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{Soji} Chapitre 13

La maladie d'Okita s'est aggravée, si bien qu'il n'était même plus capable de tenir debout.

Je n'étais pas au courant.

Son docteur lui avait dit de se reposer…

Il lui avait dit de rester allongé autant que possible.

Je n'étais pas la seule à ne pas le savoir. Tous ceux de Shinsengumi étaient dans le même cas.

Nous ne savions pas que sa maladie était à un stade si avancé.

" Saki… "

En arrivant à son chevet, il ouvre fébrilement les yeux.

Il est allongé dans une chambre bien aérée. Il essaie de se lever, mais je me précipite pour l'en empêcher.

" Non, reste allongé. Tu ne dois pas être debout. "

" Je n'ai fait que dormir. C'est fatiguant aussi, de rester allongé tout le temps. "

" Si tu es seulement fatigué, alors c'est parfait. Ne te lève pas. "

Mon air en colère le fait pouffer de rire.

" Vous exagérez, toi et tous les autres. "

" Ah oui ? Et qu'n penserais-tu si je retournais travailler à l'ageya après avoir craché du sang et perdu connaissance ? "

" Je serai inquiet. "

" Tu vois ? "

" Je me mettrais sûrement dans une colère noire. "

" C'est normal ! "

 Je hoche la tête, comme si j'étais son docteur. Okita rit à nouveau.

Malgré son état, il a l'air de se sentir bien.

Le regard porté vers la véranda, il plisse les yeux d'un air amusé.

 

Chapitre 4 ~ Part. 2

" Malgré la neige qui a cessé de tomber il y a quelques jours, il fait plutôt chaud aujourd'hui ! "

" C'est vrai. Le printemps ne tardera pas à arriver. "

" Il faut absolument que je profite des cerisiers en fleurs cette année. Depuis que je suis à Kyô, je n'ai pas encore visité les endroits les plus célèbres. "

" Moi, si ! Le temple de Kinkakuji, celui de Ginkakuji, le musée de Kyôto… "

" Le musée de Kyôto ? "

" C'était pendant mon voyage scolaire. "

Okita affiche un sourire signifiant qu'il n'a rien compris de ce que je lui raconte.

En parlant de mon voyage scolaire, je sens la nostalgie me gagner.

Deux ans ont passé depuis que Shôta et moi sommes arrivés dans cette époque.

Si nous avions continué notre vie normalement, nous serions à l'université à l'heure qu'il est.

Mes parents doivent être tellement inquiets…

Je me demande ce que Shôta est en train de faire…

J'espère qu'il se porte bien.

" Ah… il faut que je me rétablisse rapidement. "

Okita regarde dehors comme un enfant mort d'ennui.

" J'ai entendu dire que Satsuma et Chôshû ont formé une alliance appelée Satchô. Et qu'un certain Sakamoto en serait le médiateur. "

Ryôma Sakamoto. L'homme avec qui se trouve Shôta.

Je hausse les sourcils, feignant l'ignorance. C'est exactement comme dans mes cours d'histoire. Le pouvoir impérial sera restauré juste après la formation de cette alliance.

La fin du shogunat et de Shinsengumi sont on ne peut plus proches.

 

Chapitre 4 ~ Part. 3

" Je t'en prie… "

La garnison de Shinsengumi a été déplacée au temple Hongwanji ouest.

Je suis venu rendre visite à Hikikata. Juste face à lui, je la supplie, la tête baissée.

" Ne laisse pas Okita prendre les armes. Il ne doit plus se surmener. "

Il m'écoute silencieusement.

Depuis la mort de Yamanami, il semble apathique.

Et cerise sur le gâteau, Okita a perdu connaissance. Cet homme souffre peut-être bien plus que moi.

" J'ai envoyé faire un long périple sans penser à sa santé.

Je m'assurerai qu'il se repose jusqu'à qu'il ne soit plus fatigué.

C'est promis. "

Toujours prosternée, je secoue la tête.

" Ce n'est pas une question de fatigue. Il a atteint ses limites. Laisse-le en paix jusqu'à ce qu'il soit complètement soigné. "

Ces mots sortent de ma bouche bien que je sais qu'il ne récupérera jamais.

" Tu as dit que tu connaissais un médecin réputé. Qu'en est-il de lui ? "

" C'est… "

" Tu m'as demandé si tu pouvais l'emmener loin d'ici pour le soigner.

Tant qu'il peut supporter le voyage, tu peux aller où tu veux. Où est ce médecin ? Edo ? Satsuma ? "

 

Je secoue à nouveau la tête. Ceux qui peuvent le sauver ne sont pas encore nés.

Mais dans le futur, c'est tout à fait possible.

Après une profonde inspiration, je relève la tête.

" Hijikata, je m'excuse de te l'avoir caché si longtemps… "

" Quoi ? Tu veux dire que c'est un type de Chôshû ? "

Il me regarde avec un sourire en coin de bouche.

" Te souviens-tu de notre première rencontre ? "

" Oui. Tu fuyais vêtue d'habits étranges. "

" Ce sont des habits du futur. Comme ta veste de Shinsengumi, c'était mon uniforme. "

" Des vêtements du futur ? "

" Je viens du futur. D'une ère appelée Heisei. Elle viendra après Meiji, Taishô et Shôwa. "

" … "

Hijikata fronce les sourcils d'un air suspicieux…

Toutefois, il n'éclate pas de rire et poursuit la conversation.

" Et donc ? "

" La médecine du futur pourrait bien sauver Okita. Mais il me faut un certain appareil photo pour y retourner. "

" … "

" Je pensais que Kônoikeya le possédait, mais je me suis trompée. Mon seul autre espoir est Shôta, mais… "

" C'est qui, lui ? "

" Mon ami d'enfance. Il est venu du futur, comme moi. Il se trouve aux côtés de Ryôma Sakamoto à l'heure qu'il est. "

L'expression d'Hijikata change.

" Hmm… "

" Hijikata, c'est difficile pour moi de te le dire, mais Shinsengumi perdra. "

" … "

 

Je lui parle en détournant le regard.

De peur qu'il ne se mette en colère, je me crispe jusqu'au bout des doigts.

" Le shogunat Tokugawa touche à sa fin, et l'empereur Meiji prendra sa place. Si je me souviens bien, une guerre éclatera contre la Chine, ou la Russie…

Ah non. Il y aura d'abord la rébellion de Satsuma. "

" Qu'est-ce que tu racontes ? "

" Okita mourra jeune de sa maladie. Kondô se fera décapiter, et toi, tu mourras à Hokkaido. "

" C'est ridicule… "

" C'est la vérité. Je l'ai même plus dans un film historique. J'ai vu une photo de toi avec les cheveux courts et des vêtements occidentaux. "

" … "

" J'aime les hommes de Shinsengumi. Je n'aspire pas à changer l'histoire…

Mais je veux que tout le monde vive. Pas seulement Okita, mais toi et Kondô aussi… "

Mon visage est déformé par le chagrin, et je tente désespérément de retenir mes larmes.

" Il y a déjà eu bien assez de morts, tu ne crois pas ? "

" … "

" Je ne veux plus que quiconque meurt. Je t'en prie, tu dois me croire… "

Il se frotte silencieusement les lèvres puis hoche la tête.

" Entendu. Je me préparerai. "

Bien que je viens de lui annoncer sa mort imminente, il ne semble ni surpris ni inquiet.

Je n'arrive pas à croire qu'il puisse rester si calme.

" Pourquoi est-ce que ça ne vous fait rien ? Ni à toi ni à Okita. "

" Okita a réagi de la même manière ? "

" Oui. Je connais histoire, et il a agi comme les faits le relatent malgré mes tentatives de l'arrêter. "

Cette nuit à Ikedaya… Lorsqu'il a craché du sang.

J'ai eu beau lui dire que ça arriverait, il a ignoré mes avertissements.

À chaque fois, je me suis sentie impuissante. Je me suis demandé quelle était la raison de ma présence.

Je ravale ma frustration et porte à nouveau mon regard sur Hijikata.

" Alors pourquoi ? Pourquoi est-ce que vous ne me croyez pas ? "

" Je te crois. "

" Alors pourquoi ? "

Hijikata affiche un petit sourire.

Il s'agit d'un sourire serein, similaire à celui de Yamanami.

" Celui qui cherche à repousser le jour de sa mort, ne serait-ce qu'un jour, ne pourrait jamais vivre par le sabre.

L'homme qui ne souhaite livrer que des combats qu'il peut gagner ne livre aucun combat. "

" … "

" Tu as dit que l'histoire se déroule exactement comme les faits relatés à ton époque ? "

" Oui… "

" Ce sont les hommes qui forgent cette histoire. Quand quelqu'un vit en restant lui-même, l'histoire en découle.

Et ce, même s'il connait l'avenir, ou même la date de sa mort…

Si Sôji reste lui-même, que moi je reste moi-même et que Kondô aussi reste lui-même… "

" Il est tout à fait normal que l'histoire ne change pas. Tu ne crois pas ? "

Lorsque les gens restent les mêmes, l'histoire se déroule sous leurs pas.

Je me demande si Okita pense de la même manière…

" Démanteler Shinsengumi après avoir après notre défaite. Très peu pour moi. Quitte à ne plus être moi-même, autant mourir. "

" … "

" Sôji pense sûrement la même chose. Et toi aussi… "

" Moi aussi ? "

Les yeux plissés, Hijikata affiche un petit sourire.

Le soleil est éblouissant, cet après-midi.

" Tu finiras par comprendre. "

 

Chapitre 4 ~ Part. 4

' Lorsque les gens restent même, l'histoire se déroule sous leurs pas. '

Ce n'est pas l'histoire que je n'ai pas pu changer.

C'est la volonté des hommes de cette époque. Leur esprit digne et noble.

Être soi-même. Faire ce à quoi l'on aspire.

Est-ce que je reste moi-même, quand je m'apprête joliment avec ce maquillage et que je prends place dans l'ageya ?

Est-ce que je reste moi-même, lorsque j'attends que Shôta revienne pour retourner dans le futur ?

(Non. Dans aucun de ces cas-là.)

Ce que je veux faire… L'endroit où je veux être…

(Je veux rester aux côtés d'Okita.)

" Tu ne veux plus être courtisane oiran ?! "

" Non. Je te suis infiniment reconnaissante de tout ce que tu as fait pour moi. "

" Tu es la tayû dont tout le monde parle, alors pourquoi ? Y a-t-il quoi que ce soit qui ne te convienne pas ? "

" J'aime un homme.

Je regarde Akinari droit dans les yeux et ne mâche pas mes mots.

" Un homme qui compte plus que tout pour moi. Tout ce que j'ai fait pour nos clients, je veux le faire pour lui à présent.

Je veux lui offrir du bon temps, je veux l'écouter se plaindre sans retenue, je veux le voir rire et pleurer…

Je tiens à ne le faire que pour lui à partir de maintenant. "

Après un court instant sans rien dire, Akinari reprend :

" C'est Sôji Okita de Shinsengumi ? "

" Oui. "

" C'est un bel homme. "

" Je… Je ne l'ai pas choisi pour son apparence. "

Akinari ferme son éventail dans un claquement et me transperce du regard.

Un regard si sévère que j'en viens à trembler.

" Tu es la tayû d'Aiya. Ma tayû. J'ai investi beaucoup de temps et d'argent pour faire de toi une courtisane oiran de premier ordre.

Et malgré cela, tu comptes me jeté tout ça à la figure pour un autre homme ? "

" Je… "

Ma voix tremble sous la pression. J'avale ma salive et parle tout en réfléchissant aux mots à employer.

" S'il y a quoi que je puisse faire, je le ferai. Même si je dois endurer douleur, peur et disgrâce. "

" … "

" Je m'y suis préparée. Tu peux me faire cuire au bouillir, si c'est ce que tu souhaites. "

" Te faire cuire ? Bouillir ? Tu n'es pas ce fichu voleur d'Ishikawa Goemon… "

" Goemon est bien rentré dans un chaudron, lui ! "

" Je ne suis pas adepte de ces tortures de barbare. "

Akinari pousse un soupir et ouvre son éventail dans un nouveau claquement.

Figée, j'observe son visage.

Soudain, un rire retentit non loin.

" Sois gentil avec elle. Tu es seulement triste de la voir partir, n'est-ce pas ? "

" Ayame… "

La courtisane qui m'a prise sous son aile lorsque j'étais encore une apprentie shinzô.

Akinari hausse les sourcils en l'entendant rire.

" J'ai fais d'elle la tayû dont je rêvais. Le meilleur était encore à venir… "

Akinari mettait du baume au cœur à me former. Chacun de mes progrès l'emplissait de joie.

Ça me crève le cœur de le trahir.

En voyant mon air décomposé, Akinari me lance un regard malicieux.

" Allez, ne fais pas cette tête. Je sais déjà que tu as pris la décision. "

" Maître… "

" Keiki t'a confié à moi. Cette décision ne revient pas qu'à moi. "

" D'accord. "

La bouche cachée derrière son éventail, Akinari se fend d'un sourire.

" Je parlerai en ta faveur. "

" Akinari… "

Je relève la tête, infiniment reconnaissante.

Akinari agite son éventail.

" Non, non. Ne me regarde pas comme ça. "

" Merci ! Merci du fond du cœur ! "

"  Oui, tu me dois bien des remerciements. Tu es une sacrée perte pour moi. "

Malgré ces paroles impitoyables, son regard déborde de gentillesse.

Il tend la main vers moi et saisit mon menton.

C'est exactement comme lorsqu'il vérifie que je me sois bien maquillée.

Son visage est garni d'un sourire triste, mais satisfait.

" Je t'ai bien formé. Tu portes ma signature. "

Mon cœur bondit dans ma poitrine au son de sa voix douce.

Akinari… i j'étais du genre à choisir au physique, je t'aurais probablement choisi.

Il faut dire que tu es un homme séduisant.

Assez pour rendre Okita jaloux.

" Quelle frustration, je te jure… "

Sur ces mots, Akinari me laisse partir.

" Saki, prends bien soin de toi. "

" Je suis contente pour toi, Saki. Tu vas pouvoir rester avec Okita, désormais ! "

" Tâche de vivre sans regret, d'accord ? "

 

Le jour de mon départ, tout le monde vient me faire ses adieux.

Je les salue en inclinant inlassablement la tête, en larmes.

" Merci pour tout ce que vous avez fait. Merci à tous ! "

" Prends soin de toi ! Au moindre problème, tu n'auras qu'à revenir ! "

" Merci ! Prenez soin de vous aussi ! "

Je leur fais signe de la main en réponse à leurs adieux.

C'est le cœur chagriné que je quitte l'okiya.

Tant de choses se sont passées ici…

J'ai appris les jeux des maisons de confort, joué au lancer d'éventail avec Okita…

Été témoin de l'ivresse de Serizawa, rencontré Maître Masuya…

Il y a certes eu des jours où je pensais être incapable de surmonter le chagrin et la souffrance, mais…

Grâce à tous ceux qui étaient à mes côtés, j'ai pu en venir à bout.

(Merci, à vous tous…)

Je redresse mon dos avant de m'incliner, une dernière fois, pour leur faire savoir à quel point je les estime.

 

Chapitre 4 ~ Part. 5

Kondô a une concubine.

Il s'agit de Miyuki-tatû, une courtisane d'Osaka. Son vrai nom est Oyuki. Kondô a payé pour qu'elle puisse venir vivre à Kyô, dans sa maison secondaire.

C'est la maison où Okita est en convalescence.

" Ravie de faire ta rencontre, Saki. J'ai beaucoup entendu parler de toi. "

" Moi de même, Oyuki. Merci d'avoir pris soin d'Okita. "

Oyuki est une belle femme mince. Ma première impression d'elle et qu'elle paraît aussi de faible constitution.

Elle me guide jusqu'à la salle du fond.

" Okita dort encore. Il s'est levé tôt, mais la fatigue n'a pas tardé à se montrer…

C'est ici. Entre. "

Je remercie Oyuki et entre dans la chambre en question.

Veillant à marcher aussi silencieusement que possible, je vais m'asseoir à côté d'Okita et regarde son visage.

C'est la première fois que je le vois dormir d'aussi près.

Il a les yeux fermés et semble en paix. Sa bouche est entrouverte, et sa respiration est stable.

(Il est… chou.)

On dirait un bébé. Un sourire se forme sur mon visage.

Doucement, je pousse sa frange sur le côté.

Okita ouvre alors légèrement les yeux.

Puis, l'air ensommeillé, il cligne plusieurs fois des yeux, qu'il finit par frotter pour mieux me voir.

" Mmh ? "

Sa voix endormie est si mignonne que j'en éclate de rire.

" Saki ? Je suis en train de rêver ? "

" Non, tu ne rêves pas. "

" Qu'est-ce que tu fais ici ? Et ton travail ? "

" J'ai démissionné. "

" Démissionner ? "

Okita écarquille les yeux, abasourdi.

" Mais tu ne peux pas faire ça. "

" Si, et je l'ai fait. J'ai demandé la permission. Je ne suis plus tayû, ni même courtisane oiran. "

" Pourquoi ? "

" Corniaud… "

J'emploie les mots d'Hanazato et lui fais une pichenette sur le front.

Ça le fait fermer les yeux, mais il les rouvre lentement.

Ses joues blêmes rougissent légèrement.

Je lui lance un sourire suffisant.

" Je peux rester à tes côtés, maintenant. "

Je me penche sur lui et l'embrasse.

Sa main froide est dans la mienne. Plus jamais je ne lâcherai.

Quoi qu'il arrive, je resterai à ses côtés.

S'il veut dédier sa vie entière à Shinsengumi, moi, je lui dédierai la mienne.

Et je ne le regretterai jamais.

Mais malgré ma détermination, le jour de notre séparation s'approche à grands pas…

 

 

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