon, je devrais plutôt t'accompagner au temple sans attendre… "

" Non, c'est moi qui suis désolée. "

Il secoue la tête, vérifie que personne ne se trouve aux alentours et s'élance dans la rue.

" Bien, allons-y ! "

(Qu… Qu'est-ce que c'est que ça ?!)

La scène que nous découvrons à côté du palais impérial nous laisse le souffle coupé.

Des hommes de Chôshû continuent de se battre, tandis que des tirs de pistolets et de canons retentissent ça et là.

J'imagine que c'est chose courante sur un champ de bataille, mais…

J'aperçois également des hommes brandir leurs armes malgré leur corps en sang, tandis que d'autres sont effondrés au sol, inertes.

" … ! Où est-ce que vous êtes… ?"

Shôta murmure d'une voix suppliante en observant ce chaos.

Les hommes inertes pourraient très bien être ses amis et ceux de Ryôma.

(… ! J'ai peur…)

Vraiment peur. Mais il est trop tard.

Une terreur intense me traverse l'échine.

J'ai déjà vu des clients se battre à Shimabara, mais jamais jusqu'à la mort.

Une bataille d'aussi grande ampleur, c'est la première fois…

(Je… Je ne dois absolument pas m'éloigner de Shôta.)

Les jambes tremblantes, je fais de mon mieux pour le suivre.

Soudain…

" Repliez-vous ! "

(… Qu…)

Une voix retentit par-dessus tout ce chaos.

" Kusaka et ses hommes ont déjà mis fin à leurs jours par la lame !

L'empereur a ordonné la subjugation de Chôshû !

Mettez un terme à cet affront envers Sa Majesté ! "

Une voix dure et puissante.

Même si elle semble être celle d'un inconnu, au fond de moi, j'en ai la certitude…

(Cette voix est celle de…)

Je balaye lentement les alentours du regard.

Au beau milieu des hommes qui se battent, un homme se tient face à la grande porte.

" Ne cédez pas ! La justice est notre côté ! "

Mon cœur bondit dans ma poitrine.

La lueur du soleil et des flammes se reflète sur la lame de son katana.

Distribuant des ordres à tout va aux hommes du bakufu autour de lui, Keiki se dresse au cœur de la bataille.

(Ah… C'est…)

Je retiens mon souffle, incapable de faire le moindre mouvement.

Je n'avais jamais Keiki tenir un sabre jusqu'à présent.

Les armes sont interdites au sein de Shimabara.

Les hommes de Shinsengumi n'ont que faire de cette règle, mais…

Mis à part eux, tous s'y plient.

Keiki y compris. Je l'ai toujours vu en tenue légère et désarmé.

Je le revois encore tenir sa pipe d'un air élégant, en cachant son sourire du bout de son éventail.

Cette fois-ci, c'est un sabre qu'il tient dans sa main droite.

" Des nouvelles du front ! "

Un soldat non loin se précipite vers lui pour lui annoncer la progression de la bataille.

" Entendu. Envoyez Shinsengumi et les soldats d'Aizu ! "

" Bien reçu ! "

Le soldat fait une courbette avant de repartir.

D'autres soldats viennent aussitôt le remplacer pour transmettre des informations.

" Les survivants se sont repliés vers Tenryûji et Tennôzan ! "

" Je vois. Nous enverrons des renforts plus tard.

Pour le moment, cherchez en priorité les soldats de Chôshû encore en ville ! "

Une fois encore, le soldat s'en va après avoir salué révérencieusement Keiki.

D'innombrables soldats se relayant ainsi pour faire leur rapport.

Keiki, lui, aboie des ordres tel un vrai commandant.

(… Keiki, c'est vraiment toi ?)

Je ne reconnais pas l'homme que j'ai vu tant de fois jusqu'à présent et plantée là, bouche bée.

Soudain…

Un coup de canon retentit non loin, me rappelant à l'ordre.

(… ! Mince… Rester plantée là ne changera rien !)

Ne sachant que faire, je me retourne vers Shôta pour lui demander son avis.

" Sh… Shôta ?! "

Il est en train de parler à un soldat de Chôshû un peu plus loin.

Il s'agit peut-être d'un des amis dont il parlait.

Je me précipite vers lui.

" Un ennemi ?! "

(Hein !?)

Mais à ce moment-là, un cri m'arrête dans ma course.

Je me retourne et aperçois un soldat du bakufu pointer son sabre vers moi.

" Shôta ! Ton amie ! "

" … ! Saki !? "

Shôta me tire par le bras.

Mais en le voyant me sauver juste après avoir parlé à l'homme de Chôshû, voilà que l'on prend pour des ennemis.

Une lame s'abat vers nous, faisant siffler l'air sur son passage.

(Je vais mourir !)

Incapable de bouger, je ferme les yeux.

Mais l'instant suivant, un bruit métallique retentit et le soldat du bakufu lâche un petit cri d'exclamation.

" … Hein ? "

La douleur que je m'attendais à ressentir ne vient pas. J'ouvre les yeux.

Le sabre de mon assaillant est au sol.

Un petit poignard est planté juste à côté.

(… !)

J'avale ma salive et lève alors les yeux.

Face à moi, l'homme qui vient de lancer ce poignard me toise du regard.

Il ne s'agit de nul autre que Keiki.

" Je connais ces gens-là.

Ce ne sont pas des ennemis. Laisse-les donc partir. "

Le soldat pâlit à vue d'œil au son de ces mots et s'incline platement.

" M… Mes excuses, Seigneur Yoshinobu ! "

L'homme s'incline de plus belle en voyant Keiki secouer calmement la tête et ramasse son sabre à la hâte avant de s'en aller.

(Seigneur… Yoshinobu ?)

Les derniers mots du soldat résonnent encore dans ma tête.

Mais ce n'est pas le plus urgent. Je me tourne vers Keiki, qui se trouve tout près de moi.

" Qu'est-ce que tu fais ici ? "

Je ne l'avais jamais entendu parler d'une voix aussi dure et glaciale.

" … Ah… "

Je ferme la bouche, puis la rouvre.

Incapable de prononcer un mot, un petit couinement est la seule chose que je parviens à émettre.

" Tu es aveugle ? C'est un champ de bataille, ici. Pas un endroit pour les femmes. "

Aussitôt, il se tourne vers Shôta.

" Tu es l'ami de Saki ?

Pourquoi l'as-tu amenée ici alors qu'elle ne peut pas se battre ? Tu veux qu'elle meure, ou quoi ? "

" … ! "

Shôta secoue la tête, les yeux grands ouverts.

" B… Bien sûr que n… "

" Si je n'étais pas là, vous seriez tous les deux morts à l'heure qu'il est.

Est-ce que tu le réalises ? "

" … "

Shôta ne trouve rien à répondre.

Nous restons tous deux silencieux.

" … P… Pardon… "

" Je n'ai que faire de tes excuses. File tout de suite te réfugier en lieu sûr. "

Sur ces mots, Keiki tourne les talons et repart au combat…

… sans se retourner une seule fois.

" … "

J'observe sa silhouette de dos se fondre au loin.

Le son des canons et des lames qui s'entrechoquent paraît s'évanouir peu à peu.

La bataille ne tardera pas à se terminer.

" … Partons, Saki. "

" Oui… "

J'acquiesce et tourne à mon tour les talons pour m'éloigner du palais.

" Pfiouh… "

Enfin éloignés de l'incendie, nous nous arrêtons un instant.

Celui-ci est bien plus étendu que lorsque j'ai quitté Shimabara.

Je n'ai cessé de courir en priant pour m'en sortir depuis tout à l'heure.

" Saki, ça va ?! "

" Oui… "

Shôta se tourne vers le palais et baisse les yeux;

" Désolé, Saki. Cet homme avait raison.

Je n'aurais jamais dû t'emmener dans un endroit aussi dangereux.

Je savais que Chôshû avait perdu. J'aurais dû t'aider à fuir en priorité. "

" Ne t'excuse pas…

C'est normal de t'inquiéter pour tes amis. "

Oui. Shôta n'a rien fait de mal.

Il n'y a rien de plus naturel à vouloir s'assurer que ses amis sont encore en vie lors d'une bataille.

Shôta n'avait aucune intention de se battre, je n'avais donc aucune obligation de le suivre.

C'est moi la fautive. J'aurais dû écouter Akinari et me rendre au temple tout de suite.

Me voyant silencieuse, Shôta reprend la parole.

" Je suis vraiment désolé.

Saki… C'est bien au temple de Yoshino que tu dois aller ?

Je vais t'accompagner. "

" T'inquiète, je peux faire le reste du trajet toute seule. "

Avec ce que nous avons parcouru en courant, le temple est désormais tout proche.

Je peux même voir d'autres personnes en train de s'y rendre, d'ici.

J'adresse un sourire à mon ami pour le rassurer.

Il me le rend aussitôt, l'air soulagé.

" Si tu le dis…

Dans ce cas, je vais retourner voir Ryôma.

Je ne sais pas ce qu'il adviendra de nous dans les temps à venir. Je técrirai dès que tout se sera calmé. "

" D'accord. Fais attention à toi, Shôta. "

Sur un hochement de tête, il tourne les talons et part dans la direction d'où viennent les réfugiés.

Cependant, il se tourne après quelques pas.

" … Saki… "

" … ? "

" Ce type… il… "

La gravité sur son visage me fait sursauter.

" Keiki ? "

Je secoue la tête.

" N… Ne t'en fais pas ! Je peux m'excuser pour nous deux plus tard !

Il avait l'air dur comme ça, mais il est très gentil d'habitude. "

" Non, ce n'est pas ça… "

Ce disant, Shôta prend une mine embarrassée.

" Ce Keiki… Il ne s'appelle pas Keiki, en fait. "

" Pardon ? "

Keiki n'est pas Keiki ?

Voyant ma confusion, Shôta me demande d'écrire les caractères japonais du nom 'Keiki'.

Je les trace dans l'air du bout de mes doigts et Shôta pousse un petit soupir comme si ça confirmait ses soupçons.

" Ces caractères se lisent aussi 'Yoshinobu'.

Ce type, je crois que c'est…

Yoshinobu Tokigawa, le 15ème et dernier shogun de l'ère d'Edo. "

 

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