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{Soji} Chapitre 1

En ouvrant les yeux, j'aperçois des décors anciens autour de moi.

Je pose le regard sur le kimono dont je suis vêtue et lâche un profond soupir.

" Ce n'était donc pas un rêve…

Je me demande si Shôta va bien… "

Mon ami d'enfance a voyagé dans le temps avec moi.

Où peut-il bien être à l'heure qu'il est ?

Hier, Akinari a dit que cet endroit, où plein d'autres femmes se trouvent, était une maison de confort.

" Saki, tu as passé une bonne nuit ?

Quand tu auras terminé ton petit-déjeuner, on ira prendre nos leçons ensemble. "

Hanazato, une autre apprentie, plonge son regard dans le mien et se met à rire.

J'ai passé la soirée d'hier à écouter les explications d'Akinari à propos de cet endroit.

Et de ce que j'ai compris, les filles qui vivent ici sont des sortes de maiko, des apprenties geisha.

Il y a plusieurs rang de maiko pour différencier les débutantes des filles plus expérimentées.

Nous autres shinzô ne sommes que des débutantes.

Nous suivons nos aînées que les clients choisissent et les aidons.

Lorsque nos aînées sont trop occupées, nous nous occupons des clients seules.

Je ne connais rien de l'ère d'Edo, alors c'est dire si cet endroit m'en faisait voir de toutes les couleurs.

" 'Asage' est le mot pour petit déjeuner, et 'andon', c'est cette espèce de lanterne…

Ici, c'est 'l'okiya', le foyer de la maison de confort.
Et là-bas, c'est 'l'ageya', où se déroulent les banquets… "

" Qu'est-ce que tu dis ? "

" Non, rien… "

 

" Ha ha ha.

Tu es si drôle ! "

Hanazato rit sans retenue.

Après avoir débarqué dans ces temps reculés et été séparée de Shôta, je suis morte d'inquiétude.

Mais la gentillesse d'Akinari et d'Hanazato me réconforte.

J'espère que Shôta aussi est entouré de telles personnes dans un endroit sûr…

" Dis, Hanazato… J'aimerais retrouver un ami. Tu penses que je peux en parler à la police ?

Il y a un poste de police dans les environs ? "

" Un poste de police ? "

" Euh, des policiers, quoi… "

" Des policiers ? "

" Euh… Hatchôbori ! Je parle de Hatchôbori ! "

 

" Hatchôbori, c'est à Edo. On est dans la ville de Kyô, ici. "

Je m'assombris aussitôt.

Comment est-ce qu'ils cherchaient les gens portés disparus, à l'époque d'Edo ?

En me voyant si dépitée, Hanazato écoute attentivement mon histoire.

" Donc ton ami et toi avez été séparés ? Ma pauvre… Mais comment est-ce arrivé ? "

" Des gens effrayants nous ont abordés et interrogés. Ils s'appelaient Hijikata et Okita et… "

" C'est Mibu Rôshi. "

Le joli visage d'Hanazato se voile alors de dégoût.

Selon elle, il s'agit d'une organisation de rônins, des samouraïs sans seigneur, qui vient d'arriver à Kyô.

Ils seraient venus pour protéger la ville et disposent d'une garnison, mais les locaux ne les aiment pas.

" Ce sont des voyous incultes et malpolis venus de l'Est.
Ils prennent notre argent pour financer la guerre. "

" Je vois. "

J'ai l'impression qu'on parle de yakuza.

Les noms de Hijikata et Okita m'ont mis la puce à l'oreille, mais il ne s'agit peut-être pas de Shinsengumi, après tout.

" À cause de Mibu Rôshi, les clients de Chôshû ne viennent plus à Shimabara. "

" Shimabara, c'est la zone autour de cette maison ? "

" Oui. Les clients de Chôshû étaient gentils et généreux. Je les aimais bien, moi… "

Hanazato pousse un soupir.

Mais aussitôt, elle se fend d'un sourire et pose son regard sur mon visage.

" Saki, je demanderai aux autres filles si elles n'ont pas vu ton ami. "

"Merci, Hanazato. "

 

Je lui donne alors la description et le nom de Shôta.

Plus tard, une fois le travail terminé, Hanazato revient avec des nouvelles.

Un homme du nom de Sakamoto resterait à l'auberge d'Iseya, à Sanjô.
Il serait accompagné d'un dénommé Shôta.

Son apparence et son âge correspondaient à ma description.

(Ce doit être Shôta !)

Mon cœur fait un bond dans ma poitrine. Maintenant que j'ai cette piste, je n'arrive plus à tenir en place.

Je vais retrouver Shôta.

Il fait tout noir dehors, mais je me prépare quand même discrètement.

(J'aimerais au moins prévenir Akinari, mais…)

Il doit être occupé, car je ne le trouve nulle part.

Je me glisse alors hors de la maison de confort sans déranger les autres filles.

 

 

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Il fait un noir d'encre dehors. 
On vient de prendre le dîner, et si j'en crois mes sens, il doit être environ 20h.

À une heure pareille, je pourrais aller faire les courses sans que ma mère ne me réprimande, en temps normal.

Mais à cette époque sans lampadaires, les nuits semblent plus sombres et silencieuses.

" C'est flippant… "

Il n'y a pas âme qui vive dehors.

Des échoppes éclairées de l'intérieur retentissent de joyeux rires et le son de shamisens.

Après un instant à marcher, je me retrouve face à une grande porte. 
Celle-ci est fermée, et je ne peux aller plus loin.

" Ce n'est pas la maison de quelqu'un. La ville a l'air de continuer de l'autre côté… "

Même si je ne le savais pas à ce moment-là, il s'agit en fait de l'entrée de Shimabara.

Elle est fermée toute la nuit pour empêcher les courtisanes de fuir.

Et aussi pour inciter les clients qui traînent à rentrer passer la nuit ici.

" Bon… "

Je porte une main au portail et pose un pied sur le rebord. 
Mes sandales ne me facilitent franchement pas la tâche.

Sans parler du kimono qui m'empêche de bouger correctement…

Je redescends, attrape le bas de mon kimono et le remonte jusqu'aux genoux pour y remédier.

Mon uniforme scolaire est à peu près de la même longueur.

J'escalade alors la grande porte, en imaginant simplement franchir le portail du lycée.

La lune brille à son firmament dans le ciel.

" Hiii ! "

Un petit cri m'a échappé en sautant de l'autre côté.

Je réajuste mes sandales et, en relevant la tête, laisse un autre cri m'échapper.

Quelqu'un se dresse juste en face de moi.

" Tu fuis ? "

Sa voix est détendue. Aucune surprise ne se lit dans son regard.

Son visage, illuminé par le clair de lune, est celui d'un beau jeune homme.

Il dégage une aura qui respire la fraîcheur.

Et enfin, je réalise que son visage m'est familier.

" Tu es Okita de Mibu-machin-truc ! "

" … "

" Okita ! "

Je me reprends rapidement.

On vient tout juste de me dire que ces gens agissent comme la mafia yakuza.

Aussi beau soit-il, je reste alerte et tente de me glisser à côté de lui.

" Merci pour hier. Sur ce, j'ai à faire, alors… "

" Attends, s'il te plaît. "

" Hors de question ! Je n'ai pas envie de me faire ligoter pour finir dans un entrepôt ! "

Okita se met à rire.

Son rire semble être destiné à détendre l'atmosphère. Je me retourne doucement vers lui.

" Saki, C'est bien ça ? Il est dangereux pour une femme de parcourir les rues seule la nuit.

Où vas-tu ? "

" Qu'est-ce que ça peut te faire ? "

 

" Je vais t'accompagner. Tu dois être pressée, à te voir escalader ainsi la grande porte. "

Okita semble avoir lu mes intentions.

Pourtant, il ne m'en demande pas plus. Je revois mon opinion à son propos légèrement à la hausse.

Pendant l'interrogatoire aussi, cet homme ne s'est pas montré particulièrement désagréable.

" J'ai entendu dire que mon ami loge à une auberge appelée Iseya, à Sanjô. Je dois absolument le voir… "

" Tu comptes fuir avec ton amant ? "

" N… Non ! Shôta est mon ami d'enfance… "

Je lui dis la vérité tout en rougissant.

" Il vient du même endroit que moi, c'est mon seul ami. Mais nous nous sommes perdus de vue… "

 

" Tu es donc séparée de ton ami d'enfance. Je vois. "

" Oui. "

" Ma pauvre. Comment est-ce arrivé ? "

Son regard est si compatissant que je reste bouche bée un instant.

Il a oublié la manière dont il nous a poursuivis ?

" C'est parce que toi et tes amis nous avez poursuivis. "

" Ah, tu parles de ce garçon-là… "

" Oui. "

" Ma foi, c'est vous qui avez fui… "

" N'importe qui fuirait si quelqu'un le poursuivait ! "

" Je te présente mes excuses. "

Les excuses d'Okita me semblent sincères.

" Je n'avais aucune intention de te causer du tort. Je suis sincèrement désolé d'en être arrivé là. "

" Euh… Ce n'est rien… "

 

" Bon, en tout cas, je dois me racheter. Je vais t'emmener jusqu'à Iseya.

Il accompagne ses paroles d'un sourire attendri.

Son beau visage a des airs de fleurs qui vient de s'épanouir sous le clair de lune. 
Je hoche de la tête non sans rougir.

" Merci beaucoup. Ça me rendra service. "

 

Nous partons arpenter les rues de Kyô sous le ciel nocturne. 
Mes yeux semblent s'être habitués à la pénombre, et la peur a disparu.

Peut-être est-ce dû au clair de lune et à la présence d'Okita, aussi.

Soudain, je sens les doigts d'Okita effleurer mon col.

Je me retourne aussitôt nerveusement.

Celui-ci tient une feuille dans ses mains. Il l'a simplement balayée pour moi.

" Elle a dû se poser là pendant tes galipettes sur le portail. Elle gâchait la beauté de ton kimono. "

" M… Merci. "

 

Dans un kimono, ma peau est bien moins exposée qu'avec des habits modernes.

C'est pour ça que le moindre contact sur ma peau m'embarrasse plus que de coutume.

Le cœur battant la chamade, je lève les yeux vers son visage de profil.

" D'où viens-tu ? "

Il veut probablement savoir de quel village je viens.

Je nomme un lieu connu de tous dans cet ère pour ne pas éveiller ses soupçons.

" Euh… Je viens d'Edo. "

 

" Quelle coïncidence ! Moi aussi ! "

Okita rit joyeusement.

Je sens l'inquiétude me gagner. S'il commence à m'interroger sur ma ville, je ne pourrai pas lui répondre.

Il ne connaît ni Shinjuku Alta, ni Shubiya 109, ni Roppongi Hills.

" Hijikata, que tu as rencontré la dernière fois, et Kondô, sont également d'Edo. "

" Vous êtes venus à Kyôto… Euh, je veux dire Kyô, récemment ? "

" Oui. Le dépaysement m'a d'abord amusé, mais en fait, je préfère quand même Edo. "

" Tu as le blues ? "

 

" Le blues ? "

" Ah, euh…  je veux dire, tu n'arrives pas à t'habituer à cette ville ? "

Malgré son âge supérieur au mien, je suis peut-être un peu trop directe avec lui.

Après avoir encaissé ma question, Okita affiche un sourire crispé. 
Et la brise nocturne finit par enlever toute grimace sur son visage.

" Ce n'est pas la ville, mais les gens. 
Les gens de Kyo sont raffinés et polis, mais on ne sait jamais ce qu'ils pensent. "

" Les filles de la maison de confort vous qualifient de voyous venus de l'Est. "

" Les gens d'Edo disent toujours ce qu'ils ont sur le cœur.

J'imagine que notre enthousiasme tape-à-l'œil ne plaît pas aux femmes d'ici. "

" Les feux et la bagarre font la gloire d'Edo ? "

 

" Exactement. "

" Toi aussi, tu aimais les feux et la bagarre ? "

" Oh que oui ! J'étais le premier à courir lorsqu'un feu se déclarait. "

Il se fend d'un sourire à la fois amusé et nostalgique.

Son sourire innocent me met à l'aise.

Je peux lui parler sans me soucier des manières.

Je ne me souviens pas avoir déjà parlé aux garçons de l'école comme ça.

Son regard lucide se plie en un sourire attendri.

" Tu n'as pas la langue dans ta poche. Tu me rappelles ma mère et ma sœur. J'aime discuter avec toi. "

Le cœur battant la chamade, je lui adresse un sourire.

Maintenant que je sais qu'il ressent la même chose pour moi…

Je marche à ses côtés, aussi excitée que la veille d'un départ en voyage.

Le trajet jusqu'à l'auberge semble passer en un rien de temps.

" Bonsoir. Je m'excuse pour ma visite si tardive… "

" Oui, oui… "

 

Le propriétaire ouvre amicalement la porte en entendant le ton respectueux d'Okita, mais il se renfrogne en découvrant son identité.

C'est comme s'il venait de voir un fantôme.

" M… Mibu… "

Je me souviens alors que Hanazato m'a dit qu'ils réclamaient de l'argent aux commerçants de Kyô pour financer la guerre.

Sourire gêné aux lèvres, Okita continue calmement.

" Cette demoiselle que voilà cherche son ami. "

" Un garçon nommé Shôta Yûki. Il a environ mon âge. Il serait accompagné d'un certain Sakamoto. "

Le propriétaire d'Iseya dévisage Okita.

Il semble effrayé par ce dernier. Il secoue alors la tête timidement, en signe de négation.

" Je suis désolé, mais il n'est pas dans mon établissement. Il s'en est allé hier. "

" Shôta… Le garçon était ici ? "

" Je l'ai en effet aperçu, mais… "

Le propriétaire d'Iseya n'en dit pas plus.

Mes épaules s'affaissent sous le coup de la déception. Je pensais avoir retrouvé Shôta, mais c'est raté…

Okita incline la tête révérencieusement.

" Je comprends. Désolé de vous avoir dérangé. "

Aussitôt, le soulagement se lit sur le visage de notre interlocuteur.

Je crois que je viens d'avoir un aperçu des relations entre Mibu Rôshigumi et les habitants de Kyô.

" Ne te décourage pas, Saki. "

Sur le chemin du retour, Okita tente de me remonter le moral.

Il semble se sentir responsable de ma situation actuelle.

" Je le chercherai aussi. Si j'entends quoi que ce soit, je t'en ferai part. "

" Vraiment ? "

" Oui. Même si je n'aime pas trop aller à Shimabara… "

Je ne comprends pas ce qu'il a voulu dire par là.

" Mais c'est de la faute de Keiki… Je ne pensais pas qu'il t'emmènerai dans un tel endroit. "

" Mais non, il s'est montré très gentil. "

 

" Comparé à ceux qui t'ont poursuivie, c'est ça ? "

" Ce n'est pas ce que je voulais dire… "

 

Okita semble d'humeur taquine. Je me sens aussitôt rougir.

En me remémorant les réactions de l'aubergiste et les histoires sur Okita, je prends mon courage à deux mains pour parler.

Je veux lui dire que je ne le déteste pas, et qu'il ne m'effraie pas.

" Je pense que tu es quelqu'un de bien, Okita. "

Les nuages qui voilaient le ciel s'éloignent, et la lune nous illumine à nouveau.

Okita cligne plusieurs fois des yeux et je continue en serrant sa main dans la mienne.

" Je ne connais pas les autres hommes de Mibu, mais toi, tu es quelqu'un de bien.

Tu as été gentil avec moi, et tu t'es excusé… "

" … "

" Je ne te déteste pas. "

Son visage plein de tendresse semble plus beau encore sous la lumière pâle de la lune.

Ses lèvres fines se fendent d'un sourire.

" Merci. Je t'aime bien aussi, Saki. "

Mon cœur bondit dans ma poitrine.

D'embarras, une goutte de sueur froide glisse le long de ma nuque.

" Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai envie de t'aider. Je n'ai jamais vu de fille comme toi à Shimabara. "

" Tu as dit que tu n'aimais pas t'y rendre. Pourquoi ça ? "

 

Okita fait une petite grimace.

Il prend un air boudeur, comme un enfant qui aurait subi des moqueries.

L'expression innocente de ce bel homme m'envoûte.

" Les gens y sont tous bien habillés, mais ils se prennent tous trop au sérieux. Ils sont ennuyeux.

J'aime les jeux des maisons de thé, mais… "

 

" Les jeux des maisons de thé ? "

 

" Le lancer d'éventail, par exemple. C'est plus amusant d'y jouer avec des enfants qu'avec des femmes. "

Il joue donc avec des enfants.

" Quand je me plonge un peu trop dans le jeu, les femmes se mettent à rire. "

" C'est une compétition, mais elles ne se prêtent pas au jeu sérieusement. Ce qui m'ennuie. "

Okita arrange le col de sa veste.

On croirait voir un enfant qui essaie de passer pour un adulte.

" Les enfants, eux, se plongent dans le jeu comme moi.

Hijikata et les autres se moquent de moi, mais une compétition, ça se joue sérieusement ou… "

Il s'arrête de parler, le visage rouge.

" Quoi ? Pourquoi ris-tu ? "

" Ben, c'est que… "

Il est trop mignon. Mais je ne peux pas dire ça à un homme plus âgé que moi.

Okita fronce les sourcils d'un air boudeur avant de se fendre d'un sourire.

Un sourire innocent et insouciant, qui charmerait quiconque le voit.

" Contre toi, je pourrais peut-être jouer sérieusement. 
Tu es du genre à escalader la grande porte, après tout. "

" Ce serait avec plaisir ! Je ne sais pas à quoi tu veux jouer, mais j'étais forte aux jeux vidéo ! "

 

" Forte aux quoi ? "

" Ah, euh… Je suis forte aux jeux. Je ne perds jamais ! "

Okita rit joyeusement.

" Et moi donc ! "

Je ne peux m'empêcher de sourire à mon tour.

Il est si mignon, avec ses airs d'enfant.

Malgré son air raffiné, il est insouciant et sans prétention.

(Je n'ai pas trouvé Shôta, mais je suis contente d'être sortie pour le chercher.

Et contente d''avoir rencontré Okita..)

 

Soudain…

Dans un mouvement vif, il m'attire dans son dos.

" Okita ? "

J'avale ma salive, incertaine de ce qu'il vient de se passer.

Okita ne se retourne pas. 
Tandis qu'il me retient d'un bras derrière lui, il porte l'autre à quelque chose à sa ceinture.

Il s'agit du pommeau d'un katana.

Surprise, je risque un coup d'œil par-dessus son épaule.

J'aperçois alors deux silhouettes sous la lueur de la lune.

L'un des deux hommes a déjà son épée au clair.

Je ne réalise pas ce qui est en train de se passer juste sous mes yeux.

Ce n'est pas une scène de film historique que la lune illumine. C'est un fait réel, à l'ère du shogunat.

Cela signifie donc que cette épée est une vraie ?

Ces gens comptent-ils nous attaquer ?

" Je suppose que tu es Soji Okita, de Mibu Rôshigumi. "

L'un des hommes s'exprime à voix basse.

D'épais nuages viennent voiler l'unique source de lumière, la lune.

Okita réplique calmement.

" En effet, c'est bien moi. "

 

L'obscurité s'installe.

Les deux silhouettes s'élancent telles des bêtes. Elles foncent sur Okita en rugissant.

Okita avance à son tour, de manière à mettre de la distance entre nous.

Accroupi, il dégaine son katana et lance un coup ascendant.

Les nuages se dissipent enfin, laissant la lumière de la lune reprendre ses droits.

La lame argentée d'Okita danse avec la fluidité d'un torrent d'eau.

Il n'était plus question du jeune homme détendu ou du beau gosse aux airs d'enfant.

Plus tranchant qu'un sabre, plus rapide que le vent… Un authentique épéiste.

Face aux deux hommes armés, il se montre d'une puissance et d'une élégance phénoménales.

Son sabre finit par mordre les deux hommes, qui s'effondrent l'un après l'autre.

J'ai beau ne pas m'y connaître en escrime, je comprends que son talent est hors du commun.

On croirait voir un adulte jouer avec des bébés. Non…

Plutôt un dieu incarné que des humains ont osé défier.

(Qui est-il donc ?)

S'il s'agit d'un personnage historique, je devrais le connaître.

Okita de Mibu Rôshigumi.

Est-il différent de celui de Shinsengumi ?

Et l'Okita de Shinsengumi, qu'a-t-il fait de spécial ?

(Okita… Sôji Okita…)

Je répète intérieurement son nom pour trouver la pièce manquante.

Un lien mystérieux et intemporel nous lit désormais.

Ce soir-là marquait le début d'une nouvelle histoire…

… Une histoire de tendresse, de chagrin et d'amour.

 

 

 

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