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{Soji} Chapitre 5

 

Shinsengumi.
Okita vient de m'annoncer le nouveau nom de sa troupe.

" Non… "

Les lèvres tremblantes, je peine à formuler mes mots.
De chaudes larmes viennent se former dans mes yeux.

" Hein ? "

" Okita, tu dois quitter Shinsengumi tout de suite. "

Il écarquille les yeux.


Il se fend alors d'un sourire insouciant.

" Qu'est-ce que tu racontes, Saki ? "

" Je t'ai dit que je venais du futur, pas vrai ? Et tu m'as dit que tu me croyais. "

J'attrape son bras et le secoue fébrilement.

La confusion se lit sur son visage.

" Je me suis souvenu du film historique que j'ai vu. Et c'est Shinsengumi qui perd ! "

Sa veste bleue bat dans le vent.
Je me souviens parfaitement de ce film de samouraï ennuyeux à mourir qu'on a regardé en famille.

" Kondô se fait couper la tête, et Hijikata meurt au combat à Hokkaido.
Toi, tu meurs en crachant du sang ! "

Il plisse les yeux, comme s'il était ébloui.
Qu'est-ce qu'il a bien pu voir dans mes mots ?

" À ce rythme, tu vas y laisser la vie. Quitte Shinsengumi et va voir un médecin, je t'en prie… "

 

" Saki. "

Il m'enlace tendrement par les épaules.
Même après avoir appris l'avenir qu'il l'attend, son regard reste incroyablement serein.
Je suis la seule à être inquiète et en pleurs. Il murmure alors sur un ton rassurant…

" As-tu parlé de ça à quelqu'un d'autre ? "

Il est même en train de sourire.
Je secoue la tête, faisant couler des larmes sur ma joue.

" Non, à personne. "

" Merci. "

Okita se penche vers moi et essuie mes larmes du bout de ses doigts.
Calmement, il baisse les yeux et reprend en souriant.

" Ne dis ça à personne, s'il te plaît. Fais-m'en la promesse. "

" Okita… "

 

" Je compte sur toi. "

La mine décomposée par le chagrin, je tire sur sa manche.
Un couinement filtre à travers mes dents serrées.
Je ne peux réprimer ma haine de cette veste bleue donc il est vêtu.
J'en ai aperçu des dizaines identiques, dans les boutiques de souvenirs pendant mon voyage scolaire.

" Je ne veux pas que tu meures… "

" … "

" Okita, je ne veux pas que tu meures… "

 

Il m'étreint contre lui pour étouffer mes mots.
C'est comme si le vent chaud de l'été venait de m'envelopper.
Ses bras. Son odeur. Sa chaleur. Je ne veux rien perdre de cela.
Et pourtant…

Okita, lui, se contente de sourire.
Ses yeux sont aussi limpides que le vent.

Okita est bien celui de Shinsengumi.
Il meurt tragiquement d'une maladie.
Les yeux levés vers le ciel, je fouille dans ma mémoire.

(Quand est-ce qu'il va mourir, déjà ?)

Combien de temps me reste-t-il avec lui ?

" Snif… "

À chaque fois que je pense à Okita, je ne peux retenir mes larmes.
Je m'en veux d'être aussi gamine.
Non… Non… Je ne veux pas qu'il meure.
Shôta est avec Ryôma Sakamoto.
J'étais admirative, mais c'était inconsidéré de ma part.
Ryôma Sakamoto mourra aussi jeune, assassiné.
Où est Shôta à l'heure qu'il est ? Je me demande ce qu'il ressent…

" Je sais ! L'appareil photo… "

Si je le trouvais, je pourrais emmener Okita dans le futur pour le faire soigner.
Ainsi, il ne mourrait pas.

" Saki, c'est l'heure. "

" J'arrive ! "

J'ai entendu dire que le riche marchand Kônoikeya possède peut-être cet appareil photo.
Et pour rencontrer cet homme, il faut que je devienne une courtisane oiran de renom.
Si je m'acharne au travail, c'est pour retourner dans mon époque et sauver Okita.

" Tu es si mignonne et aimable, Saki ! Tu fais toujours de ton mieux pour nous. "

" Vous avez pris le temps de nous rendre visite.
Je tiens à vous faire apprécier chaque moment passé ici. "

Je m'occupe de chaque client comme s'il s'agissait d'Okita.
Comme cette nuit-là, où je voulais le faire sourire alors qu'il avait l'air si ennuyé.

" Aiya. Saki est très populaire.
Elle n'est encore qu'une apprentie courtisane, et pourtant nombre de clients viennent pour elle."

" Il est aisé de comprendre pourquoi. Son regard respire l'amour, quand elle travaille. "

" Je vois… "

" Les hommes sont sensibles à ce genre de femme.
Même en sachant que cet amour ne leur est pas destiné, ça donne envie de l'aider. "

" Qu'est-ce que tu veux dire par là ? "

" Laissons-la faire les salutations de la saison.
Je veux que nos clients les plus respectables se souviennent d'elle. "

" Elle fera parfaitement l'affaire. "

" Entraînez-la plus sévèrement encore. Elle doit devenir la meilleure parmi les meilleures. "

" Entendu, ce sera fait. "

Professeur de Shamisen : " Non ! Ta main doit bouger un peu plus. "

Professeur de danse : " Non, non ! Tes doigts doivent bouger avec plus d'élégance ! "

Professeur de cérémonie du thé : " Tu ne dois faire aucun bruit.
Combien de fois devrais-je le répéter ? "

Tous les professeurs qui me complimentaient ont récemment commencé à se mettre en colère contre moi.

Je n'ai franchement pas le moral. À cause de la lenteur de mes progrès, j'ai énervé tous ces gentils enseignants.

" Tu te trompes, Saki ! C'est juste qu'ils attendent beaucoup de toi. "

" Tu penses ? "

" Évidemment. Je n'en ai jamais appris autant, moi.
Et puis tu te rends salutations de la saison avec le maître, pas vrai ? "

" Oui… Mais je ne sais pas vraiment ce que je suis censée y faire. "

 

" Les salutations saisonnières sont un moyen de présenter la fille la plus prometteuse aux clients.
C'est une sorte d'introduction officielle. Ne te décourage pas et agit comme d'habitude. "

 

J'ouvre de grands yeux ébahis. Je ne pensais pas qu'Akinari me portait en si haute estime.
Ma détermination renouvelée, je suis désormais décidée à faire de mon mieux.

Je ferai les salutations de la saison comme une courtisane digne de ce nom.

Et malgré cette détermination…

" Saki ? Qu'est-ce qui ne va pas ? "

 

En pleine cérémonie, j'aperçois une scène qui me laisse le souffle coupé.
Oume, dans les bras d'Okita.

(Pourquoi ? Pourquoi !? POURQUOI ?!!)

" Saki ? Tu n'écoutes pas. "

(Moi qui ai fait de mon mieux pour le soigner… J'ai tout donné en attendant de le revoir…)

" Saki… Saki… "

(C'est parce qu'Oume est jolie ? Parce qu'elle est sensuelle ? Ou parce qu'elle a de gros seins ?)

 

" Hé. "

" Ouah ?! "

Je reviens soudain à moi lorsque quelqu'un me saisit le menton.
Akinari approche son visage bien ordonné du mien. Je me sens rougir instantanément.
Je suis incapable de tenir son regard d'une sensualité mature.

" Tu ne dois pas penser à un autre homme lorsque tu es avec un client. "

" D… d'accord. "

J'acquiesce énergiquement avant de nier la vérité.

" J… je ne pensais pas à un autre homme. "

" Ta bouche était si mignonne lorsque ce mensonge en est sorti ! "

Akinari plisse les yeux en se fendant d'un sourire.

Il me lâche le menton et jette un regard derrière moi. Je me tourne dans la même direction.
Avec son bras autour des épaules d'Oume, Okita regarde vers moi.
Lorsque son regard croise le mien, il baisse les yeux. J'ai du mal à encaisser le choc.

" Quoi ?! Regarde-toi ! "

 

" Saki… "

" O… Oui. "

 

Akinari me prend par l'épaule, et je me redresse, le dos bien droit.
Je regarde droit devant moi. Il est temps de travailler.
Seuls la maison et le maître importent.
Akinari ouvre son éventail en se fendant d'un sourire exaspéré.

" Les hommes sont vraiment faibles lorsqu'ils font face un regard énamouré. "

Okita est un beau jeune homme.
Son regard est limpide, et il agit avec raffinement. Il est gentil et a la discussion facile.
C'est pour ça qu'il est si populaire auprès des courtisanes.

Courtisane débutante : " Quand je suis allée au banquet, j'ai vu Okita de Shinsengumi !
Il est aussi plaisant que la rumeur le dit. Même s'ils appartiennent à Mibu Rôshigumi,
Okita et Yamanami peuvent venir quand ils veulent ! Okita a ce côté innocent si adorable ! "

" Réprime ta jalousie, Saki. "

" Je ne suis pas jalouse ! "

La remarque d'Hanazato me fait rougir.

Tant mieux, si la réputation d'Okita s'améliore. Ça ne me dérange pas du tout.

(Je vois… Il est donc gentil avec tout le monde.)

Je regarde le papillon qu'il m'a offert et ferme les yeux.
Il n'a pas besoin d'être un guerrier renommé.
Il n'a pas besoin d'être le Soji Okita de Shinsengumi, connu de tous à travers les âges.
J'aurais tellement voulu qu'il soit un homme normal, son destin tragique, ni maladie…

Je me sens seule, à voir Okita si distant ces temps-ci.
L'éventail fuse, sa trajectoire est précise.
Il fait tomber le papillon, qui vient se poser sur son ossature.

" Asagao. 8 points. "

Hanazato annonce le score à haute voix.

Pour la toute première fois, Okita est venu à la maison de confort tout seul.

Au bout d'un moment, il prend la parole :

" Il n'y a rien entre Oume et moi. "

Je cache mon visage rougissant avec mon éventail.
Après m'être redressée, je lui lance un regard.

" Je ne t'ai pas posé la question. "

" Désolé, mais c'était écrit sur ton front. "

" … ! "

Je cache mon visage dans mes mains, ce qui ne manque pas de le faire rire.
Voilà, l'Okita que je connais est à la portée de ma main.

" Je l'ai convaincue de quitter la garnison pour rentrer chez elle.
Oume est en bons termes avec Serizawa, mais elle a déjà quelqu'un dans sa vie. "

C'est bien de lui, de qualifier leur relation de 'bons termes'.

" Mais alors pourquoi… "

" Pourquoi quoi ? "

" Je… je l'ai vue dans tes bras. "

" Elle s'y est jetée toute seule.
J'étais fou d'embarras, mais je ne pouvais pas non plus la repousser violemment. "

" Comme un sumo ? "

" Depuis que Serizawa a perdu ses privilèges, Oume cherche un autre parti. "

Okita m'explique la situation en ouvrant et fermant inlassablement son l'éventail.

" Kondô est déjà marié, et Hijikata n'est pas intéressé du tout.
Quant à Yamanami et Hara… Bah, tu les connais. "

" Alors tu étais une proie facile pour cette cougar ? "

" Cette quoi ? "

" Non, oublie ça. Je vois, je comprends mieux. "

 

" Oui. Je n'aime pas les femmes de ce genre, qui n'ont pas froid aux yeux. "

Il sourit de toutes ses dents et, l'air désinvolte, déclare :

" Moi, c'est les filles comme toi que j'aime, Saki. "

 

Je me sens rougir instantanément.
Même Hanazato, qui comptait le score, semble embarrassée.
Seul Okita continue de jouer avec son éventail comme si de rien n'était.

'Moi, c'est les filles comme toi que j'aime, Saki.'

Mon cœur bat la chamade, et je commence à transpirer. Qu'est-ce qu'il veut dire par là ?
Les femmes comme moi… Je suis une femme, donc…

" Ah oui, Saki… "

Okita reprend la parole comme s'il venait de se souvenir de quelque chose.
Sans se départir de son sourire, il me demande…

" Qui était cet homme séduisant avec toi, l'autre jour ? "

Je ne vois pas de qui il parle.

" C'est-à-dire, l'autre jour ? La plupart des clients sont séduisants, alors… "

 

" Oh, je vois. "

Okita lance vigoureusement son éventail, faisant tomber le coussin avec le papillon.
Nowake, zéro point.

" De qui est-ce que tu parles ? "

" Il a touché ton visage sur l'avenue. "

" Ah, c'est Akinari. Le propriétaire de la maison où je loge. "

" Le propriétaire de l'okiya… "

" Saki a les faveurs du maître. Pas vrai, Saki ? "

Hanazato s'introduit dans la conversation afin de détendre l'atmosphère…

" Mais non, c'est pas vrai… "

 

Soudain, un bruit sourd retentit. Okita a encore fait tomber le coussin.

" Nowake. Zéro point. "

" Ah là là. Tu n'es pas en forme, aujourd'hui. "

 

Okita fronce les sourcils.


Ses yeux, habituellement limpides, sont légèrement rouges.

" Mince alors, je n'arrive pas à viser. "

J'accompagne Okita jusqu'à la sortie de l'établissement. Il pleut dehors.
Le son de l'eau qui tombe m'emplit de tristesse, mais le voir partir, bien plus encore.

" Fais attention à toi. "

" Oui. Toi aussi, Saki. "

Après un bref sourire, Okita reprend son sérieux.

" Saki. Évite de venir à la garnison pendant quelques temps. "

" Il va se passer quelque chose ? "

Pas de réponse.
Il disait avoir convaincu Oume de rentrer chez elle.
Je me demande si quelque chose de dangereux se prépare.
Je m'inquiète à son sujet.

" Ne fait rien de risqué, d'accord ? Ta vie passe avant le reste. "

 

" Ha ha ha, tu me demande l'impossible, là. "

Je prends un air boudeur en le voyant se moquer de moi.
Okita reprend alors son sérieux et vient murmurer au creux de mon oreille :

" Je reviendrai. "

Ce disant, il s'en va sous la pluie, sans même ouvrir son parapluie.
Quant à moi, je reste sur le pas de la porte jusqu'à ce qu'il ne soit plus visible.

" Mibu Rôshi a encore réservé toute la maison. Les affaires ont l'air de bien marcher pour eux. "

Malgré son expression partagée, Hanazato semble impressionnée.

Tout le personnel de l'établissement sait que Serizawa a l'alcool mauvais.
Ils craignent que ça ne dégénère encore.
Cependant, peu de temps avant le début de la soirée,
Hijikata s'adresse à Serizawa à voix basse…

" Maître Serizawa, que dirais-tu de retourner boire à la garnison ? "

Semblant se sentir coupable du remue-ménage de l'autre jour, Serizawa acquiesce.

Il se lève avec ses acolytes et sort sans attendre.
Après un certain temps, Okita, Yamanami et Hara se lèvent de leur place.
Sans afficher le moindre sourire, ils s'en vont à leur tour.

(L'ambiance est bizarre…)

Quant aux membres restants, ils restent pour profiter du festin jusqu'au beau milieu de la nuit.
Comme moi, ils ne doivent pas savoir.
Cette nuit, quelque chose de terrifiant allait se passer.

" Je suis épuisée… "

Le travail terminé, je m'étire langoureusement.
En jetant un coup d'œil par la fenêtre, j'aperçois quelqu'un se dresser devant la bâtisse.
En y regardant mieux, je réalise qu'il s'agit d'Okita. Je sors aussitôt le rejoindre, surprise.

" Okita ! "

Il relève la tête, lentement.

" Qu'est-ce qui t'arrives ? Tu n'étais pas censé boire à la garnison ? "

Je tend la main vers lui en souriant.
L'air troublé, il fait un pas en arrière. Comme pour éviter que je le touche.

" Okita ? "

" … "

Il commence à parler en détournant le regard.

Soudain, un cri retentit.

Yoshiei : " Un meurtre ! "

Je me retourne et aperçoit une femme se dresser dans la pénombre.
Il s'agit de Yoshiei de Kikyôya. Itosato de Wachigaiya l'accompagne.
Elles ont les faveurs de la faction de Serizawa.
Toutes les deux ont les vêtements en lambeaux et les cheveux en pagaille.
Je fronce les sourcils, comprenant que quelque chose ne tourne pas rond.

" Que s'est-il passé ? "

Yoshiei : " Regarde-moi cet air nonchalant !
Saki, lui et ses amis viennent de dégainer leurs sabres…"

Elle pointe Okita du doigt, en pleurs.

Yoshiei : " Et ils ont tué Serizawa et Hirayama ! Et même Oume !
Il était sur le point de nous tuer nous aussi ! "

J'écarquille les yeux, le souffle coupé.
Okita les observe en silence.

Yoshiei : " Serizawa méritait de mourir ! Mais qu'est-ce qu'Oume avait fait de mal, hein ?!
Que reprochiez-vous à une femme ne pouvant même pas porter un sabre ?! "

Itosato : " Vous autres, homme d'armes, n'avez aucune estime pour les courtisanes et les femmes de confort ! "

Yoshiei : " Arrête de prendre cet air charmeur et reste loin de Saki ! "

Un silence pesant s'installe entre nous.
Okita n'a nié aucune de leurs accusations. Il les regarde droit dans les yeux et déclare :

" Ne parlez à personne de ce que vous avez vu cette nuit. "

Les deux femmes perdent leurs couleurs en un éclair.
Son regard disait que si elles parlaient, il les tuerait.

Okita se retourne pour partir et, alors que je tente de le rattraper, les filles me retiennent.

" Okita ! "

Yoshiei : " Saki ! Tu ne dois pas fréquenter un homme comme lui ! "

" Si j'avais été là aussi, tu m'aurais tuée ? "

Les clochettes du papillon retentissent au fond de ma poche.
Okita s'arrête et se retourne.
Sans la moindre hésitation, il hoche de la tête.

" Oui. "

 

L'une des femmes vocifère, le traitant de maudite bête.
Quant à moi, je sens mes jambes chanceler.
Seule son nombre reste à mes pieds, s'allongeant à mesure qu'il s'éloigne.

 

À suivre…

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