Eklablog Tous les blogs
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Publicité

{Soji} Chapitre 9

La décision de faire de moi une tayû est désormais officielle.

Comme un acteur de kabuki, on m'affublera du nom de Yoshino-tayû.

Une tayû est le symbole de son okiya. Akinari a dit qu'il ferait de moi la meilleure tayû de Shimabara.

Et il ne lésinerai pas sur les moyens pour ça. Une cérémonie grandiose serait nécessaire.

" Choisir ta tenue, ton premier client, ton premier défilé à la parade des courtisanes, faire les salutations officielles, choisir les cadeaux… "

Hanazato compte sur ses doigts et pousse un soupir.

" Ça en fait des choses à faire, Saki ! "

" Oui… "

La salle de préparation est remplie de kimonos et d'accessoires.

C'est une scène merveilleuse.

On croirait préparer le mariage d'une princesse de l'ère féodale.

Et pourtant, je n'arrive pas à me sentir joyeuse.

Hanazato sait pourquoi et me tient la main.

" Okita va bien. Il était pâle à cause de la fatigue, c'est tout.

Il paraît qu'il a repris du service dès le lendemain de l'affaire Ikedaya.

Ça m'étonnerait qu'un homme malade puisse faire ça.

Il est en train de pourchasser les ennemis fuyards, à l'heure qu'il est. "

Même malade, Okita le ferait.

Il a dit qu'il dédierait le reste de sa vie à Shinsengumi.

Je sais qu'il le fera, même s'il en est à cracher du sang.

" C'est quand même triste pour Maître Masuya… "

Masuya est en prison, à l'heure qu'il est.

Je ne l'ai pas revu depuis son arrestation. Je me demande ce qu'il doit penser…

Quand j'imagine un homme si gentil derrière les barreaux…

J'aimerais pouvoir le sauver. Pas seulement lui, mais Okita aussi, Shinsengumi et les amis de Masuya.

J'aimerais sauver tous ces gens de cette époque, qui s'empressent de vivre, et de mourir…

" Saki, j'ai quelqu'un à te présenter… "

" Oui… "

Akinari s'approche en compagnie d'une petite fille.

C'est une fillette toute mignonne, avec des cheveux tombant sur ses épaules.

On dirait une poupée japonaise.

Elle me regarde en se cachant timidement le visage. Par réflexe, je pose la question.

" Elle est si mignonne. C'est ta fille ? "

" Quel âge crois-tu que j'ai ? "

" Hein ? "

" C'est ta kamuro. Ton assistante. Son nom est Kikuya. Vas-y Kikuya, présente-toi… "

" Ravi de vous connaître, madame. "

Elle me sourit gracieusement en rougissant.

Son sourire me met du baume au cœur. Je sais déjà que je vais aimer cette petite.

En la voyant, Shôta me revient à l'esprit. Nous avons grandi ensemble, je me demande ce qu'il est devenu…

Il sera certainement surpris d'apprendre que je suis devenue une tayû.

Je réprime ce sourire qui allait se former sur mon visage et me présente à Kikuya.

" Enchanté, Kikuya. "

" Cette dame ne tient jamais en place, alors tâche de garder un œil sur elle, Kikuya, d'accord ? "

" D… D'accord. "

" C'est pas gentil ! Tu la fais passer pour un chien de garde du shogunat. "

Je me mets à rire, et Akinari se fend d'un sourire embarrassé en plissant les yeux.

" Je suis content de ne pas avoir laissé Masuya te prendre. "

" … "

" Mais oublie le passé et occupe-toi du présent. Tu vas renaître en tant que Yoshino-tayû. "

" Oui… "

Je n'étais pas au courant, mais il semble que Shinsengumi émet également des doutes à mon sujet.

C'est Akinari qui a fait en sorte de régler ça. De nombreuses personnes me viennent en aide…

Et pourtant, moi, je n'ai pas réussi à sauver qui compte.

 

Chapitre 4 ~ Part. 2

Les retombées de l'affaire Ikedaya sont critiques.

Les partisans de Chôshû restants se seraient emparés d'un temple et seraient prêts à combattre jusqu'à la mort.

Les habitants de Kyô craignent qu'une grande bataille n'ait bientôt lieu.

" Ils voulaient brûler le palais impérial et commencer une guerre ici même ! Comment avons-nous pu leur faire confiance ?

Mais on a encore Shinsengumi. Jamais je n'aurais pensé m'en remettre aux hommes de Mibu Rôshi un jour, mais bon… "

" M'dame, Saki, c'est quoi, ça ? "

Kikuya vient m'interrompre tandis que j'écoute les rumeurs qui courent.

Celle-ci tient dans ses petites mains le papillon d'Okita.

Mon sourire disparaît au son de ses clochettes.

" Tiens, je te donne ça, si tu veux. J'espère qu'il t'aidera à rentrer chez toi, Saki. "

" Tu es sûr ? J'aimerais pouvoir t'offrir quelque chose, moi aussi. "

" Dans ce cas, montre-moi ton sourire. Quand je vois ton sourire, tu me redonnes du poil de la bête.

Souris-moi quand je n'ai pas le moral. "

 

Chapitre 4 ~ Part. 3

Je me saisis doucement du papillon.

" C'est mon trésor. C'est une personne chère à mes yeux qui me l'a donné. "

" Une personne chère à tes yeux ? Quel genre de personne ? "

" Il est… Va savoir. Moi-même je me le demande. "

Sa voix innocente m'arrache un sourire maladroit.

Kikuya me regarde avec de grands yeux curieux.

" Il est cher à tes yeux, mais tu ne sais pas ? "

Je me fige.

" Oui… "

" Tout va bien, m'dame Saki ? Sinon, je peux deviner ce qui ne va pas. "

Je souris à travers mes larmes. La petite Kikuya semble penser que je suis un renard, ou quelque chose comme ça.

" En regardant dans les yeux de quelqu'un, on peut savoir si c'est un renard ou pas.

Le regard ne ment jamais ! "

" Ah oui ? Vas-y alors, dis-moi si j'en suis un. "

" Hmm… "

" Snif, snif, snif ! "

" Ha ha ha ha ! "

Je chatouille Kikuya en la reniflant comme un renard. Son rire gracieux retentit dans la salle.

Les yeux ne mentent pas, hein ?

Si je peux revoir Okita, je regarderai dans ses yeux pour voir ce qu'il ressent…

Mais, Kikuya…

Je ne peux plus le voir.

Il m'a dit qu'il voulait plus me voir.

 

Chapitre 4 ~ Part. 4

La bataille tant redoutée a fini par éclater.

Le son des canons retentit au loin. Il paraît que Shinsengumi a aussi été envoyé au front.

Mon cœur semble à deux doigts de s'arrêter à chaque son d'explosion. Je me demande si Okita va bien…

(J'espère qu'il ne se surmène pas et qu'il n'est pas malade… Même s'il est doué à l'épée, il ne peut pas rivaliser avec des canons…)

Mon Dieu, faites que ni les boulets de canon ni les balles ne l'atteignent…

" Le ciel est rouge. "

Hanazato, qui vient de m'aider à mettre mon kimono, se lève, le visage blême.

Ce sont des flammes qui font rougir le ciel au loin. Le cri de quelqu'un retentit.

" Au feu !

Kyô est en train de brûler ! L'incendie progresse rapidement, c'est dangereux de rester ici !

Au feu ! Fuyez, vite ! "

J'écarquille les yeux en observant les flammes s'élever…

Ce sont les fuyards de Chôshû qui ont mis le feu à la résidence de leur clan. L'incendie a rapidement progressé vers les bâtisses environnantes.

Ce grand incendie finirait par consumer 30 000 foyers dans la ville de Kyô.

Et cette catastrophe vient tout juste de commencer.

" Kyaaah ! "

" Vite ! Il faut fuir ! "

Des flammes rougeoyantes et de la fumée voilent le ciel. Les rues de Shimabara sont en proie à la panique, avec des gens qui sortent ça et là de chaque bâtiment.

Au même moment, des coups de feu retentissent quelque part. Des maisons s'écroulent, carbonisées, et leurs occupants courent en hurlant.

On pourrait tout aussi bien être en enfer.

" Saki, vite ! Fuyons ! "

" Où est Kikuya ? "

Je regarde aux alentours, mais ne la vois nulle part.

Elle est peut-être rester dans le foyer de l'okiya.

" Hanazato, pars devant ! Je vais chercher Kikuya ! "

" Ne fais pas ça, Saki ! Saki ! "

 

Chapitre 4 ~ Part. 5

Les flammes qui consument Kyô sont d'une vigueur sans précédent.

Je me précipite dans l'okiya. Par chance, le feu n'y a pas encore pris et seule de la fumée a envahi l'intérieur.

" Kikuya ! Kikuya ! "

" M'adame Saki… "

" Kikuya, où es-tu ? "

J'ouvre les yeux malgré la fumée et cherche Kikuya du regard.

Couverte de cendres, celle-ci sort en courant de l'une des chambres.

Elle tient dans ses mains le papillon d'Okita.

" C'est ton trésor, pas vrai, m'dame Saki ? "

Sa voix, douce et pleine de bravoure, me noue la gorge.

" C'est donc pour ça que… "

" Je suis ton chien de garde, alors… "

Kikuya se jette dans mes bras, en pleurs. Je retiens mes propres larmes et la soulève.

" On y va, Kikuya. Agrippe-toi bien ! "

" Oui… "

Ses bras frêles s'enroulent fermement autour de moi.

Avec Kikuya dans mes bras, je retourne dans la ville en proie aux flammes.

Un vent ardent me caresse les joues. Le ciel est si clair qu'on se croirait en plein jour.

" Par où est-ce que je dois aller ? "

Je n'aperçois aucun endroit où fuir. Les flammes sont partout.

La grande porte de Shimabara est également en feu. Je passe sous sa voûte branlante et me dirige vers la rivière Kamogawa.

Parmi ce mélange chaotique de cris, de bois craquant sous les flammes et de tir d'armes à feu, j'entends de petites clochettes retentir.

Ce son me donne du courage.

" M'dame Saki ! "

Je lève la tête vers le ciel en l'entendant crier. Le toit en feu est sur le point de s'écrouler.

Des braises tombent vers mon visage.

(Je ne peux pas fuir !)

Je couvre Kikuya de mon propre corps est m'accroupis.

Soudain, quelqu'un me tire vers l'arrière.

" … ! "

Sans lâcher Kikuya, je tombe à la renverse juste au moment où des carreaux s'écrasent à mes pieds dans un grand fracas.

Dans cet enfer de flammes, je risque un coup d'œil en arrière.

" … "

Une veste bleue…

Le sabre battant à la ceinture…

Un regard perçant et limpide…

"Okita… "

Est-ce que je rêve ? Est-ce le genre d'hallucinations qu'on a juste avant de mourir ?

Qu'est-ce qu'il fait ici ?

Abasourdie par la situation, je ne pince la joue. 

" J'ai tant de choses à te dire…

Comme à quel point tu es imprudente, ou pourquoi est-ce que tu ne te soucies pas de ton sort dans une situation pareille… "

Okita débite ses paroles rapidement en soulevant Kikuya puis en me prenant la main.

Entraînée derrière lui, je reste la bouche ouverte, abasourdie.

Il n'a pas conscience de la réalité.

" C'est toi qui ne te soucies pas de ton sort, Okita ! "

" Et toi, alors ? Tu protèges cette enfant sans te soucier de toi-même, de la même manière que tu l'as fait pour Furutaka ! "

" Et toi, tu es allé à Ikedaya alors que j'ai tout fait pour t'en empêcher ! "

" Et alors ? J'ai cru que tu allais mourir, là. C'était bien pire que moi qui crache du sang ! "

Nous continuons notre échange tout en bravant les flammes. Si bien que nos voix couvrent presque le vacarme de l'incendie.

Aucun de nous ne cède. Exactement comme lors de notre partie de lancer l'éventail.

" Quand j'ai vu les carreaux du toit s'effondrer sur toi, j'ai cru que tu allais mourir ! "

" Et moi de même, quand je t'ai vu tout blême ! "

Okita connaît parfaitement les rues de la ville grâce à ses patrouilles de nuit. Il me guide sans la moindre hésitation.

Bien qu'à bout de souffle, je continue de fulminer.

" Tu avais l'air sur le point de t'écrouler en marchant ! 

Je vous ai vus faire votre retour triomphal ! "

" Et moi, on m'a dit que tu fréquentais Furutaka d'un peu trop près ! "

Tout en criant, il raffermit sa prise sur ma main.

" J'étais hanté par l'idée qu'on m'ordonne de te tuer ! 

C'est pour ça que je t'ai prévenue tant de fois ! "

C'est la première fois que je le vois en colère. Mais je n'ai pas peur.

Nos cœurs semblent déborder d'émotion, comme si un barrage venait de rompre.

" Tu n'écoutes rien de ce que je te dis, Saki ! Tu me détestes ! "

" C'est moi qui devrait te dire ça ! "

 

 Je crie aussi fort que je le peux. Au loin, un tir retentit.

Tandis que nous nous éloignons des flammes, j'aperçois le ciel à travers la fumée qui se dissipe.

" Quoi que je te demande, tu n'écoutes rien ! C'est toi qui me détestes ! "

" Tu crois que je courrais si loin pour quelqu'un que je déteste ? "

Okita s'arrête et se retourne vers moi.

J'entends vaguement les murmures de la rivière Kamogawa. Le regard limpide et sans détour d'Okita me cloue le bec.

Les larmes commencent à couler le long de mes jours recouvertes de suite.

" Vous vous disputez ? "

Dans ses bras, Kikuya nous regarde d'un air gêné. Nous reprenons aussitôt et lui répondons simultanément :

" On ne se dispute pas. Désolée… on t'a fait peur ? "

" On ne se dispute pas. Désolé. Tout vas bien ? Tu n'es pas blessée ? "

Kikuya se met à rire. Elle dit à Okita qu'elle va bien et lui demande de la déposer.

Dans ses mains, le papillon fais retentir ses clochettes.

Okita écarquille les yeux en le voyant.

" C'est… "

" C'est le trésor de m'dame Saki. Elle a dit que quelqu'un de cher à ses yeux lui avait donné. "

" … "

Il se retourne aussitôt vers moi, le souffle coupé.

Malgré sa peau blême de malade, son regard limpide laisse transparaître sa surprise.

Je tente bien de le fusiller du regard, mais n'y parviens pas.

Je finis alors par fondre en larmes tel une enfant.

" C'est vrai… "

" … "

" C'était mon trésor… "

J'essuie mes larmes, qui coulent à flots comme si j'étais une enfant perdue.

La suie et les armes à feu de m'importent plus. Tout ce que je vois, c'est Okita juste en face de moi.

Mes sentiments pour lui me font pleurer toutes les larmes de mon corps.

" Snif… Et toi…  Tu m'as dit qu'on ne se verrait plus… Tu es si cruel ! "

" … "

" Okita… Okita… Tout mon être ne voulait que toi, Okita !

Tu es si cruel… Si seulement je pouvais être à tes côtés, Okita… "

" Saki… "

" J'étais prête à tout pour toi… "

" … ! "

Il m'attire contre lui et m'étreint fermement.

Une main posée contre ma nuque, l'autre dans mon dos, il me serre si fort que j'en ai du mal à respirer.

Un sentiment de bonheur se déverse en moi. Entourée de ses bras, je sanglote bruyamment.

Ses lèvres s'approchent alors du creux de mon oreille, et il murmure…

Il murmure ces douces paroles… Ces mots que j'ai attendus si longtemps…

" Je t'aime, Saki. "

Des cendres rougeoyantes tombent sur la surface de la rivière.

Intensité, peur et tristesse brûlent en moi.

" J'ai des sentiments pour toi, Saki. Depuis longtemps. Je t'ai tant aimé que j'avais peur de t'approcher. "

" … ! "

" Je pensais pouvoir me contenir. Je t'aime, et je voulais ton bonheur. Mais… "

Okita me serre d'autant plus fort.

Il fronce les sourcils, peinant à garder le contrôle des mots qu'il prononce.

" Mais avant même de le réaliser, tu es devenu mon obsession. Je voulais te protéger de mes mains. Et je ne voulais pas te laisser à quiconque. "

" Okita… "

" Je te désirais, Saki. "

" … ! "

Son étreinte se fait si forte que je peine à respirer.

Malgré ça, je passe mes bras autour de son cou.

Je ne veux plus jamais être séparée de cette chaleur.

Même s'il est un renard ou un démon, je lui offrirais mon cœur.

" Je t'aime, Okita… "

Il plisse les yeux, comme s'il était ébloui.

Ses doigts élancés et élégants viennent se poser sur ma joue, épanchant affectueusement mes larmes.

" Je t'aime… Je t'ai toujours aimé… "

" … "

" Je veux rester avec toi, Okita… "

Ma voix n'est qu'un murmure suppliant.

Okita plonge son regard dans le mien.

Comme le disait Kikuya, les yeux ne mentent pas.

Et elle avait raison.

Je peux voir qu'il m'aime vraiment.

Nos lèvres se rencontre alors…

style

Il s'agit de mon premier amour et de mon premier baiser.

J'en oublie même de fermer les yeux.

Je peux voir ton visage. Je le vois parfaitement bien.

La forme délicate de tes paupières baissées… Les cheveux doux de ta frange…

En ouvrant doucement les yeux, ton regard croise le mien, et tu sembles embarrassé.

Puis tu les fermes encore une fois pour me donner un nouveau baiser.

Kikuya, qui cachait son visage derrière ses mains, écarte les doigts pour nous espionner.

Les cendres scintillantes sont de toute beauté.

J'oublie tout. Le son des coups de feu, le katana ta ceinture, ta peau blême…

Et je m'abandonne à ce rêve.

Un rêve où jamais ta main de lâcherait la mienne.

Je suis si heureuse, Okita…

Et toi ?

Es-tu vraiment heureux ?

Plusieurs jours plus tard…

Une fois le calme revenu après le grand incendie, je suis officiellement devenue la nouvelle Yoshino-tayû.

 

À suivre...

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article