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Keiki / Chapitre 6

Après mes retrouvailles avec Keiki ainsi que toutes les révélations qu'elles ont apportées…

" Je vois. Keiki t'a donc tout dit ? "

J'ai raconté ma soirée à Akinari dès mon retour à l'okiya.

" Oui. Son récit était surprenant, mais tout est plus clair, maintenant. "

" Désolé de ne rien t'avoir dit non plus, Saki. "

" Ne t'excuse pas ! Je comprends parfaitement que tu ne puisses pas crier sur tous les toits qu'un haut placé du bakufu fréquente ton établissement. "

Une autre question pique ma curiosité, et je me risque à la poser.

" Mais… Toi aussi, tu travailles pour le bakufu ? "

" Non.

Je ne suis qu'un simple ami de Keiki. Disons que je lui rends quelques services quand il vient ici.

Toute sorte de personnes fréquentent les quartiers rouges comme Shimabara. Ce sont de vraies sources d'informations.

C'est pour ça que Keiki vient souvent ici. "

" Ah, d'accord… "

(Ce qui explique pourquoi Keiki passait à Shimabara…)

" … "

Akinari reprend un air sérieux et me fixe du regard.

" Saki. Je sais que tu te poses beaucoup de questions au sujet de Keiki.

Mais il lui arrive de se retrouver exposé au danger, comme en juillet lorsque Chôshû a attaqué. "

" Je te conseille de ne pas trop fouiner de ce côté-là de sa vie. "

" D'accord… "

Les paroles d'Akinari raniment en moi le souvenir de l'incendie.

(Il a raison. Même si ça m'a permis de découvrir la vérité sur Keiki, c'était dangereux.

Si mon inquiétude prend le dessus et que je m'implique trop dans sa vie, ça va le gêner…)

" Dans les temps à venir, Keiki sera peut-être trop occupé par ses obligations pour venir ici.

Tâche de ne pas en faire qu'à ta tête lorsque ça arrivera. "

" D'accord, j'ai compris.

Keiki fait de son mieux pour remplir son devoir. Je ne veux pas le gêner. "

Je hoche la tête en tâchant de prendre un air aussi sérieux qu'Akinari.

" … "

" Qu… Akinari ? "

En le voyant me fixer du regard, le malaise me gagne.

Il se met alors à sourire et me met une petite tape sur l'épaule.

" Oui, tu as raison. Concentre-toi sur ton travail de shinzô. "

" Ta popularité auprès des clients augmente de plus en plus, ces temps-ci. "

Je me gratte la joue d'un air embarrassé face à son sourire.

Non pas que je veille me vanter, mais c'est vrai que récemment, de plus en plus de clients viennent pour voir mes performances ou juste discuter avec moi.

(C'est pour Keiki que j'ai fait tous ces efforts…

Mais grâce à ça, les clients aussi sont contents. D'une pierre, deux coups !)

Le chiffre d'affaires de l'okiya montant de pair avec ma popularité, ça me permet de rembourser ma dette envers Keiki et Akinari. D'une pierre, trois coups !

(Mais j'arrive jamais à rester de marbre quand on me complimente…)

Par la suite, nous commençons à parler de mes prochaines leçons, et…

" Ah… Au fait, Akinari…

J'ai décidé d'essayer de devenir tayû. " "

J'avais oublié de lui en parler.

" Tayû ? Toi ? "

Il me lance un regard intrigué.

" Oui. Je sais que mes chances sont minces, mais…

Si je deviens assez douée pour être tayû, ça fera sûrement plaisir à Keiki… "

Incapable de me résoudre à lui dévoiler la vraie raison de mon choix, je lutte pour garder un ton aussi détendu que possible.

Akinari se fend alors d'un sourire et porte une main à son menton.

" Fort bien…

Je ne veux pas me montrer trop doux parce que c'est toi, mais… "

" Si tu es vraiment motivée, alors tu as tout mon soutien. "

" Merci ! "

Soulagée d'avoir obtenu son aval, je lui demande de m'envoyer à plus de leçons, comme celles des arts du thé ou de l'arrangement floral.

C'est débordant de détermination que je finis par ressortir de sa chambre.

" … "

Quelque temps plus tard, une lettre de Shôta me parvient.

L'attaque de Chôshû qui a eu lieu en juillet serait connue sous le nom d'incident des portes interdites.

Depuis, les hommes de Chôshû et autres ennemis du bakufu se sont vus interdire l'accès à Kyoto.

Ryôma et sa clique, qui essaient de changer le fonctionnement du bakufu, sont également considérés comme dangereux par ce dernier.

Shôta ne peut donc pas se promener librement dans les parages, et encore moins venir à Shimabara.

L'autre fois, Shôta disait qu'il se trouvait à Kôbe avec Ryôma.

Apparemment, c'était pour mener des exercices militaires navals.

Avec un dénommé Katsu, ils essaieraient de créer une flotte pour protéger le Japon contre les nations étrangères.

Mais à cause de la participation des amis de Ryôma à l'incident des portes interdites, ils ont dû mettre un terme à ces exercices.

[Désolé, mais je ne pourrai pas trop passer te voir.]

Voilà ce qui est écrit dans la lettre.

(C'est pas grave pour moi. Mais lui et Ryôma n'ont vraiment pas la vie facile…) 

Je m'empresse de rédiger ma réponse en lui disant de ne pas s'inquiéter pour moi, avant de me remettre à mon entraînement à Shimabara.

L'hiver est arrivé.

Vers mi-décembre, Keiki a quitté Kyôto pour aller écraser la rébellion du parti Tenguto.

Ce parti partage les idéaux de sonnô-jôi.

Ils ont pris les armes contre le bakufu, mais en fait, ses membres viennent du même endroit que Keiki, le domaine de Mito.

(J'ai entendu dire que Keiki connaissait le chef du Tenguto…

Ça ne doit pas être facile pour Keiki de devoir se battre contre eux.)

Déterminée à lui remonter le moral dès son retour, je redouble d'efforts pour maîtriser les arts du divertissement lors de mes leçons.

C'est alors que…

Pour la première fois depuis des lustres, nous accueillons Shinsengumi lors d'un banquet.

 

 

 

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" Pas trop mal. "

" Le 'pas trop mal' de Hijikata signifie 'formidable' ! "

" Ferme-la ! "

Une fois ma danse terminée, la vue des deux compagnons en train de se chamailler m'arrache un sourire.

Lorsque je suis arrivée dans la salle de banquet…

Hanazato était occupée avec d'autres clients, et j'étais seule.

Ici, il n'y avait que Hijikata, Okita et Kondô.

J'ai donc décidé de leur dire que je connaissais la véritable identité de Keiki.

Aussitôt, ils m'ont dit que seuls quelques membres de Shinsengumi connaissent la vérité.

Et eux-mêmes en font partie.

Il arrive que Keiki leur rende visite à leur garnison.

Et comme la fois où il m'y a récupérée pour me placer à l'okiya, il arrive souvent qu'il n'en fasse qu'à sa tête sans se soucier de leur avis.

(Enfin, il n'est pas du genre à commettre des actes dangereux ou malfaisants, alors ça va…)

Cependant, il lui arrive de se mêler aux bagarres entre jeunes soldats ou de débarquer en plein entraînement pour y participer.

Il est vrai que ça peut laisser à désirer lorsqu'on connaît son statut.

(Ça ne m'étonne pas vraiment de Keiki…)

Pour je ne sais quelle raison, je n'ai pas pu m'empêcher de m'excuser à sa place en entendant ces histoires.

Ayame mettant plus de temps que prévu à venir, j'entreprends de distraire nos hôtes en dansant à nouveau.

" C'est quand même impressionnant ! J'ai du mal à croire que tu es la même personne que lors de notre première rencontre ! "

Kondô hoche la tête d'un air sincèrement impressionné.

" Hi hi… Merci. "

" Y a-t-il un secret derrière cette progression ? Un changement d'état d'esprit peut-être ? "

Il semble intéressé par le sujet. Après un instant de réflexion, je lui réponds :

" Ça me fait plaisir de distraire les clients ! "

Par client, j'entends bien sûr Keiki.

Mais ce serait trop embarrassant de leur avouer.

" Je vois. C'est une bonne chose. "

" Mais je trouve ça vraiment impressionnant, en tout cas. "

Cette fois-ci, c'est un Okita tout sourire qui prend la parole sans cesser de manger.

" Pas seulement tes progrès en arts du divertissement, mais aussi le fait que tu aies réussi à t'approprier Keiki ! "

" M… M'approprier ?! "

Okita fait une pause dans son repas et affiche un rictus amusé.

" Oui. Il y a longtemps…

Keiki se promenait en ville sans divulguer son identité. C'était avant que tu n'arrives. "

 

" On dirait qu'il voulait voir comment se portait la population, et il passait souvent nous voir à la garnison. "

" Il lui arrivait de passer à Shimabara aussi, d'ailleurs. "

" Mais il n'est jamais retourné voir régulièrement une courtisane en particulier. "

" Qu… "

 

" Pour récolter des informations, il ne sert à rien de s'en tenir à une seule courtisane.

Au contraire, en appeler plusieurs était bien plus productif. "

" … "

Je reste silencieuse en écoutant la remarque de Hijikata.

" On est vraiment surpris, tu sais ? "

" On n'aurait jamais pensé que cette jeune fille qu'on a un jour capturée conquerrait Keiki. "

Okita parle sans cesser de m'observer.

" Conquérir… "

 

 

Je répète inconsciemment ce mot et, comme si un feu venait de se déclarer en moi, je sens une chaleur intense m'envahir.

" Keiki est un homme très occupé, après tout.

Je suis sûr que tu l'aides à supporter ce poids qu'il a sur les épaules, Saki. "

" Vous… croyez ? "

Je lui demande à nouveau en posant mes mains sur mes joues rouges, et Kondô acquiesce en hochant la tête.

(Hi hi, ça me fait plaisir !)

Une vague de soulagement déferle en moi.

(Lorsque j'ai dit à Keiki que je voulais devenir tayû…)

L'expression partagée que j'ai cru voir ne devait être que le fruit de mon imagination.

(Maintenant que j'en ai la certitude, je vais pouvoir me donner à fond !)

Plus que quelques jours avant que décembre n'arrive à son terme.

" Me revoilà, Saki. "

C'est la première chose que me dit Keiki lorsque j'entre dans la salle de banquet.

" Bienvenue, Keiki ! "

Tout en sentant une douce chaleur envahir mon cœur…

Je vais m'installer à côté de lui.

" J'imagine que tu as travaillé dur. "

" Oui. "

Une fois n'est pas coutume, Keiki se tait et me regarde sans dire mot.

" … ? Quelque chose ne va pas ? "

 

" Non, c'est juste que… T'avais des airs d'épouse qui attendait le retour de son mari. "

" … ! D… D'épouse ?! Arrête de te moquer de moi, va ! '"

 

" Mais avoue que l'idée ne te déplaît pas. "

" Ugh… "

Je reste muette face à son sourire. Cependant…

" Le plaisir des retrouvailles est encore plus grand quand ça fait longtemps. "

Ce disant, il plisse les yeux en un doux sourire.

Toujours aussi rouge, je finis par ne plus pouvoir me contenir et lui adresse un grand sourire  à mon tour.

Sans attendre, je lui montre alors les résultats de mes leçons afin de lui changer les idées.

" Ouah… C'est impressionnant, Saki ! "

Écarquillant d'abord les yeux de surprise, Keiki m'applaudit bruyamment.

" C'était déjà superbe la dernière fois, mais tu as encore progressé depuis.

Tu as dû faire d'énormes efforts, n'est-ce pas ? "

" Oui ! "

J'acquiesce en hochant la tête et Keiki me caresse la joue en affichant un nouveau sourire.

" Hé hé… Je suis fier de toi. "

Il retire alors sa main de ma joue alors toute chaude, puis se saisit d'une confiserie en forme de fleur dans l'une des assiettes disposées sur la table.

" Voilà ta récompense. Allez, fais aaaah. "

" Hein ?! "

Les doigts élancés de Keiki s'approchent lentement de mes lèvres.

" Allez, ouvre la bouche. "

(… !)

Face au sourire malicieux qu'il affiche, je sens mon cœur battre de plus en plus vite et…

(Comme si j'allais tout le temps le laisser me taquiner sans rien faire !)

Je décide alors de le faire languir.

" Hmmm, j'hésite… "

" Si tu n'en veux pas, tant pis. "

" Hein ?! "

La mine triste qu'il affiche ne manque pas de me surprendre.

" Euh non, ce n'est pas que je n'en veux pas… "

Et alors que je suis sur le point de terminer ma phrase…

" Une ouverture ! "

Il fourre la petite confiserie dans ma bouche encore ouverte.

" … "

 

" La personne qui gagnera à ce petit jeu contre moi n'est pas encore née, Saki. "

(Bouuh…)

Je garde le silence en laissant fondre la confiserie sucrée sur ma langue, tandis que Keiki s'esclaffe.

" C'est bon ? "

" Oui.

Au fait… "

 

" Oui ? "

Keiki me lance un regard interrogateur en me voyant saisir une confiserie à mon tour

" Et toi, tu en veux un ? "

 

" Et bien, tu es plutôt entreprenante aujourd'hui, dis donc ! "

" Si tu n'en veux pas… "

Avant que je ne puisse terminer ma phrase…

" J'en prendrais bien un. "

(… !)

 

Keiki me saisit le poignet et porte la confiserie à sa bouche.

Au même moment, ses lèvres effleurent le bout de mes doigts, à partir desquels une agréable chaleur se répand en moi.

" Hmm, un délice ! Moi aussi, j'ai eu droit à ma récompense ! "

" C… Contente que ça te plaise ! "

Il m'adresse alors un sourire chaleureux.

Par la suite, nous faisons quelques jeux et passons un moment très agréable.

Nous rions et nous amusons comme des enfants, jusqu'au moment de faire une pause.

" Au fait Keiki, je peux jouer un morceau ?

J'ai appris à utiliser ça ! "

Ce disant, ce n'est pas mon shamisen que je sors mais un kokyû.

[Kokyū = vièle japonaise ressemblant à un petit shamisen. C'est le seul instrument japonais joué avec un archet.]

Ça ressemble à un petit shamisen, mais au lieu d'utiliser un plectre, on utilise un arc à la corde tendue, un peu comme pour jouer du violon.

Je me mets en place et attends que Keiki dise quelque chose, mais…

" … "

" Ah, vas-y, je t'en prie. "

Après un instant sans rien dire, il se remet à sourire.

" … "

 

Je lui rends son sourire et commence à jouer.

Mais au fond de moi, je sais que cette ambiance festive de tout à l'heure vient de disparaître en un clin d'œil.

Keiki me félicite tout le temps lors de mes performances.

Il m'affirme s'amuser et me remercie toujours.

Mais peu à peu, je commence à réaliser autre chose…

Au fond de lui, il cache d'autres sentiments.

(Je pensais me tromper, surtout après ce qu'on dit Kondô et les autres…)

Mais après tout ce temps à regarder Keiki, il m'est impossible de ne pas le remarquer.

(Malgré ses compliments, je ne suis peut-être pas si douée que ça…

Ou alors est-ce qu'il s'est lassé de me voir à l'œuvre ?)

J'ai beau y réfléchir, je ne trouve pas la réponse.

(Mais c'est là tout ce que je peux faire pour lui…)

Incapable de lui demander directement, je continue ma performance avec le moral dans les chaussettes.

L'année touche à sa fin. C'est le deuxième jour de l'An que je passe dans cette ère du passé.

Malgré tout ce qui me turlupine, je suis déterminée à m'entraîner encore plus dur cette année.

Keiki est passé plusieurs fois me voir à l'ageya, et malgré cette expression qu'il affichait à chaque fois…

Nous avons passé des moments agréables ensemble.

Janvier passe, laissant place à février.

De retour des courses, j'entends dire par Ayame que Keiki est à l'okiya.

Je fouine dans les couloirs, à sa recherche.

(Ah !)

Je finis par l'apercevoir de l'autre côté d'une cloison entrouverte.

" Keiki, euh… "

Je m'approche de la chambre en commençant à lui parler, mais…

" Comment est-ce que tu peux rester de marbre, toi ?! "

(… !)

Je retiens mon souffle en entendant la colère dans le ton de sa voix.

Akinari se tient juste en face de lui.

" C'est une chose nécessaire. Je n'ai pas le choix.

Tu t'es montré maladroit, et les rapports avec Edo se sont détériorés, n'est-ce pas ? "

Je ne sais pas de quoi ils parlent, mais Akinari semble bouillir lui aussi.

" Certes, mais… Tu n'as pas besoin d'employer un moyen aussi cruel ! "

 

" Nous ne pouvons rester sans rien dire. Tu le sais bien. "

Ce disant, Akinari tourne le dos à Keiki.

" Attends, je n'ai pas terminé ! "

" ?! "

Au moment d'arrêter Akinari, Keiki semble me remarquer et cesse de parler en écarquillant les yeux.

" Ha… "

" D… Désolée. Je ne voulais pas vous espionner. "

C'est la première fois que je vois Keiki se mettre en colère contre Akinari.

Abasourdie par ce spectacle, je ne trouve rien d'autre à faire que de m'excuser.

Cette ambiance pesante traîne pendant quelques instants.

" Ne t'inquiète pas. C'est de notre faute. Nous n'aurions pas dû parler si fort.

Une raison particulière à ta visite ? "

Je forge un sourire en le voyant reprendre son calme.

" Ah… Euh, en fait, oui. "

(Bon, c'est le moment de changer de sujet…)

 

Tout en acquiesçant, je me tourne vers Keiki.

" J'ai appris une nouvelle danse ! J'aimerais te la montrer…

Tu veux bien ? "

Lui aussi semble alors se détendre et me fait signe de la tête.

" Je t'en prie. Désolé de t'avoir fait peur. "

" Je ne demande qu'à voir cette danse, Saki. Tu l'as apprise pour moi, n'est-ce pas ? "

" Oui ! "

" Et toi, Akinari ? Tu veux regarder aussi ? "

" Évidemment. Je ne vais pas m'en priver. "

Contente de le voir accepter, je sors de la chambre en leur disant que je vais prendre mon éventail.

Quelques minutes plus tard, je retourne auprès d'eux et commence ma performance.

Il me reste encore du temps avant le travail, aussi n'ai-je pas mis de maquillage, ni le kimono que j'utilise habituellement à l'ageya.

Cependant, c'est avec tout le sérieux du monde que j'exécute ma danse.

C'est alors que…

" C'était superbe, Saki. "

Mon regard croise celui de Keiki lorsque je relève la tête. Je le vois pousser un soupir admiratif.

" C'est vrai ? "

 

" Oui ! Quand je t'ai connue, je n'imaginais pas que tu deviendrais si douée. "

Keiki pousse un nouveau soupir teinté d'admiration.

Soudain…

" Il s'agit du fruit de mon éducation. "

Ce disant en riant, Akinari me regarde droit dans les yeux.

" C'est le fruit de ses sentiments pour moi, oui ! "

 

" Je passe pourtant plus de temps que toi à ses côtés, tu sais ? "

 

" Akinari… Ne sais-tu donc pas que l'amour est un fruit qui pousse justement en l'absence de l'être aimé ? "

Les deux hommes échangent un regard en souriant.

(Ouf, l'atmosphère s'est enfin détendue…)

Il ne reste plus rien de l'ambiance pesante d'il y a quelques instants.

Le soulagement me gagne.

(Keiki et Akinari sont deux hommes vraiment bienveillants…

Je veux qu'ils continuent de bien s'entendre.)

 

Par la suite, nous discutons de tout et de rien…

Et lorsque le crépuscule arrive, je finis par dire au revoir à Keiki.

Il est temps de me préparer pour le travail.

Une fois la cloison fermée, je commence à marcher vers ma chambre, avant de revenir sur mes pas pour lui demander quand il repasserait.

Soudain…

" Je pense que tu le sais déjà, mais…

Tu ne devrais pas aller trop loin avec Saki. "

(Hein ?)

Je me fige devant la porte.

" Je sais. On en a assez parlé. "

Keiki a pris un ton irrité.

(Il 'sait' ?

Ne pas aller trop loin avec moi ? Comment ça ?)

Sa voix ne recèle plus la douceur qu'elle avait en ma présence.

Mais Keiki semble vraiment vouloir éviter ce sujet et change aussitôt de conversation.

" Au fait, c'est vrai que Saki va devenir tayû ? "

" C'est dans ses intentions, en effet. "

" … "

" N'es-tu pas content ? C'est pour toi qu'elle veut le devenir. "

Akinari parle sur un ton taquin.

Quant à Keiki…

" À vrai dire…

Ça ne m'enchante pas vraiment. "

Je perçois d'ici l'irritation dans sa voix.

(Hein ?)

" C'est parce que… "

Akinari s'apprête à continuer.

(…)

Cependant, j'ai trop peur de la suite.

Je me bouche les oreilles par réflexe et m'enfuis dans ma chambre.

" C'est parce que… "

" … tu te sens abandonné ? "

 

" … Peut-être bien, oui. "

Une fois dans ma chambre, je ferme la cloison.

Je m'assieds face à la fenêtre par laquelle se déversent les rayons orangés du soleil.

(Keiki… Il n'est pas content que je devienne tayû… ?)

Cette voix grave lorsqu'il a dit que ça ne l'enchantait pas…

C'est donc la raison pour laquelle il faisait cette tête à chaque fois que je lui montrais mes progrès.

Il m'a sauvée. Il m'a remonté le moral lorsque j'étais dans le doute.

Et moi qui pensais lui rendre la monnaie de sa pièce avec ça…

(Comment est-ce que je pourrais faire, alors ?

Dois-je continuer à vouloir être tayû ?)

Assise et abasourdie, je reste là, complètement perdue face à tous ces nouveaux doutes.

 

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